Sur le vif

« Mehdi met du rouge à lèvres » lu à l'école, des parents choqués

Rédigé par La Rédaction | Mercredi 19 Février 2014 à 17:08



Après Tous à poil, un autre livre pour enfants suscite la polémique en plein débat sur l'enseignement supposé de la théorie du genre à l’école. Le livre mis en cause, un recueil de poèmes, s’intitule Mehdi met du rouge à lèvres et date de 2006. Son auteur David Dumortier l’a lu devant une classe de CM1 d’une école de Versailles, dans les Hauts-de-Seine, le 3 février.

Dans cette ville où le mouvement de la Manif pour tous est bien implanté, des parents d’élèves n’ont pas apprécié. L'établissement est « sens dessus dessous », a confié une mère de famille au Figaro le 12 février.

Au-delà du thème du livre, qui raconte l’histoire d’un garçon efféminé, les parents pointent du doigt la personnalité de l’auteur qui a sorti un essai autobiographique intitulé Travesti en 2012. Dans une interview accordée en octobre 2013 à France Inter, David Dumortier aurait déclaré : « “Je m'habille en femme chez moi pour recevoir des hommes, et des hommes, j'en ai accueilli des wagons” », dénonce un père de famille au Figaro. « Qui a donné l'accréditation Éducation nationale à cette personne? On ne veut pas juger sa vie privée. Mais est-il normal qu'une personne qui parle aussi ouvertement de sa perversion puisse côtoyer des enfants ? », interroge Marie Pierson, référente dans les Yvelines du collectif VigiGender, mobilisé contre la théorie du genre.

L'auteur accusé de « prosélytisme »

L’auteur a tenu à se défendre dans une tribune publiée mercredi 19 février sur le site Le Plus du Nouvel Observateur. « Des familles m’accusent de faire du prosélytisme dans les écoles primaires, mais c’est tout à fait faux ! Qui peut croire que je vais voir les enfants pour leur dire qu’il faut être homosexuel ? C’est aberrant », écrit-il. « L’histoire de Medhi, c’est celle d’un petit garçon pas tout à fait comme ses copains, qui aime se déguiser en fille et qui met du rouge à lèvres "pour que les bises restent plus longtemps sur toi". C’est légal de dire qu’un garçon se maquille. Et heureusement », explique celui qui, en sa qualité d’auteur, intervient dans les écoles depuis de nombreuses années.

« La semaine dernière, j’ai lu ce livre devant une classe de CM1 à Versailles. Pour la première fois en quinze ans, trois mères se sont plaintes. Jamais auparavant on m’avait reproché mes ouvrages, jamais on n’avait remis en cause mon intégrité », assure David Dumortier. « "Medhi met du rouge à lèvres" est un livre qui parle de la vie. Je n’écris pas sous la dictée d’un parti politique ou d’une association. Cet ouvrage, je l’ai écrit en 2006, sous un gouvernement de droite, avant toutes ces polémiques sur le genre », poursuit l’écrivain.

« Mais la théorie du genre, oui, elle existe. Il y a une pratique qui veut que la femme vive dans la précarité, dans la cuisine, mal payée. Certains pays lui refusent même de conduire ou de voter. Il y a des gens qui se battent pour plus de civilisation, pour un meilleur vivre-ensemble. Et j’en fais partie », écrit-il encore.

« Tout ce que je peux conseiller à mes détracteurs, c’est de lire mon livre. Avant ça, tout n’est que pur fantasme », conclut M. Dumortier. Comme le livre Tous à poil, popularisé par les critiques de Jean-François Copé, les ventes du livre aujourd'hui mis en accusation devraient être boostées. Les familles qui refusent la lecture de tels livres à leurs enfants sont sur le qui-vive.