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Culture & Médias

L’histoire enfin racontée des Noirs de France

Rédigé par Pauline Compan | Mercredi 30 Novembre 2011

Les Noirs de France squattent l’actualité. Un livre, trois documentaires et une exposition, tous consacrés à plus de trois siècles de présence noire en France, font le buzz de cet automne. Un travail magistral orchestré par l’historien Pascal Blanchard, entouré d’une équipe de chercheurs.



Fête foraine. Muséum, carte postale, 1899. © DR
Fête foraine. Muséum, carte postale, 1899. © DR
C’était complet. L’avant-première parisienne des trois films documentaires « Le temps des pionniers », « Le temps des migrations » et « Le temps des passions », de la série « Noirs de France », a du refuser du monde à l’Hôtel de Ville de Paris, vendredi 18 novembre. Avec une projection programmée en pleine semaine, c’est dire si le sujet passionne. Un succès dont s’est félicité Pascal Blanchard, le maitre d’œuvre de ce travail au long cours, présent lors de la projection.

Pour ses recherches, l’historien s’est entouré d’une équipe de spécialistes pour rendre compte de l’évolution de la place des Noirs dans la société française durant trois siècles.

Avec le livre « La France Noire »*, sorti chez La Découverte le 3 novembre dernier, l'exposition itinérante « L’histoire des Afro-Antillais en France au cœur de nos diversités » et la série de trois documentaires « Noirs de France », il semble presque que l’on cherche à rattraper le temps perdu et à expliquer désormais, le plus largement possible, l’histoire des populations afro-caribéennes et afro-américaines sur le sol français. Mais le thème n’est pas abordé dans la précipitation et ces produits culturels sont bien documentés, souvent à l'aide d'archives inédites : photographies, peintures, images d’archives ou documents oubliés.

Une histoire oubliée

Au travers des récits, le public peut reconstituer les épisodes oubliés de l’Histoire. Comme cette levée de boucliers de la part des députés français lorsque Hégésippe Legitimus devient le premier Noir à siéger à l’Assemblée en 1898 en tant que député de la Guadeloupe, ou encore le scandale du « blanchiment de la Libération », en 1945.

Plus loin dans le temps, ce sera le temps des migrations. Via le BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer), des dizaines de milliers de Guadeloupéens, Martiniquais ou Réunionnais ont immigré en France métropolitaine de 1953 à 1981. Des méthodes qui ont fait scandale, beaucoup d’immigrants ayant dénoncé le décalage entre les promesses du BUMIDOM dans les départements d’origine et leurs conditions de vie lors de l’arrivée en France métropolitaine.

Cette main d’œuvre, peu qualifiée, envoyées par le BUMIDOM en France, occupera des emplois dont ne veulent pas les Français « métropolitains ». D’ailleurs, le premier congrès des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne en 1956 connaitra des déboires et devra commencer avec un jour de retard, le temps que les policiers laissent entrer les participants dans l’enceinte de la faculté. L’histoire retiendra de ce congrès un homme : le talentueux Frantz Fanon.

Dans la France des années 1990 et 2000, de la Coupe du monde gagnée au son du « Black, Blanc, Beur » aux polémiques sur l’identité nationale, en passant par la loi Taubira du 10 mai 2001, les luttes continuent avec ses alternances de victoires et de frustrations. A l’image de cette trilogie documentaire. Car s’il a fallu quatre années pour convaincre une chaine de télévision de diffuser un film sur un tel sujet, l’engouement autour de la thématique promet de belles audiences pour France 5 qui diffusera les documentaires au mois de janvier prochain.

*« La France Noire, Trois siècles de présences », Pascal Blanchard, édition La Découverte, 2011.





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