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Société

Islamophobie : les mamans voilées discriminées contre-attaquent

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 13 Novembre 2013

A l’appel du collectif Sorties Scolaires Avec Nous, un rassemblement est organisé, mercredi 13 novembre, devant la Direction départementale de l'Education nationale, à Bobigny. Les membres de ce collectif rassemblant des mamans voilées demandent l’abrogation pure et simple de la circulaire Chatel, qui institutionnalise une discrimination à leur égard.



C’est la première fois que plusieurs mères voilées vont être reçues ensemble par l’Inspection de l’Education nationale. Regroupées au sein du collectif Sorties Scolaires Avec Nous, elles mènent un combat visant à être considérées comme des parents d’élèves à part entière. Depuis l’instauration de la circulaire Chatel, du nom de l’ancien ministre de l’Education nationale, en date du 27 mars 2012, elles se voient en effet refuser la possibilité d’accompagner les élèves lors de sorties scolaires.

Mises à l’écart de la vie scolaire de leur progéniture, elles ne veulent pas se laisser faire. Le collectif, rassemblant l’association Mamans toutes égales, des centres sociaux et le Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), organise, mercredi 13 novembre à 15h, un rassemblement devant la Direction départementale de l'Education nationale, à Bobigny, en Seine-Saint-Denis.* Au même moment, cinq membres du collectif accompagnés de Marie-Georges Buffet, ancienne secrétaire nationale du Parti communiste français, rencontreront un inspecteur départemental.

« Une circulaire qui discrimine nos enfants »

Ferouz Benamar, du centre-social du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), est une de mères voilées qui rencontrera l’inspecteur et compte bien lui demander « le retrait » de la circulaire Chatel, qui interdit le port de signes religieux – et donc du voile - aux parents accompagnant les enfants lors de sorties scolaires. Ce texte est « discriminatoire », dénonce Mme Benamar. « Non seulement, il discrimine les mamans mais il discrimine aussi nos enfants », estime-t-elle.

Depuis l’instauration de la circulaire, il y a « un mur entre nous, les enseignants et les directeurs d'écoles », raconte-t-elle. « Avant, j’emmenais mes enfants dans la joie. Maintenant, j’ai peur d’être discriminée. Avant, on passait inaperçues. Maintenant, on sent un malaise.», déplore la maman. Le regard porté par le personnel des écoles n’est plus le même. « Les "bonjours" sont froids, on détourne le regard », regrette Mme Benamar.

Aux mamans voilées qui souhaitent participer à une sortie scolaire, on leur demande à présent de porter le foulard de façon à cacher son appartenance religieuse. « On refuse de se déguiser », indique-t-elle, dans l'espoir de mobiliser le plus grand nombre lors du rassemblement.

Cinq signalements de mamans voilées par semaine

Leur demande d’abroger la circulaire Chatel est plus que légitime : ce texte est à l’origine de nombreuses discriminations à l'égard des musulmanes. Dernièrement, cette mise au ban des mères voilées a été accentuée avec la publication d’une charte de la laïcité dans toutes les écoles, en septembre. Le CCIF indique avoir reçu une trentaine de signalements de mères discriminées par semaine juste après l’instauration de cette charte. Elle recense aujourd’hui trois à cinq signalements par semaine.

« Cette charte a semé lé confusion du côté des mamans voilées et a donné un prétexte à leur exclusion », indique Babacar Sene, le chargé de communication du CCIF. Juste après la charte, c’est comme si il y avait eu « une consigne officieuse » car les mères portant le foulard se voyaient « systématiquement » refuser de participer aux sorties scolaires de leurs enfants, ajoute-t-il.

Avant même l’instauration de la charte, le CCIF était « régulièrement saisi » pour ces faits. On leur refuse d’être accompagnatrices de sorties scolaires en brandissant « l’argument de la laïcité », note M. Sene. Quelques cas de mères voilées « empêchées de pénétrer dans l’enceinte de l’école » ont même été recensés.

Dire non à une islamophobie institutionnalisée

A ce jour, Vincent Peillon et l'Observatoire de la laïcité n'ont pas contesté la circulaire Chatel. , la circulaire Chatel n’a aucun fondement juridique car le principe de neutralité ne peut pas s’appliquer aux parents d’élèves qui ne « sont pas des employés » des établissements scolaires, rapporte l’association. D’ailleurs, les médiations des juristes du CCIF menées au cas par cas avec des chefs d’établissements ont donné raison aux femmes discriminées.

Depuis la rentrée, le CCIF a saisi une quinzaine de fois,l’inspection de l'Education nationale. « Mais pour des cas individuels », précise Babacar Sene, qui salue l’initiative groupée de Sorties Scolaires Avec Nous. Reçues par l’inspecteur suite à une demande de la député de Seine-Saint-Denis Marie-Georges Buffet.

Les membres du collectif attendent de sa part une réponse favorable à leur requête pour enfin redevenir des parents d’élèves comme les autres.






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