Société

Repas sans porc à la cantine, une proposition de loi en vue

Rédigé par Mérième Alaoui | Lundi 17 Aout 2015 à 10:43



Alors que les écoliers sont encore en vacances, parfois à barboter dans l’eau, leurs repas à la cantine scolaire sont vivement débattus. Le député UDI Yves Jégo a annoncé, vendredi 14 août, qu’il déposerait à la rentrée parlementaire une proposition de loi pour rendre obligatoire le menu végétarien dans les écoles. Un repas « sans viande ni poisson », pour permettre aux enfants qui « pour des raisons médicales, pour des raisons éthiques, pour des raisons religieuses ne veulent pas manger de viande » sans se sentir « stigmatisés », explique-t-il. « C'est simple, et cela garantit l'apport en protéines », a argumenté le député.

Pour préparer et renforcer son projet de la loi, il a lancé une pétition, qui a rassemblé à ce jour plus de 11 600 soutiens.

Cette annonce intervient au lendemain de la décision du tribunal administratif de Dijon de rejeter un référé intenté contre la décision du maire de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) de supprimer les menus de substitution (sans porc) dans les cantines scolaires. Dans sa décision, la cour a considéré que, dans la mesure où aucun repas contenant du porc ne sera servi avant le 15 octobre, « l’accès aux services de restauration scolaire de l’ensemble des usagers, y compris les enfants de confession musulmane, ne paraît pas compromis ». La condition d’urgence, qui justifie la procédure en référé, « n’apparaît dès lors pas remplie », ajoute-t-elle. La Ligue de défense judiciaire des musulmans (LDJM) se donne quelque jours pour décider d’un recours devant le Conseil d’ Etat. Mais, en tout état de cause, « il y aura une procédure » si la décision du maire est entérinée par le conseil municipal du 29 septembre, a précisé un des avocats du mouvement, Me Jean-Baptiste Jacquenet-Poillot.

La décision de Gilles Platret, édile de Chalon-sur-Saône, divise au sein même de son propre camp. Les ténors de droite se sont bien gardés de le défendre comme Bruno Le Maire, Christian Estrosi, mais aussi le chef de file des députés LR, Christian Jacob. Ce dernier a même précisé que la ville de Provins, dont il est maire, continuerait à proposer « un menu alternatif ».

En revanche, Nicolas Sarkozy, président LR avait soutenu la position du maire, reprenant les mêmes arguments de la défense de la laïcité. Une décision qui prend « en otage les enfants » selon la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. De son côté, l’Observatoire de la laïcité avait pointé que, « si aucune obligation ne contraint la commune dans le cadre d’un service facultatif, (...) la laïcité ne saurait être invoquée pour refuser la diversité de menus ».

Le menu végétarien de plus en plus adopté ?

Cette polémique a éclaté à Perpignan au mois de juin dernier. C’est le maire Jean-Marc Pujol (Les Républicains) qui a décidé le premier que les cantines des écoles de sa commune ne serviraient plus de repas de substitution, mais tout en prônant un menu végétarien défendu par Yves Jégo... « Chacun sait que les menus de substitution avaient un caractère confessionnel et, au-delà du porc, des enfants ne mangeaient pas parce que la viande n'était pas halal : on jetait 300 kilos de viande par semaine. J'ai beaucoup étudié la question et je propose un menu végétarien, pour lequel il n'y a pas de prescription religieuse, halal ni casher », avait-il expliqué à France 3 Régions.

Après Sargé-lès-Le Mans (Sarthe), en décembre 2014, et Arveyres (Gironde), en mars 2013, c’est donc au tour de Perpignan suivi par la municipalité de Toulouse d’adopter le menu végétarien dans les cantines. Le maire de Perpignan assure que 15 % des parents de sa ville concernés sont intéressés par le végétarisme. Un débat vieux de plusieurs dizaines d'années et qui va encore se poursuivre au Parlement à la rentrée.