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Sur le vif

Algérie : une caméra cachée visant un écrivain athée crée un scandale

Rédigé par | Vendredi 2 Juin 2017 à 12:45

           


Algérie : une caméra cachée visant un écrivain athée crée un scandale
Les réactions de colère et d’indignation se multiplie en Algérie suite à l’humiliation et les violences exercées à l’encontre de l’écrivain Rachid Boudjedra lors d’un programme de caméra cachée diffusé sur la chaîne privée Ennahar TV mercredi 31 mai.

Agé aujourd’hui de 75 ans, l’auteur de La Répudiation, militant de la guerre d’indépendance algérienne, est connu pour son athéisme assumé. Dans les années 1990, il avait notamment été condamné à mort par le Front islamique du salut (FIS). En avril 2015, Rachid Boudjedra avait choqué une partie de l’opinion publique algérienne en déclarant à la télévision : « Je ne crois pas en Dieu, ni en la religion musulmane, je ne crois pas en Muhammad comme Prophète (…), (de nombreux autres Algériens) sont athées mais n’osent pas l’afficher par peur de l’opprobre de la société.»

La chaîne Ennahar TV a diffusé un canular dans lequel on voit l’écrivain algérien se faire prendre au piège d’une fausse interview. Le faux animateur demande à Rachid Boudjedra de dire « Allahou Akbar » et de prononcer la « chahada » qui est la profession de foi musulmane. Un faux policier débarque ensuite sur le plateau et procède à un contrôle d’identité puis pose des questions à l’auteur concernant une accusation d’intelligence avec l’étranger. L’homme de lettres, sous pression, se soumet ensuite aux demandes du faux animateur en répétant haut et fort « Dieu est Grand » ainsi que la chahada.

Mais Rachid Boudjedra perd patience et décide de quitter le plateau et insulte les faux journalistes et le faux policier. Mais l’écrivain est retenu par les comédiens qui tentent de l’empêcher de quitter le studio. Les noms d’oiseaux fusent et le septuagénaire est censuré à de multiples reprises par des bips sonores dans la vidéo diffusée à l’antenne.


Le silence des autorités dénoncées

Plusieurs pétitions circulent depuis jeudi 1er juin pour exiger des sanctions envers Ennahar TV.

L’écrivain Kamel Daoud s’est lui fendu d’un tweet assassin.

Le silence de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), équivalent du CSA en Algérie, est dénoncé sur les réseaux sociaux et par les pétitionnaires.

« Le silence des autorités, ministère de la Culture, de la Communication, et le mutisme de l'ARAV sont des preuves de complaisance, voire de complicité avec certains médias qui nourrissent la haine, le racisme, l'intolérance et pourrissent le débat public », peut-on lire dans une des pétitions. « Je présente mes sincères excuses au romancier Rachid Boudjedra et au public au nom d’Ennahar, pour les dépassements dont il a été victime dans la caméra cachée qui n’a pas respecté les règles du travail », a tweeté jeudi, Anis Rahmani, le directeur de Ennahar TV.

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