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Economie

Findus halal : la SFCVH secouée par le scandale du cheval

Rédigé par Maria Magassa-Konaté et H. Ben Rhouma | Mercredi 27 Mars 2013

Depuis le début du scandale de la viande de cheval retrouvée dans ses plats préparés, la direction de Findus a assuré que les produits halal n’étaient pas concernés. Mais les résultats des analyses récentes menées par les autorités marocaines sur les produits de la marque ont prouvé le contraire : les plats halal vendus dans le royaume contiennent bien du cheval, selon l'ONSSA. Après enquête de la rédaction, il est vérifié que les produits incriminés sont les mêmes vendus en France mais jamais retirés des rayons. Tandis que Findus défend bec et ongle ses plats halal, la SFCVH de la Grande Mosquée de Paris est une fois de plus trempée dans un scandale dont elle ne se préoccupe pas.



Findus halal : la SFCVH secouée par le scandale du cheval
Au Maroc, l’Office National de Sécurité Sanitaire des produits Alimentaires (ONSSA) a procédé, lundi 4 mars, à la saisie définitive des plats surgelés halal Findus sensés ne contenir que du bœuf. « Cette mesure intervient suite aux résultats des investigations analytiques de laboratoire qui ont révélé la présence de mélange de viande bovine et de viande chevaline dans les échantillons de différents lots de plats cuisinés surgelés de marque Findus », indique l’agence chargée du contrôle sanitaire des aliments dans un communiqué.

A mesure que le scandale de la viande chevaline prenait de l'ampleur en France et en Europe, le Maroc avait en effet décidé de retirer de ses rayons les plats halal en question le 20 février « par mesure de précaution ».

Cette saisie conservatoire devait permettre de faire les investigations nécessaires pour lever les doutes qui pesaient sur Findus. Les analyses ont finalement abouti à la saisie définitive de 1,6 tonne de plats surgelés après résultats des tests marocains.

Tests ADN négatifs pour Findus

Pourtant, la direction de Findus avait assuré que les produits halal ne sont pas concernés par le scandale alimentaire. « Nous tenons à vous confirmer qu’aucun produit halal n’est concerné par cette non-conformité, les produits de cette gamme étant fabriqués sur un site différent répondant aux normes de production halal », expliquait, dans une note d’information datée du 11 février, le directeur qualité Findus France-Espagne, Alexandre Guerin. « Des tests ADN ont été menés sur la gamme halal, ceux-ci nous permettent de garantir le 100% viande de bœuf et l’absence d’ADN de cheval ou de tout autre animal », avait-il assuré.

Contacté par nos soins, Findus remet en cause les conclusions de l’ONSSA, affirmant que les résultats de leurs tests procédés sur les mêmes lots douteux ne révèlent « aucune trace de viande chevaline ». « L’organisme européen a mené des tests ADN alors que l’ONSSA au Maroc a effectué un autre type de test », nous déclare Eric Bodarwe, chargé de l’export pour Findus France. « Les plats halal ne sont pas touchés par la crise du cheval car ils sont produits dans un site particulier et non dans notre usine du Luxembourg où ont été touchés les produits mis en cause », ajoute-t-il.

Mais quel est l'organisme européen sollicité par la marque après les tests marocains ? En quoi est-il plus fiable ? A cette question, nous avons enfin obtenu une réponse mardi 26 mars : il s'agit du laboratoire Eurofins, basé en Allemagne. « Le Maroc n'a pas réalisé de tests ADN sur les trois lots de produits halal gamme Maghreb mais des tests Elisa qui sont basés sur la recherche de protéines spécifiques à une seule espèce », jugés « peu fiables dès lors que la viande est cuite, ce qui est le cas des plats cuisinés, et présentent un risque fort de faux positifs », nous fait savoir le service qualité de Findus.

Le Maroc campe en tous cas sur ses positions et attend de voir si les lasagnes bolognaises et hachis parmentier incriminés vont être détruits ou renvoyés en France. L'ONSSA devrait opter pour la première solution. Pour M. Bodarwe, les renvoyer leur coûterait bien cher.

Les produits du Maroc, les mêmes qu'en France

L’ONSSA, également sollicitée par la rédaction, déclare vouloir « renforcer le système de contrôle des produits alimentaires aux frontières » après la découverte de la fraude, d’autant que le préjudice est double. Les consommateurs dupés pensaient consommer un plat 100 % bœuf et, de surcroît, halal. Une tromperie sur toute la ligne.

Alors que l'ensemble des plats halal de la marque, vendus en France ou exportés, sont produits dans une seule et même usine en Bretagne, le consommateur musulman de France a donc tout intérêt à s'interroger sur le contenu de ces produits, toujours commercialisés.

Mais Findus persiste et signe : il n'y a aucune inquiétude à avoir. Leurs résultats, « négatifs », « vont être tout prochainement communiqués au Maroc », poursuit M. Bodarwe, précisant que les suites de cette affaire « un peu gênante » devraient se régler entre les deux pays.

Pour l’heure, seul le royaume chérifien parmi les pays du Maghreb et du Golfe où sont exportés les plats Findus, a mené des tests. Leurs résultats, en contradiction avec ceux de Findus, ne peuvent empêcher de laisser s'installer le doute sur la licéité des produits.

Après l'ONSSA et Findus, c'est au tour de la Société française de contrôle de viande halal (SFCVH), l'organisme de certification rattaché à la Grande Mosquée de Paris (GMP) en charge du label halal des plats Findus, d'être sollicitée, d'autant qu'aucun communiqué n'a fait jusque là son apparition sur leur site. Et leur réponse, obtenue avec grande difficulté, était peu rassurante.

« Si cela n’aurait concerné que nos produits, nous aurions porté plainte, comme ce fut le cas pour Herta. Mais là, l’Etat est intervenu », clame Al-Sid Cheikh, responsable de la SFCVH, ajoutant que « cette tromperie peut affecter tous les domaines ».

Les Findus halal jamais retirés, la DGCCRF surprise

Contactée, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) nous a toutefois fait part de son étonnement en prenant connaissance de l'affaire Findus au Maroc ainsi que de la commercialisation jamais interrompue des produits halal en France. « Ce sont des informations nouvelles que nous allons transmettre aux enquêteurs », nous a-t-on fait savoir vendredi 22 mars.

La fraude avérée pour le Maroc pointe du doigt les failles des contrôles sanitaires en France mais aussi le laxisme de la Grande Mosquée de Paris, en matière de halal, qui donne une confiance absolue aux industriels. Le respect de la traçabilité du halal n'est pas la priorité de l'industrie agro-alimentaire, les consommateurs ont tout intérêt à rester vigilants.






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