Une fois le flux des invités régulé, un vigile nous accoste :
« Au fait, l’Aïd, c’est demain ? » J'aperçois la dame qui s’était fait recalée à l'entrée, tout sourire. Clins d’œil.
Tandis que, dans la salle Nijinski, Ziya Azazi s’apprête à donner son solo alliant danse rituelle des derviches tourneurs et danse contemporaine, la grande salle du théâtre du Châtelet se comble peu à peu de son public pour une série de concerts non stop.
Fidèle à elle-même, la grande salle demeure toujours autant un théâtre de classes (sociales). Les meilleures places dans l’orchestre ou aux premiers sièges de la corbeille ; les moins bonnes tout au fond, à gauche, à droite, là derrière le pilier… Mais ce soir-là, les places sont gratuites, les meilleures sont donc pour les plus rapides… ou les plus malins. On se faufile, on change de place entre deux morceaux, on ne voit de la scène que le bout du bout. Heureusement qu’il ne s’agit pas de spectacle mais de musique, on change de balcon. Finalement debout, c’est bien aussi… L’ambiance est décontractée, familiale, quelques foulards.
En lien avec la
Saison de la Turquie, co-organisatrice de la soirée, beaucoup d’artistes turcs : le Taksim Trio, la chanteuse Sezen Aksu – ovationnée −, le groupe dub-électro oriental Baba Zula…
« C’est la première fois que je viens au théâtre du Châtelet, et c’est aussi la première fois que j’assiste à un concert de Sezen Aksu, qui est la plus grande star de Turquie ! », s’enthousiasme Selda, étudiante de 22 ans, après avoir applaudi et battu le rappel.
« Je suis venue exprès pour elle ! » « Moi, mon cœur balance pour le clarinettiste Hüsnü Celendirici [du Taksim Trio]
, un vrai bonheur ! », complète Gozda, elle aussi étudiante de 21 ans.
« On est tout un groupe de 20 personnes, explique Gulchan, 23 ans.
Même notre maman est venue avec nous. On s’est donné rendez-vous sur Facebook où il y a un groupe “Saison de la Turquie”. »
Ahmed, d’origine turque aussi, ne partira pas juste après la prestation de Sezen Aksu. Il est venu écouter aussi le musicien et chanteur malien Salif Keita, qu’il souhaite découvrir.
Accompagné simplement d’une choriste, Salif Keita, à la guitare, ne manque pas de donner une anecdote avant chacun des cinq morceaux qu’il interprétera.
« Je discutais avec une femme jusqu’à minuit, le lendemain elle apprend que son enfant unique n’est plus. Les femmes, on ne peut vous “payer”, c’est grâce à vous que l’on est là. » Crépitement d’applaudissements.
Au Grand Foyer, les marionnettes de la compagnie Semaver Kumpanya se donnent en spectacle devant un public plus intimiste. Les textes sont dits en turc. Les enfants rient de bon cœur. L’humour est universel.
Férues de musique orientale, «
libanaise, égyptienne… », « algéroise aussi car nous sommes algéroises », « et française, Charles Aznavour… », Myriam, 36 ans, Nadia, 34 ans, et Saadia, 45 ans, sont des habituées des soirées de clôture des Veillées du ramadan. Depuis la 1re édition, elles en apprécient l’éclectisme qui leur permet de découvrir de nouveaux sons.
« La musique turque, je ne connaissais pas du tout. » « Salif Keita, non plus ! » « Bercy, l’an dernier, c’était trop grand, alors que les chansons plutôt douces de Souad Massi ne s’y prêtaient guère. » « Au stade Charléty, c’était très bien organisé, un mélange d’artistes juifs et musulmans, du RnB… » L’année prochaine, vous reviendrez ?
« Ah ouiii ! », lancent-elles dans un éclat de rire.
« Toute sortie est définitive », entre tabac et musique, il faut choisir. Quant à Élastigirl 2 et moi, nous nous esquivons définitivement de l’atmosphère colorée du Châtelet. Car il nous faut nous lever à 6 heures du matin, pour la
prière de l’Aïd el-Fitr, une autre ambiance…