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Société

Islamophobie : Claude Goasguen précise… et confirme

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 18 Février 2014

Le député Claude Goasguen, désormais convoqué en justice pour ses propos stigmatisant les musulmans lancés début février, est sorti de son silence, lundi 17 février, pour tenter de freiner la polémique. Mais c'est peine perdue. Explications.



Au départ, Claude Goasguen avait choisi la tactique du silence : se taire dans l'idée que ses propos stigmatisants tenus le 2 février lors du gala du KKL soient jetés dans les méandres de l'oubli et que l’affaire s’étouffe par elle-même. Elle a pris une autre tournure après que le Conseil français du culte musulman (CFCM), en la personne d’Abdallah Zekri, ait été appelé à réagir par Saphirnews. Depuis, une plainte a été déposée et l’homme politique est cité à comparaître le 7 avril à Nîmes.

Il aura fallu plus d’une semaine pour que les médias mainstream se décident, non sans frilosité, à rapporter les propos du député UMP, qui estimait que l’enseignement de la Shoah est menacé dans les lycées « tant on a peur des réactions des jeunes musulmans qui ont été drogués dans les mosquées ». Si, pour certains, il leur est difficile de citer les sources dont il tire l'information (vive la déontologie), gardons en tête que celle-ci est mieux relayée auprès du plus grand nombre.

Des propos délivrés dans une « réunion privée »

Face à la tournure médiatique que prend l’affaire depuis lundi 17 février, Claude Goasguen a réservé ses premières réactions à l’AFP. C’est en ces termes que le maire du 16e arrondissement de Paris s’explique : pour lui, ses propos incriminés avaient été tenus dans le cadre d’« une réunion privée » et qu'on leur avait donné une « interprétation (...) complètement illégitime ». « Je voulais dire intoxiqués » et non « drogués », dit-il.

Sur son blog, le député-maire s’est décidé lundi de publier un communiqué pour préciser que ses propos, sortis « de leur contexte », ont été tenus « lors d’un gala privé en faveur du KKL » et « visaient la dérive islamiste qui dénature le monde musulman ». « J’ai toujours dénoncé les intégrismes religieux qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans. Mes propos ne visaient en aucune manière l’ensemble de la communauté musulmane française », ajoute-t-il.

« Intoxiqués » et « drogués », quelle différence ?

Claude Goasguen ne réussit pas à convaincre, et ce à plusieurs titres. Que ses propos soient tenus en « privé » ou en public, ils restent tout aussi graves. Par ailleurs, il s'est tout de même exprimé lors d'une conférence qui a rassemblé environ 1 500 personnes, chiffre déclaré par le KKL sur sa page Facebook.

Plus fort encore, le député ne fait que remettre le choix du mot en cause, pas le fond : quelle différence sémantique entre « intoxiqués » et « drogués » ? S’il la voit, ce n’est pas le cas de ceux qui ont été visés par ses mots, les musulmans - et non « la dérive islamiste » qui reste à définir et qu'il n'a pas mentionné lors de son intervention - ainsi que les mosquées de France dans leur ensemble. Enfin, il ne revient nullement dans sa dépêche sur le fondement de sa phrase au but alarmiste, à savoir que l’enseignement de la Shoah serait aujourd'hui menacé dans les lycées, et par « des jeunes musulmans ». Il devra s’en expliquer devant les juges.

En attendant, l’embarras est tel que le KKL a décidé de supprimer, dans le weekend du 15 février, la vidéo preuve qu’elle a elle-même posté après le 2 février, reprise par la suite par le site Panamza. La vidéo de ce dernier a également été supprimée par YouTube mais quelques copies circulent encore sur la Toile.

Zéro réaction de la classe politique sauf de son rival

Les propos de Claude Goasguen à l’encontre des musulmans n’ont pas suscité de réactions de la classe politique à ce jour, de droite comme de gauche. Seul David Alphand, élu UMP de Paris, a condamné des propos « indignes d’un responsable républicain ».

Dans un communiqué parvenu à la rédaction, le rival politique de Claude Goasguen - il brigue le poste de maire du 16e arrondissement - appelle les ténors de l'UMP, à l’instar de Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate pour Paris, à condamner « sans ambiguïté de si graves propos », et réclame le retrait de la candidature du maire sortant. « M. Goasguen était déjà connu pour la violence et l’outrance de ses propos, mais il vient là de franchir le point de non retour », dit le conseiller.

Outre les politiques, les associations antiracistes demeurent elles aussi silencieuses. SOS Racisme ou encore le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié des peuples (MRAP)... pas un communiqué n'a été lancé à ce jour pour condamner le discours de Claude Goasguen. Le silence médiatique se nourrit également de leur silence criant.






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