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Culture & Médias

Élections 2012 : Des médias sous influence ?

Rédigé par Nadia Henni-Moulaï | Lundi 16 Avril 2012

Médias et politiques font-ils bon ménage ? Dans une démocratie comme la France, la réponse semble évidente. Sauf que la réalité est plus complexe.



En 2007, le candidat Sarkozy à la présidentielle se montrait sous ses plus beaux atours, à cheval, en Camargue. On se souvient aussi qu’une horde de journalistes avait été invitée à ce « reportage », qui relevait davantage d’une mise en scène.
En 2007, le candidat Sarkozy à la présidentielle se montrait sous ses plus beaux atours, à cheval, en Camargue. On se souvient aussi qu’une horde de journalistes avait été invitée à ce « reportage », qui relevait davantage d’une mise en scène.
Les relations entre médias et politiques appellent, instantanément, un adjectif : dangereuses. Une proximité jetant l’opprobre tant sur les journalistes que sur les élus.

Lina, 36 ans, porte un jugement sans appel. « Les liens qui existent entre journalistes et hommes politiques m’inspirent essentiellement des choses négatives », analyse cette juriste, souvent très au fait de l’actualité politique. Selon elle, ces rapprochements conduisent à « une manipulation pure et simple de l’information ».

L’honnêteté intellectuelle des journalistes ? « Je n’y crois pas trop ! Comment être impartial dans ses sujets si l’on copine avec un responsable politique ? » Pas faux. La question mérite d’être soulevée.

Des relations biaisées

D’autant que les médias sont parfois sous la coupe de propriétaires au nom clairement connoté. Serge Dassault, dont la fortune familiale provient de l’industrie de l’armement, fut un temps patron du Figaro, quotidien résolument marqué à droite. À l’inverse, le journal Libération est un pur produit de la gauche. Parmi ses fondateurs, Jean-Claude Vernier, militant maoïste, Jean-Paul Sartre, célèbre philosophe, ou encore Serge July, qui en devient dès 1972 le directeur de publication. Des titres symboles de la presse d’opinion, dont le succès repose sur un traitement spécifique et engagé de l’information.

Pas étonnant selon Jean-Marie Charon, chercheur au CNRS et spécialiste des médias : « N’oublions pas que la France a une tradition où presse et politique sont très imbriquées. » Et d’ajouter : « À partir de la IIIe République jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la plupart des hommes politiques possédaient des organes de presse. » Georges Clemenceau ou Léon Blum. « On est loin du modèle à l’anglo-saxonne, où la presse représente le quatrième pouvoir. »

Des journalistes politisés ou politiques ?

Cette connivence naturelle entre médias et politiques est symptomatique de l’exception à la française. « On a "Le Figaro" qui soutient clairement Nicolas Sarkozy pour les présidentielles. Cela a été dit sur un blog », glisse Jean-Marie Charon.

Auteur de la confession ? Étienne Mougeotte, directeur des rédactions du groupe Le Figaro ‒ rappelons que l’homme est un intime de l’actuel président de la République ‒, qui participe à un think thank réunissant, entre autres, Jean-René Fourtou, président du conseil de surveillance de Vivendi (propriétaire du groupe Canal, lui-même détenant i>Télé). Objectif de ce cercle de réflexion ? Accompagner le président-candidat de l’UMP vers un second mandat élyséen.

Un œil sur la presse

Les syndicats veillent. Et de l’aveu même du Syndicat national de journalistes (SNJ), la période est propice au mélange des genres. « Certains journalistes sont davantage des attachés de presse », lance Dominique Pradalier, membre du syndicat et journaliste à France 2. Quand le président de la télévision publique est nommé par l’Élysée, comment empêcher les soupçons ?

Depuis le 15 juin dernier, la Charte des antennes adoptée par le groupe vise à se prémunir contre toute dérive, dont la profession semble être apparemment encline.
Sans parler des pressions déguisées exercées par les sommets de l’État. « Les journalistes évitent d’aller filmer les Roms ou encore les clandestins embarqués de force dans les avions… », fait-elle observer.

Autre garde-fou, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), où le principe d’équité du temps d’antenne et du temps de parole prévaut du 1er janvier au 20 mars 2012. Avec des règles très strictes. Depuis 2009, le CSA a mis en place un nouveau système de surveillance. « Hors périodes électorales, le temps de parole des partis découle de leur représentation à l’Assemblée nationale », nous explique le CSA. L’espace médiatique correspond à la représentativité électorale.

Une mesure mise en place, également, pour permettre aux petits partis d’exister dans le paysage médiatique. Et en la matière, pas de tricherie possible : « Les chaînes nous envoient leur décompte régulièrement. » Et en cas de manquement, elles n’échappent pas à une mise en demeure. Au 3e trimestre 2011, cinq chaînes de télévision et de radio ont été rappelées à l’ordre, dont BFM, i>Télé et LCI. En cause, « un temps de parole trop important attribué à l’opposition en comparaison de celui de la majorité. Primaires et affaire Strauss-Kahn. »

En périodes électorales, la donne change. Aux chaînes de définir elles-mêmes les temps de parole accordés aux candidats à partir de critères de l’équité tels que définis par le CSA : « Résultats électoraux précédents, dynamisme de la campagne, représentativité du parti qui soutient le candidat », explique-t-on au CSA. « Nous sommes en contact avec ces médias tous les jours pour les conseiller et, le cas échéant, rectifier le tir en cas de manquement au principe d’équité entre les candidats. » Les oreilles de patrons de presse vont-elles pour autant siffler ?





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