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Société

Des soutiens se manifestent pour le lycée musulman Averroès, menacé de perdre son contrat avec l'État

Rédigé par Lina Farelli | Mardi 5 Décembre 2023 à 13:30

           

Devant la menace de retrait du contrat d'association liant le lycée Averroès de Lille à l'État, la Ligue des droits de l'Homme (LDH), des syndicats et des personnalités locales ont apporté publiquement leur soutien au groupe scolaire.



Des soutiens se manifestent pour le lycée musulman Averroès, menacé de perdre son contrat avec l'État
Le lycée musulman Averroès est toujours sous la menace d’une résiliation de son contrat d’association avec l’Etat. Dans l’attente de la décision définitive que prendra la préfecture des Hauts-de-France à l’encontre de l’établissement lillois, deux syndicats de l’enseignement privé ont manifesté leur soutien à Averroès.

« Nous ne sommes pas dupes sur les réelles motivations du conseil régional et du ministère, cela s’inscrit dans un contexte politique qui n’a de cesse de stigmatiser une religion, l’islam, et vient officialiser encore une fois le glissement idéologique vers l’extrême droite dont nous combattons les idées nauséabondes », estime la CGT Enseignement privé (CGT-EP) dans un communiqué en date du vendredi 1er décembre.

Une menace de retrait « dans un climat d’islamophobie »

A la lecture du rapport de l’Inspection générale de l'Education, du Sport et de la Recherche (IGESR) de juin 2020, « aucune mention de manquement au respect du contrat d’association n’apparaît », note le syndicat, qui s’inquiète des conséquences « quant à l’emploi des personnels enseignants et non enseignants » à Averroès à qui CGT-EP apporte « tout (leur) soutien ».

Bien avant la décision prise par la commission consultative pour l’enseignement privé convoquée par la préfecture, la section 59/62 de Sundep Solidaires avait apporté son soutien aux personnels du lycée Averroès « en lutte pour leur emploi ». La menace que fait planer la préfecture sur le groupe scolaire « s’inscrit dans un climat d’islamophobie où la population issue de l’immigration est réduite à sa seule religion, présentée comme un potentiel danger au moment où la crise de l’inflation atteint nombre de salarié-e-s. L’objectif est ainsi de monter les Français-e-s les un-e-s contre les autres », a estimé le syndicat dans un communiqué du 13 novembre.

Pour « une expertise impartiale »

« L’administration rectorale se montre tatillonne et discriminatoire en inspectant chaque année les collègues d’Averroès, sans rien trouver d’autre que des enseignant-e-s qui font leur travail avec le même sérieux que les collègues des autres établissements. La chambre régionale des comptes inspecte les finances de l’établissement quand elle ne le fait jamais pour les établissements privés catholiques sous contrat », s’est insurgé Sundep, pour qui « la préfecture mène une politique absurde : d’un côté elle dénonce un prétendu risque d’endoctrinement des élèves, d’un autre elle se propose de retirer le contrat d’association et donc les moyens de contrôler ce qui se passe dans l’établissement ».

Même son de cloche du côté de la CGT-EP, qui regrette qu’« un tel zèle quant au contrôle d’un établissement privé sous contrat ne soit pas mis en œuvre aussi pour les établissements privés du réseau catholique, pour lesquels nous signalons régulièrement à l’administration de nombreuses dérives suite à des non respects de ce contrat d’association ». Elle appelle à « une expertise impartiale sur la menace de retrait du contrat d’association pour le lycée Averroès ».

La vigilance de mise face à « toute entorse aux valeurs de laïcité »

Bien que la Ligue des droits de l’Homme (LDH) défende « prioritairement l’enseignement public comme l'instrument indispensable de mise en œuvre de la citoyenneté, comme un véritable outil d'égalité », la section de Lille s’est fendue d’un communiqué, mardi 5 décembre, pour appeler le préfet et le président du Conseil régional des Hauts-de-France « d'appliquer de manière juste et impartiale les mêmes règles à tous les établissements privés sous contrat ».

« Attachée ce qu'il n'y ait aucune discrimination entre les religions, surtout dans le climat actuel d'islamophobie, nous souhaitons que les mêmes examens rigoureux soient effectués concernant les établissements catholiques », fait-elle part.

La décision de résilier le contrat d’association du lycée, « doit être justifiée par la preuve de manquements pédagogiques ou d'irrégularités ». Or « les rapports de la Chambre régionale des comptes, ceux de l'Inspection générale de l’Éducation nationale ne nous semblent pas permettre à ce stade d'étayer une telle décision ; même si au-delà des témoignages des équipes pédagogiques, nous ne disposons pas de tous les éléments gui nous permettraient de dégager une connaissance exhaustive du dossier », signifie la LDH, qui se dit vigilante « envers toute entorse aux valeurs de laïcité, qui requièrent que la puissance publique ne reconnaisse aucune religion, mais les respecte toutes de la même façon, sans en privilégier ni en stigmatiser aucune ».

Des personnalités locales s’engagent pour le lycée

Ces prises de position bienvenues pour le lycée Averroès viennent appuyer celles de l’ancien sénateur et président du Conseil départemental du Nord (LR) Jean-René Lecerf, du député (PS) du Nord Roger Vicot et du directeur de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot.

En soutien à l’établissement privé, tous trois ont appelé le préfet à ne pas retirer le contrat d’association, une décision qui serait « injuste » à leurs yeux, « inéquitable et contre-productive » même pour Pierre Mathiot. Les deux premiers, qui voient Averroès comme « un vecteur d’ascension sociale efficace » rapporte La Voix du Nord, proposent une médiation dans « l’espoir d’une solution transitoire », comme une période de probation avec une surveillance accrue et la promesse de l’État de maintenir le contrat du lycée et d’en signer un avec le collège.

« On nous rabâche le fait que les musulmans ne seraient pas d’accord avec les valeurs de la République. Si le retrait de l’agrément d’Averroès est acté, on condamne, à terme, un lycée avec 60 % de boursiers musulmans, dont les responsables eux-mêmes ont demandé à être sous le giron de l’État. Et qui, en plus, a, selon les données du ministère de l’Éducation nationale, des résultats excellents. N’est-ce pas un formidable outil républicain ? », a affirmé, pour sa part, le directeur de Sciences-Po Lille au Parisien. Et de conclure : « Je sais déjà que je vais être attaqué sur un point très personnel : ma fille s’est convertie à l’islam. J’aurais sans doute aussi des menaces de mort peut-être même que ma carrière est terminée… mais je n’aime pas l’injustice, point. »

Mise à jour lundi 11 décembre : La préfecture a bien fini par prendre la décision de rompre le contrat d'association avec le lycée Averroès. Plus ici.

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