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En France, le dialogue islamo-chrétien change de registre

Rédigé par princevaillant@ymail.com | Jeudi 10 Décembre 2009

Les responsables du dialogue avec l’islam dans les diocèses doivent s’adapter à un contexte plus compliqué et difficile.



Créteil : Eglise Saint-Christophe et mosquée.
Créteil : Eglise Saint-Christophe et mosquée.
Le dialogue de l’Église avec l’islam est entré dans une nouvelle étape, difficile et complexe. C’est ce qui se dégage d’une enquête qui vient d’être effectuée auprès des responsables diocésains engagés dans dialogue avec l’islam, et dont le P. Christophe Roucou, responsable du Service des relations avec l’islam (SRI) des évêques de France, a rendu compte à l’occasion de sa session annuelle, samedi 5 décembre.

L’islam s’est durablement installé dans le paysage français. La fréquentation des mosquées est en augmentation, notent les délégués. Celle d’Évreux, par exemple, construite il y a dix ans pour accueillir 300 personnes est maintenant trop petite ; un nouveau lieu est demandé pour pouvoir accueillir environ 1 000 personnes. De même, « les musulmans n’ont plus de complexes pour s’afficher, notamment lors de grands rassemblements », explique un autre responsable.

Dans l’agglomération de Dijon, pour l’Aïd al Fitr, la communauté musulmane a utilisé une grande salle de gymnastique, invitant des centaines de personnes, dont des élus. Cette visibilité nouvelle s’organise : journées portes ouvertes dans les mosquées, journaux associatifs… Et elle s’inscrit dans l’urbanisme : à Nevers, outre la grande mosquée du Pardon, est en cours le projet d’un grand centre islamique de plusieurs étages, et un centre franco-turc est en construction.

« Il y a une peur que nous devons prendre en compte »

Plus visible, cet islam reste néanmoins extrêmement divisé. Une partie des musulmans, notamment dans la jeune génération, est tentée par une radicalisation des positions : enfants refusant d’entrer dans une église, multiplication du voile, revendications plus identitaires…

« Les positions de certaines mosquées sur les conversions de jeunes venus du christianisme, en particulier les femmes mariées avec des musulmans apparaissent plus intransigeantes », remarque un délégué. De ce fait, les clivages se développent au sein des communautés musulmanes. Ainsi, à Val-de-Reuil (Eure), la mosquée, à tendance dure, ne fait plus l’unanimité ; un lieu de prière dissident est apparu. D’où, pour les chrétiens, la difficulté de choisir entre des interlocuteurs souvent opposés.

Ces évolutions profondes ne sont pas sans provoquer des crispations aussi du côté catholique. Notamment pour les chrétiens habitant les cités. « Il y a une peur, une incompréhension que nous devons prendre en compte », confie Sœur Colette Hamza, xavière à Marseille. « Dans certaines cités, témoigne un autre, les “Gaulois” se sentent étrangers ; dans un service administratif, ils ont le sentiment qu’une femme voilée est mieux acceptée qu’une femme portant une croix… »

Le dialogue semble ainsi plus nécessaire que jamais

En réalité, au quotidien, les relations de voisinages sont bonnes. Mais dans les quartiers, « nombre de chrétiens se sentent envahis par la présence croissante de l’islam, sa visibilité ». Ce qui, au passage, pose la question d’une présence d’Église dans les cités populaires.

Si les relations avec les musulmans perdurent, elles ont changé de nature : à Rennes par exemple, « les liens d’amitié, de complicité des premiers temps, ont laissé place à des relations plus protocolaires ». Les responsables musulmans restent désireux d’une reconnaissance, et aussi d’une connaissance de l’Église. À Amiens, ils ont demandé aux chrétiens de venir exposer leur foi. Au départ, les catholiques vivaient cette présence auprès des musulmans comme un engagement auprès d’une population démunie, ce n’est plus le cas.

Comme le résume un « ancien » : « La communauté musulmane, qui atteint désormais 8 000 âmes, a disposé progressivement de lieux de culte spacieux, et de personnels parmi ses coreligionnaires nombreux, venant donc se substituer au prêtre que leur avait envoyé le diocèse au temps où elle était marginalisée. » Difficulté, tensions, divisions…

Le dialogue semble ainsi plus nécessaire que jamais : « L’Évangile nous demande d’aller au-delà des conflits, jusqu’au pardon », rappelle Mgr Michel Santier, évêque de Créteil, responsable du dialogue interreligieux au sein de la conférence épiscopale. Dans ce cadre, il invite « à ce que les regards de peur posés sur les musulmans, trop souvent confondus avec les islamistes, par méconnaissance, se changent en regards d’estime ». Afin, conclut-il, « que les préjugés mutuels s’évanouissent, et que se vivent des rapports de confiance dans la vérité ».


Auteure : Isabelle de GAULMYN - 09/12/2009
Source : La Croix

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