Samedi 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 personnes ont manifesté en France contre la vie chère, dans un contexte marqué depuis des semaines par la colère des lycéens et des étudiants à l’encontre du gouvernement. Mais ce qui défraye la chronique, ce sont malheureusement bel et bien les pillages et les affrontements qui ont eu lieu en marge des cortèges. Dès le lendemain, le débat ne portait plus sur les revendications des manifestants autour des salaires, du pouvoir d'achat, des prix ou encore les dysfonctionnements des services publics ; il portait sur l’immigration, avec un haut niveau de violence raciste.
Un florilège de propos xénophobes
L’extrême droite et ses affidés en ont fait leurs choux gras, à commencer par le Rassemblement national (RN). Jordan Bardella, empêtré dans une affaire l’accusant d’antisémitisme, a résumé sa réponse auprès d’Europe 1 et de CNews, en une phrase laconique : « Il faut arrêter l’immigration. » Le président du RN a affirmé qu’une grande partie des pilleurs étaient « des gens issus de l’immigration qui ne se sentent pas français et qui ne ratent jamais une occasion pour exprimer leur haine à l'égard de notre pays », alors qu’aucune donnée sur les origines et la nationalité des casseurs existent.
Éric Zemmour n'y est pas allé de main morte sur LCI. Le fondateur de Reconquête a attribué, dimanche 18 octobre, les violences à « une horde de barbares maghrébins et africains » qui ont « des alliés avec les milices antifas, une vitrine légale avec les députés LFI et un mode opératoire avec les pillages ». « Je crois que ce que nous avons vu hier, c’est le véritable visage du grand remplacement », qui a pour « un moteur idéologique historique : la haine de la France et la revanche de la colonisation », a-t-il affirmé, établissant ainsi une forme de culpabilité collective fondée sur l’origine.
« Puisse la justice faire une nouvelle fois son travail : poursuivre et condamner de nouveau ce délinquant raciste multirécidiviste. Le racisme n’est pas une opinion : c’est un délit », a fait savoir le député LFI de l’Essonne, Antoine Léaument, qui a annoncé, lundi 19 octobre, avoir saisi la procureure de la République. Le collectif Sleeping Giants a saisi l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), en dénonçant des propos racistes tenus sans réelle contradiction à l’antenne.
Marion Maréchal a elle aussi tenu des propos similaires, estimant que les événements survenus le 17 octobre sont « le summum de l’insurrection racaillo-gauchiste ». Dans une analyse très bancale, la nièce de Marine Le Pen, passée dans les rangs d’Eric Zemmour avant de claquer la porte de Reconquête, a déclaré avoir assisté à « une forme d’hybridation entre d’un côté l’extrême gauche révolutionnaire et violente avec des groupes bien connus de type black blocs. Et puis, de l’autre, ce qui s’apparente à des formes d’émeutes ethniques. Ce qui a été sous-estimé hier, c’est l’entrée dans la violence des banlieues à forte population d’origine immigrée ».
Éric Zemmour n'y est pas allé de main morte sur LCI. Le fondateur de Reconquête a attribué, dimanche 18 octobre, les violences à « une horde de barbares maghrébins et africains » qui ont « des alliés avec les milices antifas, une vitrine légale avec les députés LFI et un mode opératoire avec les pillages ». « Je crois que ce que nous avons vu hier, c’est le véritable visage du grand remplacement », qui a pour « un moteur idéologique historique : la haine de la France et la revanche de la colonisation », a-t-il affirmé, établissant ainsi une forme de culpabilité collective fondée sur l’origine.
« Puisse la justice faire une nouvelle fois son travail : poursuivre et condamner de nouveau ce délinquant raciste multirécidiviste. Le racisme n’est pas une opinion : c’est un délit », a fait savoir le député LFI de l’Essonne, Antoine Léaument, qui a annoncé, lundi 19 octobre, avoir saisi la procureure de la République. Le collectif Sleeping Giants a saisi l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), en dénonçant des propos racistes tenus sans réelle contradiction à l’antenne.
Marion Maréchal a elle aussi tenu des propos similaires, estimant que les événements survenus le 17 octobre sont « le summum de l’insurrection racaillo-gauchiste ». Dans une analyse très bancale, la nièce de Marine Le Pen, passée dans les rangs d’Eric Zemmour avant de claquer la porte de Reconquête, a déclaré avoir assisté à « une forme d’hybridation entre d’un côté l’extrême gauche révolutionnaire et violente avec des groupes bien connus de type black blocs. Et puis, de l’autre, ce qui s’apparente à des formes d’émeutes ethniques. Ce qui a été sous-estimé hier, c’est l’entrée dans la violence des banlieues à forte population d’origine immigrée ».
Des propositions de l'extrême droite reprises à droite
La droite dite républicaine tient un discours qui se confond avec celui du RN. En conférence de presse lundi 19 octobre, Bruno Retailleau, candidat des Républicains à l'élection présidentielle, ne s'est pas gêné pour établir un lien direct entre l’immigration, la délinquance et les désordres du week-end, parlant d’un « échec de l'assimilation d'une partie des personnes issues de l'immigration ». Parmi ses propositions pour, dit-il, « rétablir l'ordre », il réclame la déchéance de nationalité pour « les pilleurs binationaux ». Une telle proposition crée, dans la loi, deux catégories de Français face à une même infraction ; mais ce deux poids, deux mesures est assumé.
Même son de cloche de la part de nombreux chroniqueurs médias, à l'image de l'avocat Charles de Consigny, qui a lâché sur RMC que les pillards et les racailles, « ce sont les enfants de l’immigration ». Il en a lui aussi appelé à la déchéance de nationalité pour les binationaux ayant participé aux violences ainsi que pour « ceux qui peuvent prétendre à une nationalité de droit par leurs parents », une mesure qui serait suivie pour lui d'une expulsion « manu militari » des concernés vers leur pays d’origine.
Pourtant, rien ne permet de faire le lien entre les violences du 17 octobre avec l'immigration. À ce jour, aucun bilan n'existe pour mentionner la nationalité ou l’origine des personnes arrêtées comme un facteur explicatif. À Nice, le procureur Damien Martinelli a décrit un public très hétéroclite parmi les interpellés : des personnes insérées ou non, des salariés, des chômeurs et des étudiants. Selon lui, cela contredit l’image stéréotypée du simple voyou.
Même son de cloche de la part de nombreux chroniqueurs médias, à l'image de l'avocat Charles de Consigny, qui a lâché sur RMC que les pillards et les racailles, « ce sont les enfants de l’immigration ». Il en a lui aussi appelé à la déchéance de nationalité pour les binationaux ayant participé aux violences ainsi que pour « ceux qui peuvent prétendre à une nationalité de droit par leurs parents », une mesure qui serait suivie pour lui d'une expulsion « manu militari » des concernés vers leur pays d’origine.
Pourtant, rien ne permet de faire le lien entre les violences du 17 octobre avec l'immigration. À ce jour, aucun bilan n'existe pour mentionner la nationalité ou l’origine des personnes arrêtées comme un facteur explicatif. À Nice, le procureur Damien Martinelli a décrit un public très hétéroclite parmi les interpellés : des personnes insérées ou non, des salariés, des chômeurs et des étudiants. Selon lui, cela contredit l’image stéréotypée du simple voyou.
Refuser la responsabilité collective liée à l'immigration
À Paris, la procureure Laure Beccuau a indiqué que les personnes mises en cause étaient « en grande majorité peu connus » des services. Par ailleurs, alors que le gouvernement, la droite et l'extrême droite cible depuis des jours l’extrême gauche comme étant l’origine des violences, la magistrate a assuré qu’elle ne « peut absolument pas confirmer » que les auteurs de violences à Paris sont « des personnes politisées vers l’ultragauche ».
Parler de « hordes maghrébines et africaines », c’est pointer du doigt des millions de Français et de résidents qui n’ont rien cassé, qui étaient eux-mêmes dans les cortèges ou même parfois derrière le comptoir des commerces pillés. Mais comme à chaque événement de ce type, une partie du débat public cherche des boucs émissaires à qui imputer le désordre. Plutôt que d'aller chercher du côté du gouvernement et des responsables politiques, les immigrés - extra-européens, notons-le - et ceux qui sont perçus comme tels ont bon dos. Un glissement raciste et xénophobe qui a pour effet, d'une part, d’effacer les causes de la mobilisation et de faire disparaître les revendications des manifestants du débat public.
« La responsabilité pénale est individuelle. C’est un principe de notre République. Attribuer les fautes de quelques-uns à une origine ou à une foi, c’est trahir ce principe et offenser les millions de musulmans de France qui travaillent, soignent, enseignent, servent sous l’uniforme et aiment ce pays », a signifié, mercredi 21 octobre, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz. « Rien ne justifie de telles violences. Ceux qui les ont commises doivent être jugés, avec fermeté et dans le respect du droit », mais « la colère ne se répare pas par la stigmatisation. Elle se répare par la justice, l’éducation et la fraternité. »
Parler de « hordes maghrébines et africaines », c’est pointer du doigt des millions de Français et de résidents qui n’ont rien cassé, qui étaient eux-mêmes dans les cortèges ou même parfois derrière le comptoir des commerces pillés. Mais comme à chaque événement de ce type, une partie du débat public cherche des boucs émissaires à qui imputer le désordre. Plutôt que d'aller chercher du côté du gouvernement et des responsables politiques, les immigrés - extra-européens, notons-le - et ceux qui sont perçus comme tels ont bon dos. Un glissement raciste et xénophobe qui a pour effet, d'une part, d’effacer les causes de la mobilisation et de faire disparaître les revendications des manifestants du débat public.
« La responsabilité pénale est individuelle. C’est un principe de notre République. Attribuer les fautes de quelques-uns à une origine ou à une foi, c’est trahir ce principe et offenser les millions de musulmans de France qui travaillent, soignent, enseignent, servent sous l’uniforme et aiment ce pays », a signifié, mercredi 21 octobre, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz. « Rien ne justifie de telles violences. Ceux qui les ont commises doivent être jugés, avec fermeté et dans le respect du droit », mais « la colère ne se répare pas par la stigmatisation. Elle se répare par la justice, l’éducation et la fraternité. »