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Culture & Médias

Islamophobie : L’Express récidive et assume ses Unes chocs sur l'islam

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 9 Octobre 2013

Une nouvelle fois, L’Express a choisi de faire une Une sur l’islam. « Islam : le danger communautariste », titre l’hebdomadaire dans son édition du mercredi 9 octobre. Deux semaines après la Une de Valeurs actuelles, les musulmans sont de nouveau pris à partie par la presse. Alors que l’islamophobie est en progression dans le pays, ces couvertures alimentent un racisme qui se nourrit de la peur et de l’ignorance.



La couverture de L'Express daté de la semaine du mercredi 9 octobre.
La couverture de L'Express daté de la semaine du mercredi 9 octobre.
Après Valeurs actuelles en septembre, au tour de L'Express. L’hebdomadaire récidive avec une nouvelle Une racoleuse dans son dernier numéro daté de mercredi 9 octobre. On peut y voir la photo d’une devanture d’une boutique de voiles affichant des têtes de mannequins voilées. A l’éclat radieux des couleurs des voiles présentés se succède un message bien plus sombre qui est délivré avec le titre choc : « Islam : le danger communautariste » et le sous-titre « Le malaise de la gauche. L’escalade de l’islamophobie ».

L’Express surfe sur la vague de l’islamophobie en agitant le spectre du communautarisme musulman. Il n’en est pas à son coup d’essai. Dans la même veine que Le Point, L’Express collectionne les Unes du même acabit comme avec le numéro titré « La peur de l’islam », paru le 26 septembre 2012, ou « L’islam : les vérités qui dérangent », paru en juin 2008.

Alors que l’islamophobie, matérialisée par l’augmentation des actes antimusulmans est à déplorer, ces couvertures renforcent la méfiance d’une partie de la population vis-à-vis de l’islam et de ses fidèles. Ce discours de peur porté par certains médias ne peut qu’indigner la communauté musulmane, déjà prise pour cible par les responsables politiques dans de récurrents débats sur le voile ou la laïcité.

De précédentes couvertures de L'Express.
De précédentes couvertures de L'Express.

Christophe Barbier veut « aider » les musulmans

Devançant les critiques, le directeur de la rédaction du journal justifie dans son édito le choix d’une telle Une. « Elles s'assemblent déjà, les chorales qui aiment hurler à l'islamophobie et vont considérer que notre dossier de Une jette de l'huile sur le feu », commence-t-il. « Mais L'Express ne peut se taire quand il voit se lever des tempêtes sur le pays, et celle-ci en est une : dans un islam qui cherche encore sa place en France, dans une République qui ne sait pas bien intégrer ses citoyens musulmans, il y a un danger communautariste », avance-t-il.

Dans son pseudo-devoir de pédagogie, l’hebdomadaire a choisi de faire face au danger qui guette la France. « Les malheurs du temps en sont la cause et, parce que rien ne permet de voir l'avenir en rose, il faut s'inquiéter de le voir en vert. La mère du communautarisme s'appelle la crise, qui jette les déclassés et les oisifs dans les bras des prêcheurs radicaux, et son père se nomme le pouvoir. Le pouvoir, qui est l'objectif des barbus à Damas ou au Caire, mais qu'ils lorgnent aussi en France, par l'alliance de la ferveur et de la foule, par la masse et la mobilisation, et par un ardent prosélytisme. Le pouvoir, surtout, qu'ils espèrent conquérir sur les esprits, car leur combat est d'abord idéologique. Avant d'être une guerre de religion, il s'agit là d'une guerre religieuse, c'est-à-dire d'une lutte au sein de l'islam, pour savoir quelle faction va dicter sa loi », analyse Christophe Barbier.

Il le dit lui-même : « Le communautarisme est un fait minoritaire, limité à quelques lieux et à une phalange d'individus », poursuit-il, en citant les événements survenus à Trappes en juillet dernier et la crèche Baby Loup.

« Mettre le fantasme » en Une pour vendre

Alors pourquoi en faire une montagne ? « Combattre le communautarisme, c'est aider d'abord les musulmans qui ont compris le sens de la laïcité et ne souhaitent pas troubler par le spirituel leur vie de citoyens et de travailleurs », explique-t-il. Ce combat, c’est aussi protéger « les Français non musulmans contre eux-mêmes, contre leur propension à l'ostracisme ». « Pour que cette France-là ne considère pas tous les musulmans comme problématiques et ne vote pas bientôt FN en bloc, il faut être lucide et inflexible face aux intégristes », ajoute M. Barbier.

On l’aura compris : le magazine est notre sauveur à tous. Pas grave alors s'il jette une nouvelle fois la suspicion sur l’ensemble des musulmans. Venu chercher ses peaux de banane d’or lors des Y’a Bon Award 2013 qui récompensent les pires déclarations racistes, en juin dernier, Christophe Barbier avait concédé faire des Unes chocs sur l’islam pour vendre ses magazines. En Une « on met le cliché, le fantasme et à l’intérieur on met la pédagogie. Pour que les gens lisent, il faut qu’ils achètent ! », avait-il lancé devant un public échaudé.

Les couvertures criblant l’islam devraient faire encore longtemps les choux gras d'une presse anxiogène qui, en ces temps de crise, y voit un bon filon, quand bien même il blesse les musulmans.






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