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Société

L'IFCM, un projet culturel de la Grande Mosquée de Lyon entre soutien et défiance

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 13 Juillet 2016

L'attribution de subventions publiques en faveur de la construction de l’Institut français de civilisation musulmane (IFCM) divisent dans la région. Mais tandis que l’extrême droite s’active pour faire monter la grogne, d’autres témoignent leur soutien en faveur de la Grande Mosquée de Lyon qui porte l’institut culturel.



Kamel Kabtane en est ravi. Le Conseil de la métropole de Lyon a voté, lundi 11 juillet, pour une subvention d’un million d’euros en faveur de la construction de l’Institut français de civilisation musulmane (IFCM) dans le 8e arrondissement. Un grand moment pour la Grande Mosquée de Lyon, à l’initiative de cet institut strictement culturel connu pour proposer des formations laïques à destination de cadres religieux en partenariat avec l'Université Catholique de Lyon et l’université Lyon 3 depuis la rentrée 2012-2013. Le centre, qui s’étendra sur une surface de 2 700 m² répartis sur quatre niveaux, devrait voir le jour en 2018 à proximité immédiate du lieu de culte.

Un soulagement après des déconvenues

Ce soutien, nécessaire, fait suite au vote, une semaine plus tôt, du conseil municipal de la ville de Lyon en faveur d'une subvention du même montant. L'accord de principe, contre lequel se sont opposés les groupes UDI (à une élue près), Les Républicains ainsi que le seul représentant du Front national, précédait en revanche deux déconvenues, à commencer par le refus, exprimé le 22 juin, par la région Auvergne Rhône-Alpes de participer au financement de l’IFCM, invoquant la participation financière d’Etat étrangers - principalement l'Algérie et l'Arabie Saoudite - au projet dont le coût est estimé à 6,6 millions d’euros.

Si l'IFCM « s'inscrit dans la nécessité d'asseoir l'islam de France dans une République apaisée, éclairée, assise sur les valeurs qui l'ont construite et ouverte sur d'autres cultures », le président de la région Laurent Wauquiez (LR) s’est déclaré opposé à voir un « lien de dépendance » susceptible, à ses yeux, d’« altérer (l’) autonomie (de la Grande Mosquée de Lyon, ndlr) dans la conduite de ce projet ». Celui-ci est ainsi revenu sur un engagement pris par son prédécesseur Jean-Jack Queyranne (PS) à l'égard de Kamel Kabtane et de la Grande Mosquée de Lyon.

En février 2016 fut notifié le refus du conseil départemental du Rhône d’accorder une aide publique, en invoquant des raisons similaires à celles exprimées actuellement par Laurent Wauquiez. Or, « si la Région se retire, le financement propre – et donc la part de pays étrangers – augmentera », a tenu à rappeler le 4 juillet Jerôme Maleski, membre de la majorité municipale de gauche. « Nous avons de très bonnes relations diplomatiques et des échanges économiques importants avec ces pays. On trouve surprenants ces financements pour des lieux culturels, mais normal pour certains clubs de foot ! » Jusqu'à récemment, le plan de financement de l'IFCM prévoyait l'attribution d'aides publiques à hauteur de 4 millions d'euros, répartis à part égale entre l'Etat, la métropole de Lyon, la Ville de Lyon et la région.

L’extrême droite attise la polémique

Dans les rangs de l’opposition, l’extrême droite s'est lancée dans une croisade. Génération Identitaire, très active dans la région lyonnaise, mène sa barque avec l’appui du Front national local en propageant l'idée (fausse) que l'IFCM est un « centre islamique ». Dernière action coup de poing en date, l’interruption du Conseil de la métropole lundi 11 juillet. Aux cris de « Non, non, non à l’islamisation » et de « On est chez nous ! », des militants ont perturbé pendant quelques minutes la séance pour appeler les élus à voter contre la subvention.

Sans succès finalement. La Grande Mosquée de Lyon a salué « la victoire du bon sens contre l'opportunisme politique » et se félicite de « la reconnaissance à une communauté du droit de connaître sa culture et aussi le droit de faire connaître sa culture aux autres. L'IFCM créera des ponts là où d'autres élèvent des murs ».

Face à la polémique grandissante, catholiques et protestants, par les voix du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et d’Etienne Tissot, président du Conseil de consistoire de l’Eglise Protestante Unie, ont manifesté leur soutien à l'appel du recteur Kamel Kabtane. « La concorde ne doit jamais craindre de voir progresser la culture », une « condition indispensable de la paix », ont-ils signifié dans un communiqué daté du dimanche 10 juillet. « De même qu’existent aujourd’hui l’ECCLY (Espace culturel du christianisme à Lyon) et l’Espace Hillel (consacré à la culture juive) lancés avec le soutien du Grand Lyon, il nous parait juste qu’un lieu de présentation, d’études et de débats permettant de découvrir les apports de la culture musulmane, puisse fédérer de larges soutiens », expliquent les dignitaires chrétiens, rappelant leur attachement à « une juste conception de la laïcité ».





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