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Politique

La France en guerre contre l’islam : l’analyse foireuse d'un élu FN

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 20 Janvier 2015



La France en guerre contre l’islam : l’analyse foireuse d'un élu FN
Français, ayez peur de l’islam et des musulmans : « La France est en guerre. » Le titre annonce déjà la couleur du discours belliciste d’Aymeric Chauprade. Après les attentats qui ont secoué la capitale du 7 au 9 janvier, le chef de file des eurodéputés FN a souhaité livrer sa « définition du mal » et ses prétendues solutions dans une vidéo qui totalise plus de 50 000 vues depuis sa mise en ligne le 15 janvier.

« En politique, il nous faut des raisonnements opératoires », déclare-t-il, en se lançant dans un procédé de raccourcis pour alimenter son analyse. « De manière simple (sic) », il divise l'islam en deux : celui qui est « acclimaté par les nations, les cultures nationales » et « l'islam global qui est resté fidèle à ses fondements jihadiques » et c’est « cet islam qui nous fait la guerre ».

Le fantasme de la « 5e colonne »

En appui à son discours, Aymeric Chauprade brandit des chiffres de « services de renseignements occidentaux » qui auraient estimé le nombre d’« adeptes de l'islam radicalisé » à « 15 à 25 % des musulmans du monde », soit « 225 à 375 millions » de personnes. Par un jeu d’extrapolation, ces musulmans représenteraient en France « entre 900 000 et 1,5 millions, convaincus que la oumma est supérieur à leur appartenance à la nation française » et « que la charia – la loi islamique - a vocation à se substituer à la loi française ».

Ces chiffres, qui ne reposent sur rien de crédible, lui servent à brandir la menace d’une « 5e colonne puissante » qui serait susceptible de se retourner contre « la nation française », « à tout moment (…) en cas de confrontation générale ». Les incidents autour des minutes de silence non respectées par des élèves sont ici instrumentalisés pour les présenter comme des signaux à prendre en compte.

« On nous dit que... »

Il fait également le parallèle entre la montée du fondamentalisme - l'islam resté fidèle aux fondements dans sa définition - et celle du nazisme en Allemagne entre les deux guerres mondiales pour appuyer la menace. « On nous dit qu'une majorité de musulmans est pacifique, certes. Mais une majorité d'Allemands l'étaient avant 1933 et le national-socialisme. Quand le totalitarisme s’empare d’une minorité conséquente et active, l’argument de la majorité pacifique ne tient plus », avertit l’eurodéputé frontiste.

« L'islam fait planer une menace très grave sur la France » et « les racines de la violence et du totalitarisme se trouve dans l'islam même, dans ses textes sacrés », juge l’élu, citant en exemple le « philosophe musulman modéré » Abdennour Bidar. Il se dit par ailleurs engagé dans « la lutte pour la désislamisation de la France » pour éviter le scénario catastrophe du roman Soumission de Michel Houellebecq dans lequel il dépeint une France dirigée par le chef d'un parti musulman.

Marine Le Pen gênée, pas sa nièce ni son père

Dès sa mise en ligne, Marine Le Pen a donné pour consigne aux secrétaires et chargés de mission départementaux du parti de ne pas relayer la vidéo « pour des raisons juridiques ». La vidéo postée par Aymeric Chauprade « est une prise de position personnelle » et « n'engage que lui », a assuré la présidente du FN lundi 19 janvier sur France Inter où elle a annoncé que l'eurodéputé n’est plus son conseiller spécial pour les questions internationales « depuis un certain nombre de jours ».

« La responsabilité d'un mouvement politique, c'est d'éviter précisément l'engrenage du choc des civilisations. Il faut l'éviter, il est très facile de se soumettre à cette logique, et je la trouve terrible », a-t-elle également déclaré. Sa nièce, la député Marion-Maréchal Le Pen, n'est pas de son avis : elle a relayé la vidéo controversée sur Twitter. Quant à Jean-Marie Le Pen, il a trouvé l'avis de l'élu « juste et intelligent ».

Aymeric Chauprade a beau prévenir que la France est « en guerre » non pas avec « les musulmans » mais « des musulmans », la fausse précaution ne sert pour lui qu’à mieux faire cautionner aux internautes son raisonnement qui prête le flan aux semeurs de division si dangereux pour la société.

Mise à jour mardi 20 janvier au soir : Le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) a annoncé, à l'instar de l'affaire Tesson, sa décision de saisir le parquet des propos d’Aymeric Chauprade « qui caractérisent clairement le délit de provocation publique à la discrimination, la haine et la violence envers les musulmans ». Pour en savoir plus, cliquez ici.

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