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Monde

Gilbert Meynier : « Les Algériens s’accommodent de l’art du possible »

Cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie

Rédigé par Nadia Henni-Moulaï | Samedi 7 Juillet 2012

Pour Gilbert Meynier*, historien et professeur émérite à l’université Nancy-II, la célébration du 5 juillet 1962 sera à la hauteur de la déception des 50 ans écoulés.



Gilbert Meynier : « Les Algériens s’accommodent de l’art du possible »

Gilbert Meynier, professeur émérite à l'université Nancy-II, est spécialiste de l'histoire de l'Algérie sous la domination française.
Gilbert Meynier, professeur émérite à l'université Nancy-II, est spécialiste de l'histoire de l'Algérie sous la domination française.

Salamnews : L’Algérie commémore le cinquantenaire de son indépendance le 5 juillet. L’impression d’un désintérêt général prédomine. Pourquoi, selon vous ?

Gilbert Meynier : Le sujet ne passionne pas les foules : ni en Algérie, ni en France d’ailleurs. Je pense que le pouvoir algérien n’est pas très à l’aise avec ce cinquantenaire. Il sait qu’il n’a pas été à la hauteur. Il redoute certainement le retour de bâtons. Cette indifférence ambiante fait écho au désintérêt noté lors des dernières élections législatives, avec un taux d’abstention proche de 60 %. Le peuple est un peu exclu de ces célébrations au sens où ce n’est pas une fête à laquelle le pouvoir va mêler l’Algérien lambda. Les gouvernants restent dans une espèce de tour d’ivoire.

À cause du pouvoir indifférent aux attentes de la population algérienne ?…

G. M. : L’État algérien fonctionne sur un mode clanique. À ce titre, il rejette plus qu’il n’intègre. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les compétences émigrent : on assiste à une fuite des cerveaux. Le changement en Algérie passe par une refonte du pouvoir. Or, à l’heure actuelle, nous sommes dans une sorte de « pragmatisme rentier » sans projet politique. L’enjeu pour l’état-major est de se maintenir coûte que coûte aux commandes.

Le peuple algérien pourrait s’impatienter. La contagion d’un « Printemps arabe » en Algérie est-elle crédible ?

Les nombreux Algériens avec qui j’en ai discuté opposent le même argument : ils citent les révoltes d’octobre 1988, qui ont fait près de 200 morts officiellement (d’autres sources parlent de 500 morts) ; puis il y a eu les années noires avec le terrorisme et les massacres. Ils considèrent avoir déjà donné, ils refusent de subir à nouveau une guerre civile. Je pense que l’Algérie n’échappera pas à une forme de « Printemps arabe ». Reste à déterminer la forme. Le pouvoir pourrait très bien organiser la succession du président Abdelaziz Bouteflika…


* Gilbert Meynier est l'auteur de nombreux ouvrages sur l’Algérie, notamment : Le FLN, documents et histoire 1954-1962, avec Mohammed Harbi (Fayard, 2004) et L’Algérie, cœur du Maghreb classique. De l’ouverture islamo-arabe au repli (698-1518) (La Découverte, 2010).





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