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Société

Laïcité : une maman voilée exclue d'un goûter de Noël

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 11 Décembre 2013

A Méru, dans l'Oise, une école est au centre d'une polémique. Parce qu’elle porte le voile, Mme A. a été écartée de la préparation d’un goûter de Noël organisé dans l'établissement où sont scolarisés ses enfants. Elle nous livre son témoignage, qui fait écho au sort vécu par les mères voilées victimes de la circulaire Luc Chatel interdisant l'accompagnement des enfants lors des sorties scolaires.



Laïcité : une maman voilée exclue d'un goûter de Noël
La voilophobie à l’œuvre. Mme A. raconte avoir été exclue de la participation d’un goûter de Noël organisé par une des écoles de Méru, dans l’Oise, où sont scolarisés trois de ses enfants. Tout commence quand une déléguée de parents d’élèves lui propose de participer à l’organisation d’un goûter organisé dans le cadre des fêtes de fin d’année, le 17 décembre.

Entre-temps, elle apprend qu’une mère voilée dont les enfants sont scolarisés dans une autre école de Méru s’est vue refuser la participation à une sortie scolaire. Mme A., qui porte également le hijab, demande alors à la déléguée qui l’a invitée de se renseigner pour savoir si elle pouvait prendre part à ce goûter. Les délégués de parents d’élèves répondent ne voir aucun problème à ce qu’elle y participe.

Mais lorsqu’une déléguée prend l’initiative d’aller voir la directrice, Mme A. n’obtient pas de réponse claire de sa part. Elle décide alors d’aller voir directement la chef d’établissement, accompagnée de quelques délégués de classe. La réponse de la directrice est sans appel lors de cette réunion, qui se tient le 21 novembre : elle lui aurait invoqué « le règlement intérieur » - vraisemblablement la charte de la laïcité - et « des ordres hiérarchiques de l’inspection académique » pour lui refuser sa participation.

Goûter avec les parents annulé

Aucune loi n'interdit pourtant les parents d'élèves d'entrer dans l'école dans de telles occasions, qui se veulent de surcroît rassembleuses. Face au refus catégorique de la directrice, Mme A. s'est rapproché du Comité 15 mars et Libertés, une association née au lendemain de la loi du 15 mars 2004 interdisant le port de signes religieux aux élèves dans les collèges et lycées publics. Après une deuxième réunion d'explication avec la direction, Mme A. décide de lancer une pétition pour dénoncer l’attitude de la directrice qui, selon elle, en « fait une affaire personnelle ».

Soutenue par le Comité 15 mars, elle essaye d'entrer en contact avec l’inspectrice de l’Education nationale de Méru, sans y parvenir jusque là. Mais Emmanuel Roy, le directeur académique des services de l'Éducation nationale de l'Oise, mis au courant de son histoire et de celle de la mère voilée interdite de sortie scolaire, tranche. Dans un courrier daté du 4 décembre et remis aux directeurs d’établissements de la commune de 13 000 habitants, il fait savoir que rien n’interdit le port du voile d’une maman dans l’enceinte des écoles.

Un courrier à double trachant

Le document parvenu à la rédaction de Saphirnews est clair : « Il va de soi que, pour toutes les activités de suivi scolaire de leurs enfants et même à chaque fois que les parents sont invités en tant que parents, ils sont les bienvenus à l’école », dit-il, en ajoutant plus loin que cela ne « suppose alors pas de restriction de la liberté de penser et de respect de la vie privée autre que celle que la loi prévoit expressément ».

La directrice de l’école où sont scolarisés les enfants reçoit ce courrier lors d’une réunion consacrée à la réforme des rythmes scolaires de 2014 en présence du maire, raconte Mme A. Mais « la directrice à qui le rappel de l’Inspecteur a confirmé le droit de la maman à prendre part au goûter a pris la décision d’annuler ce goûter collectif et le remplacer par des goûters dans les classes sans les parents, contournant ainsi le problème et excluant de facto la maman voilée », indique le Comité 15 mars et Libertés dans un communiqué.

« Avant d’être des mamans voilées, nous sommes des mamans »

Aujourd’hui, Mme A., mère de sept enfants, est déterminée à faire reconnaître l’injustice dont elle a été victime. Mon ressenti est « très très amer », nous confie-t-elle. D’autant plus, que son combat de mère voilée n’est pas terminé car, dans son courrier, le directeur de l'académie de l'Oise, tout en lui donnant raison dans l’affaire du goûter, réaffirme l’interdiction du port du voile lors des sorties scolaires, en s’appuyant visiblement sur la circulaire Chatel de mars 2012.

D’après lui, le parent qui accompagne une sortie scolaire devient, « le temps de la mission », un « collaborateur occasionnel » du service public. « C’est donc à juste titre que la laïcité est respectée pendant les activités scolaires que sont les sorties scolaires et que les parents y intervenant ne peuvent arborer le port de signes ostentatoires », écrit M. Roy, qui n’a pu être joint par Saphirnews jusqu'à présent.

Les écoles de Méru sont sommées de « veiller à l’application de cette règle de fonctionnement ». « Plusieurs directeurs d’écoles de cette ville se retrouvent dans l’embarras face à une lettre de l’inspecteur, et surtout face à une conception de la laïcité qui fait son chemin au sein de l’Education nationale, et qui fait fi de la liberté des parents, et les exclut d’une manière discriminante des activités scolaires », constate le Comité 15 mars.

Mme A. espère décrocher rapidement un rendez-vous avec l’inspectrice de l'Education nationale de Méru. « Qu’on arrête d’interpréter cette circulaire (Chatel) qui n’est qu’une circulaire, une note interne et qui n’est pas une loi », lance-t-elle pour souhaiter la fin des discriminations à l'encontre des femmes musulmanes. « Avant d’être des mamans voilées, nous sommes juste des mamans », clame-t-elle.

En Seine-Saint-Denis, le 13 novembre, des mères voilées organisées en collectif avaient réussi à convaincre le directeur académique de Bobigny de mettre fin à cette discrimination. Les initiatives groupées peuvent permettre à ces mères d’être enfin considérées comme des parents d’élèves à part entière.






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