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Anass Patel : « Les consommateurs musulmans doivent exprimer leurs besoins en finance islamique »Trois questions à ...Rédigé par Leïla Belghiti | Mardi 13 Juillet 2010
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Anass Patel est directeur de l'Investissement et de la Stratégie chez DTZ Asset Management Europe. Il vient d'éditer en partenariat avec le cabinet d'avocats d'affaires international Norton Rose un Livre blanc, destiné à faire le point sur la finance islamique et à apporter des réponses précises au marché, afin d'en faciliter son implantation sur le territoire français.
Saphirnews : Si la finance islamique est LA solution pour sortir de la crise, qu'est-ce qui freine son implantation en France ?
Anass Patel : Je dirais plutôt que la finance islamique est l'une des meilleures solutions actuelles et non l'unique. Les blocages sont nombreux, mais le problème prédominant est avant tout l'expression d'une demande stable et mature. Or l'offre répondra seulement quand il y aura des demandes, c'est le principe d'adaptation au marché.
Deuxièmement, il y a toute une communication à faire autour de la terminologie à connotation religieuse, tant l'image de l'islam en France est en réel déficit. Saviez-vous que l' ISR (investissement socialement responsable, ndlr), qui a affiché en 2009 plus de 70 % de croissance sur le marché français en une année (cf. étude Novethic 2010 ) est à l'origine une initiative de pasteurs de l'Église méthodiste des Etats-Unis ? De même, la finance islamique doit aujourd'hui déplacer ce problème d'image avec la connotation religieuse, en mettant l'accent sur ses produits, c'est-à -dire purement en déclinant les avantages de son offre de produits et en faisant savoir que cela répond à un besoin, sans décrier sur le terrain religieux. Dans le Livre blanc* que vous venez d'éditer avec vos partenaires, vous insistez sur la part de responsabilité de chacun (investisseurs, banques, particuliers) sur l'état du marché de la finance islamique. Mais que peut bien apporter un particulier ?
A. P. : Exprimer son besoin, affirmer de façon pérenne et montrer le potentiel qu'il représente. Aujourd'hui, quand vous discutez avec des acteurs économiques, tous vous disent : « On nous parle de 5 ou 6 millions de musulmans, mais, premièrement, cela n'est pas une clientèle visible ; deuxièmement, elle n'est pas homogène ; enfin, troisièmement, on ne croit pas qu'elle soit vraiment prête à aller vers des produits éthiques, étant donné qu'elle se satisfait de ce qu'on lui propose. »
C'est de là aussi que doit partir le changement. Il faut faire du lobbying, arrêter de se regarder dans le miroir en tant que musulmans. Pour n'importe quel besoin, les gens se rassemblent, se coordonnent, font du lobbying, expriment leurs opinions, fondent des associations, essaient de coordonner leurs actions, vont vers les associations de défense des consommateurs, etc. Je pense qu'il faut explorer toutes ces voies pour permettre de donner une visibilité à ce besoin. Le fait de penser que la finance islamique concurrencerait la finance conventionnelle serait-elle un frein parmi d'autres à son implantation ?
A. P. : La finance islamique est loin d'être dans un esprit de concurrence. Elle permet simplement de compléter l'offre financière. Elle élargit le gâteau. Et elle a ses fondements, on répond à des besoins nouveaux, à des préoccupations éthiques, tout en permettant de conquérir de nouveaux marchés inaccessibles à la finance conventionnelle.
À l'heure qu'il est, toutes les banques s'y intéressent, mais il n'y a pas de banque qui investit massivement le secteur, parce que, justement, le marché n'est pas encore éprouvé. * Pour télécharger le Livre Blanc Finance islamique et immobilier en France : Comprendre pour agir, cliquez ici
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