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Société

Islamophobie : tabassé car musulman, Nouredine Rachedi veut justice

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 27 Janvier 2012

Agressé parce que musulman. Nouredine Rachedi s’en souviendra toujours. Le trentenaire s’était fait rouer de coups en juillet 2008 dans un parc public par deux jeunes hommes se présentant comme des « nazis » à Guyancourt, dans les Yvelines, après que les agresseurs lui ont demandé s'il était musulman. Trois ans après les faits, le procès aura enfin lieu mardi 31 janvier. M. Rachedi revient sur cet épisode douloureux et malgré sa méfiance envers les institutions judiciaires, il espère bien récolter les fruits de sa bataille menée jusqu’à présent.



Nouredine Rachedi après son agression en août 2008.
Nouredine Rachedi après son agression en août 2008.
Le caractère islamophobe de la violente agression contre Nouredine Rachedi n’est plus à démontrer. Plus de trois ans après les faits, le procès se tiendra enfin à la 8e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Versailles mardi 31 janvier.

La victime espère que la justice saura rendre un verdict exemplaire afin de rappeler aux prévenus et à la société que l’islamophobie n’est pas une opinion mais un délit. Epaulé par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et la Ligue des droits de l’homme (LDH) qui se sont constitués partie civile, M. Rachedi va devoir affronter à nouveau ses agresseurs – qui nient à ce jour les faits, selon nos sources – et se remémorer cette nuit du 24 au 25 juillet 2008, dont il se souviendra toute sa vie.

Une agression aux circonstances aggravantes

C’était à son retour vers son domicile à Guyancourt, dans les Yvelines, ce soir-là, qu’il fait la malheureuse rencontre avec ses agresseurs dans un parc public. Selon M. Rachedi, deux jeunes inconnus de type européen l'arrêtent pour lui demander une cigarette. L'un d'entre eux lui demande d'abord s'il est musulman, ce à quoi il répond affirmativement. On lui demande ensuite depuis combien de temps il est en France, ce à quoi il répond qu'il y est né et qu'il y a toujours vécu.

C’est là qu’ils se présentent à M. Rachedi comme des « nazis » et qu’ils lui demandent ensuite leur avis de l’ex-Yougoslavie. Une question saugrenue à première vue mais qui est posée quatre jours après l'arrestation le 21 juillet, à Belgrade, de Radovan Karadzic, responsable du meurtre de milliers de Musulmans en Bosnie entre 1991 et 1995. Le ton est monté et s'ensuit le passage à tabac du chargé d'études statistiques : coups de poing, coups de pied sur tout le corps et la tête. Bilan : hématomes, plaies au crâne, pneumothorax (décollement du poumon), qui lui valent une incapacité totale de travail (ITT) de 21 jours.

Si le premier agresseur a vite été identifié, il faudra plus d’un an pour attraper le second. Tous deux sont jeunes mais ont un passé de violences derrière eux, surtout le premier, un gros bras militant dans des mouvements d’extrême droite.

Malgré les preuves, M. Rachedi met plusieurs semaines à faire reconnaître le caractère raciste de son agression et à voir une requalification des chefs d’accusation qui n’a été possible, selon lui, qu’après « une pression médiatique exercée ». « J’aurais aimé que le parquet se rende compte par lui-même plutôt que d’avoir à donner des interviews au mois d’août 2008. Cet épisode me reste en travers de la gorge », nous déclare-t-il.

La lutte contre l'islamophobie institutionnelle

Accusés pour « violences aggravées en réunion en raison de l’appartenance à une religion », les deux prévenus, qui comparaissent libres, risquent jusqu’à sept ans de prison.

En théorie, car ils nient encore les faits qui leur sont reprochés. « C’est une stratégie de leur part et c’est bien joué car ils peuvent toujours compter sur l’islamophobie des institutions » et que la lutte contre ce racisme « ne fait pas partie des priorités politiques du moment », estime M. Rachedi.

Ce dernier, qui se dit « confus car confiant et méfiant » à la fois envers les institutions judiciaires à l’approche du procès, reste toutefois déterminé à plaider avec force sa cause pour exiger une peine maximale contre ses agresseurs ainsi que des indemnités pour les préjudices physiques et moraux subis, estimant avoir « perdu une certaine stabilité professionnelle et psychologique ».

Poussé par sa hiérarchie à la démission après l’agression, l’ex-chargé d’études statistiques a préféré déménager pour « changer d’environnement » et vaque depuis d’un contrat de travail à un autre. Trois ans après, M. Rachedi reste marqué par cette histoire, mais espère que son procès lui permettra de tourner une nouvelle page.







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