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Points de vue

Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes : la violence conjugale, que faire ?

Par Noura Jaballah*

Rédigé par Noura Jaballah | Samedi 26 Novembre 2011 à 22:49

           


En dépit des mesures juridiques prises par les gouvernements européens, et malgré les campagnes d’information lancées par les pouvoirs publics et les organisations non gouvernementales sur la violence conjugale, le constat reste accablant.

Une femme sur dix est victime de violence, les brutalités au sein du foyer sont la première cause de mortalité devant les accidents de la route et le cancer chez les Européennes âgées de 16 à 44 ans ; et en 2008, en France, 156 femmes victimes de violence conjugale décèdent, soit une femme tous les deux jours et demi (source : Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France).


Le rôle de l'école, des associations et des leaders religieux

Que pouvons-nous donc faire face à ce fléau qui touche tous les milieux sociaux et qui cause la souffrance physique et morale d’un grand nombre de femmes ? Au-delà de l’atteinte grave aux droits de ces femmes, cette violence déchire les familles et affecte les enfants. En effet, les enfants témoins de violences conjugales sont susceptibles de développer de nombreux problèmes comportementaux comme l’angoisse, les cauchemars ou, pire encore, de reproduire l’exemple paternel.

Devant ce fléau, tous les acteurs sociaux sont appelés à œuvrer dans un but commun : l’éradication de ce phénomène. Pour cela, les politiques doivent assurer une réelle assistance aux femmes battues rompant le silence, en plus du déploiement d’un arsenal juridique fort contre ces agresseurs.

L’école doit également y contribuer par un programme pédagogique approprié, inculquant aux élèves les droits de l’homme tels que le respect de l’intégrité physique d’autrui.
Les associations de la société civile, spécialisées comme les centres d’accueil des femmes, battues ou non, doivent multiplier les campagnes médiatiques présentant les enjeux de ce fléau.
Enfin, les leaders religieux ont le devoir de préconiser une vie familiale saine dans le cadre de leur religion.

Ces leaders ont donc un devoir de rappel et d’éducation envers leurs adeptes afin que les valeurs morales telle que la justice ou le respect de la dignité et de l’intégrité de la personne soient respectées. En effet, la violence envers les femmes est avant tout une question d’éducation et d’équilibre. L’homme violent manque souvent de repères et de force morale pour maîtriser sa colère, et cette brutalité physique cache souvent une fragilité psychologique.

S'il est une source d'équilibre, le lien conjugal ne préserve pas de tout

Au regard de la religion musulmane, le mariage est considéré comme l’entreprise la plus importante de l’être humain, puisqu’elle se répercute sur la personne concernée, son conjoint mais aussi sur leur descendance et donc sur la société. Les acteurs d’une telle entreprise devraient être bien formés et encadrés dans leur rôle de conjoints et de parents.

C’est pourquoi nous constatons que les enseignements islamiques accompagnent les jeunes depuis leur quête de mariage jusqu’à l’installation de la famille, voire dans le moment douloureux de la séparation.

En amont, et pour prévenir les dérapages et les échecs, il est demandé aux jeunes de maîtriser leur passion et de laisser une place à la raison : bien choisir son conjoint est la première démarche pour garantir une vie conjugale épanouie. Lors de la décision de se lier avec une personne, il est recommandé au futur couple de bien examiner les différentes facettes de la personnalité de chacun des partenaires : les limites de sa colère, le degré de sa patience et de son respect aux autres…

L’islam considère la vie conjugale comme une source d’équilibre affectif, nécessaire à une bonne santé générale de l’homme et de la femme : « Et parmi Ses signes, Il a créé pour vous de vous-mêmes, des conjoint(e)s pour que vous trouviez auprès d’eux (elles) le calme et le gîte (sérénité) et Il a établi entre vous de l’affection et de la miséricorde. » (Coran, sourate 30, verset 21)

C’est ainsi qu’il fait de cette relation une source de paix et de bonheur, à condition qu’elle soit fondée sur un rapport de compassion et de complémentarité et non sur un rapport de force.

L’homme, en islam, est certes responsable de la famille ; néanmoins, cette responsabilité doit s’exercer dans le cadre de la consultation, de l’entente et du respect de la femme.

Beaucoup de paroles prophétiques exhortent les maris à prendre soin de leurs épouses, à être courtois avec elles. Dans un de ses hadiths, le Prophète considère que la bonté d’un homme est relative à son comportement au sein de sa famille : « Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui sont meilleurs envers leur famille » (parole rapportée par Ibn Majah) ou encore « Recommandez-vous mutuellement de bien traiter les femmes » (rapporté par Abou Hourayra).

On constate que, dans la société d’aujourd’hui, beaucoup d’hommes aimables, souriants et serviables sont durs au sein de leur foyer, agressifs, voire brutaux. Voilà des comportements intolérables à bannir à longueur d’année.



* Noura Jaballah est présidente du Forum européen des femmes musulmanes ( European Forum of Muslim Women – EFOMW).





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