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Société

Après les attentats, le CCIF en alerte face à l'intensification de l'islamophobie

Rédigé par Christelle Gence | Mercredi 11 Février 2015

Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) a dévoilé, lors d'une conférence de presse organisée mercredi 11 février, son bilan pour l’année 2014 qui témoigne d'une installation de l'islamophobie dans le pays. Depuis les attentats à Paris, le phénomène s’est encore intensifié. Plus que jamais, le CCIF appelle l’Etat à prendre la mesure de la situation et à y apporter des réponses adaptées.



Les années se suivent et les conclusions du rapport annuel du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) se ressemblent : l’islamophobie a encore progressé en 2014. Le CCIF a enregistré 764 actes islamophobes l’année passée, une progression de 10,6 % par rapport à 2013.

Dans le détail, 586 actes de discrimination (77 % des cas d’islamophobie), 22 agressions physiques, 28 agressions verbales, 103 cas de discours et de propos à caractère islamophobe et 25 attaques contre des institutions (dégradations, profanations) sont remontés jusqu’à l'association. Des chiffres révélateurs de « la progression de l’islamophobie et de son installation dans la société française », affirme le CCIF dans son rapport, mais qui ne rendent « pas pleinement compte de la banalisation des théories et des idéologies islamophobes dans l’espace public ».

Sans surprise, la très grande majorité des victimes de l'islamophobie demeurent des femmes (81,5 %). Si elle porte le voile, « une femme de confession musulmane rencontrera potentiellement des discriminations à chaque étape de sa vie », déplore Elsa Ray, la porte-parole du CCIF, auprès des journalistes présents à la conférence de presse.

La situation aggravée après-Charlie, un « miroir grossissant » de la réalité

Entre le 7 janvier, jour de l'attaque sanglante du siège de Charlie Hebdo, et le 7 février 2015, le phénomène s’est encore intensifié. Ainsi, 153 actes islamophobes ont été recensés - un chiffre en augmentation de 70 % pour la même période en 2014. S’il est convenu de distinguer phénomène conjoncturel et phénomène structurel, indique Elsa Ray, « la situation depuis les attentats n’est que le miroir grossissant de ce qui se passait avant ».

Il s’agit des « mêmes types d’actes, (...) mais le passage à l’acte est plus violent et plus fréquent », fait-on savoir. Il y a un « lien de causalité entre les événements nationaux et internationaux et le passage à l’acte », note Lila Charef, la responsable juridique du CCIF, pour qui c’est le « reflet d’une islamophobie qui était latente et qui s’est libérée depuis le 7 janvier ».

Elsa Ray, porte-parole du CCIF (à g.), et Lila Charef, la responsable juridique. © Saphirnews / HBR
Elsa Ray, porte-parole du CCIF (à g.), et Lila Charef, la responsable juridique. © Saphirnews / HBR

L'école, un terrain qui préoccupe le CCIF

Les dégradations de mosquées ont très largement été relayées dans les médias, mais pas les agressions envers les musulmans, rappelle l'association. A l’inverse, les condamnations pour apologie du terrorisme ont fait l’objet d’une large couverture médiatique. Cette situation risque de « générer chez cette population (de confession musulmane) un sentiment de deux poids-deux mesures » lui donnant « l'impression de faire l’objet d’un traitement très partial de la part des médias », alerte Lila Charef.

Le CCIF insiste aussi sur la situation dans les écoles, une institution qui « devient parfois le lieu de tous les amalgames ». Dans les semaines qui ont suivi les attentats, le Collectif a recensé plus de nombreux cas problématiques où des « incidents (…) auraient du se régler au sein de l’école » mais ont été traitées de façon « excessive et inadaptée », à l’image de l’affaire d’Ahmed, 8 ans, convoqué au commissariat suite à une plainte de son école.

L'Etat mis devant ses responsabilités

Cette affaire, dont le CCIF s’est saisi, est révélatrice d'une « hystérie policière, judiciaire (qui) s’est installée petit à petit, au détriment des musulmans », déplore Elsa Ray, « parce qu’on a assimilé automatiquement les personnes de confession musulmane aux terroristes ». Plus grave encore, c’est le « principe de responsabilité collective qui est appliqué actuellement », un principe « qui n’existe pas en droit », relève Lila Charef.

Très vite après les attentats, les discours officiels étaient plutôt « rassurants » et « fédérateurs », note le CCIF. Mais il y a « un décalage énorme entre les discours officiels et ce qui remonte du terrain », regrette la porte-parole du CCIF, selon qui « la promesse de ne pas faire de stigmatisation et d’amalgames n’est pas respectée ». A ce titre, est citée la plaquette de la campagne #StopDjihadisme, une action « contre-productive et stigmatisante » pour les musulmans.

Le CCIF attend de l’Etat qu’il apporte « une réponse appropriée » à la lutte contre l’islamophobie, afin « de maintenir la cohésion sociale et nationale ». Une attente d'autant plus urgente que les pouvoirs publics sont eux-mêmes sources de discriminations envers les musulmans : 71 % des cas venaient des institutions en 2014, rappelle Elsa Ray.

En outre, « comme l’islamophobie n’est pas reconnue à sa juste valeur, à l’image de son ampleur dans la société française, elle n’est pas combattue à la hauteur de la gravité du phénomène », insiste la porte-parole du CCIF. L’emploi du terme « islamophobie » par le président de la République a constitué une première avancée symbolique mais il reste encore tant à faire pour appuyer le combat. Et Elsa Ray de prédire, « 2015 sera un tournant » dans la lutte contre l’islamophobie, « à nous d'en définir les contours ».





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