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Cinéma, DVD

Les demoiselles du ring

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 17 Septembre 2010

Dur, dur de faire de la boxe. Surtout quand on est une femme – qui plus est, issue des banlieues – tant ce sport est considéré comme une activité « de mecs ». Quatre boxeuses toulousaines musulmanes et d’origine maghrébine sont les héroïnes du documentaire « Les Demoiselles du ring », qui sera diffusé samedi 18 septembre et lundi 20 septembre sur France 3.



Les demoiselles du ring
Signé de la réalisatrice Ilana Navarro, « Les Demoiselles du ring » trace le parcours de Sara, Anissa, Chérine et Kaïna, quatre jeunes filles, entre 17 et 20 ans, habitant les quartiers populaires de Toulouse et qui ont toutes décidé, un beau jour, d’intégrer le club Boxing de la ville.

Pour certaines, ce sport n’est qu’un passe-temps ; pour d’autres, la boxe pourrait s’avérer utile pour une éventuelle carrière de gendarme, pompier ou même de boxeuse professionnelle à l’image de Myriam Lamare, championne française de boxe.

Les quatre ont un profil différent, mais un point commun ressort d’elles : la boxe est une manière de canaliser leurs énergies et surtout de s’échapper de leur carcan quotidien. Toutes d'origine maghrébine, dont une est voilée (Sara), elles voient la boxe comme un sport qui permettrait leur émancipation.

Le point de départ de leur engagement dans un tel sport ? Selon Philippe Girard, le directeur sportif du club, ce sont « des difficultés dans ta vie personnelle, l’envie de t’en sortir. Parce que tu ne montes pas dans un ring la fleur au fusil, il faut vraiment avoir faim et ceux qui réussissent, ce sont ceux qui ont faim et, souvent, ce sont des gens issus des couches populaires et des minorités ».

Être femme dans un sport d'hommes

Les femmes, longtemps absentes des ring, sont de plus en plus nombreuses à pratiquer la boxe. Elles seront même autorisées à participer aux Jeux Olympiques de 2012. Pour Ilana Navarro, ce documentaire n’était au départ qu’« un concours de circonstances ». A la suite d'une rencontre avec une jeune boxeuse turque qui jouait dans l’équipe nationale allemande dont le père voulait qu’elle fasse de la boxe, « j’ai découvert cet univers-là. Je suis venue voir une compétition de l’équipe allemande contre l’équipe nationale française et, en fait, c’était comme si c’était un match opposant les Arabes aux Turcs [sourires]… je veux dire entre Français et Allemands d’origine maghrébine et d'origine turque », explique Ilana Navaro.

« Du coup, au fur et à mesure, toutes les contradictions qu’incarnait cette fille sont apparues. Son père ne la laissait pas sortir et la surveillait tout le temps. Pourtant, elle faisait de la boxe. Je me suis intéressée à ces contradictions et j’ai voulu faire un projet similaire plus long, mais en France. Au départ, je ne cherchais pas du tout des Maghrébines. Rien que l’idée de se dépasser à travers un sport d’hommes, en train de se battre comme un homme, m’a intéressée », poursuit-elle.

Le poids du regard des autres

Après une projection privée du film en février dernier, Sara, Anissa, Chérine et Kaïna sont toutes contentes du travail de la réalisatrice. Elles n’ont cependant pas accepté la caméra facilement au départ. Elles se sont toutes finalement prêtées à son jeu, laissant celle-ci faire intrusion – avec leur accord – dans leurs vies privées, particulièrement celle de Chérine, qui entretient une relation particulière avec sa mère. « On fait quand même plus attention à ce qu’on dit, à ce qu’on fait, c’est normal », tempère Sara. La pression du regard des autres pèse bel et bien.

Après plusieurs mois d’attente, le documentaire est finalement diffusé sur France 3 lundi 20 septembre (à 00 h 10, heure bien tardive) après son passage sur la chaîne régionale France 3 Midi-Pyrénées samedi 18 septembre à 15 h 25. Bien des choses ont dû changer. Sara, qui a décidé à la fin du film de ne plus faire de boxe pour des raisons d’ordre religieux, est revenue sur le ring quelque temps après la fin du tournage.

Mais pour combien de temps ? Pour Philippe Girard, qu’il puisse y avoir des allers-retours, des pauses, des moments où elles changent d’avis, où elles cherchent leur place, est tout à fait normal, voire utile. « Le chemin, il est long et ce n'est jamais gagné. Ces filles sont émancipées, très émancipées par rapport au reste des jeunes filles du quartier », avait-il indiqué à la réalisatrice.







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