Société

« Touche pas à mon église ! » : avec Sarkozy sur les cendres d'une polémique morte née

Rédigé par | Jeudi 9 Juillet 2015 à 08:05



Dalil Boubakeur a dû voir rouge. Au lendemain de l’iftar organisé par le Conseil français du culte musulman (CFCM) à la Grande Mosquée de Paris auquel était présent Nicolas Sarkozy. Une pétition dont est signataire le président des Républicains épingle sans ménagement le recteur.

« Touche pas à mon église ! » C’est l’objet d’une pétition lancée par Valeurs actuelles et un de ses éditorialistes Denis Tillinac mercredi 6 juillet.

Ces derniers, faisant passer cette pétition pour un appel à la « résistance », réclament des autorités de « préserver ces sentinelles de l’âme française » que sont les églises. Les citoyens français, selon les soutiens de la tribune, « ne peuvent tolérer la perspective d’une pratique religieuse autre que catholique dans leurs églises ». Outre Nicolas Sarkozy, figurent parmi les signataires les éditorialistes Eric Zemmour et Ivan Rioufol, le philosophe Alain Finkielkraut, l’entrepreneur Charles Beigbeder, l’avocat Gilles-William Goldnadel, la directrice du magazine Causeur Élisabeth Lévy ou encore l’ex-secrétaire d’Etat Jeannette Bougrab.
« Touche pas à mon église ! », l'appel lancé par Valeurs actuelles qui en fait sa Une du 9 juillet.

Une initiative qui surfe sur des peurs

La pétition renvoie aux propos de Dalil Boubakeur – sans qu’il ne soit cité -, prononcés le jour du lancement de l’instance de dialogue avec l’islam.. Il se disait favorable à l’utilisation d’églises désaffectées pour le culte musulman, face à l’insuffisance de mosquées en France. Sans tarder, une polémique avait éclaté pour dénoncer cette proposition.

Une controverse sur laquelle Dalil Boubakeur était revenu le jour même en expliquant qu’il n’y avait « aucun souhait ni volonté de projet dans ce sens », rassurant ainsi l’Eglise catholique. On croyait alors l’affaire close… jusqu’à cette pétition tardive, qui met en évidence une volonté de faire renaître de ses cendres une polémique vieille d'un mois et, qui plus est, morte née. Surtout, elle laisse à croire aux lecteurs du magazine que les musulmans sont nombreux à être en demande d'une transformation de l'usage des églises vides pour leurs besoins, ce qui n'est pas le cas.

« Une église n’est pas une mosquée, et prétendre que "les rites sont les mêmes" relève d’un déni de réalité scandaleux. Croyants, agnostiques ou athées, les Français savent de la science la plus sûre, celle du cœur, ce qu’incarnent les dizaines de milliers de clochers semés sur notre sol par la piété de nos ancêtres : la haute mémoire de notre pays », lit-on. Les églises de France en péril face aux musulmans ? Il en faut peu pour qu'un tel fantasme se développe dans des esprits avec pareille initiative appelant les internautes à signer l'appel à « sauver » ces lieux cultuels. Il consiste plutôt à attiser des peurs dans une France où l'islam reste source de crispations dans la société.



Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur