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Le sort des Rohingyas effraye les musulmans d'Assam, qui craignent d'être chassés d'Inde

Rédigé par Lina Farelli | Mercredi 1 Aout 2018 à 13:30

Les musulmans d’Assam sont-ils les prochains Rohingyas d’Asie du Sud-Est ? C'est la question qui se lit sur nombre de lèvres depuis que le gouvernement de cet Etat frontalier avec le Bengladesh, dirigé par des nationalistes hindous, a opéré une mise à jour du Registre national des citoyens (NRC). Une liste des individus reconnus comme citoyens indiens a été publiée lundi 30 juillet ; une liste excluant quatre millions de musulmans qui risquent de devenir apatrides dans les prochains mois.




Un appel au calme des autorités...

Chaque personne souhaitant figurer dans le registre devait prouver que leurs aïeux vivaient dans l’Assam avant le 24 mars 1971, tout juste avant l’éclatement de la guerre d'indépendance au Bangladesh. Parmi les 32 millions d’individus qui en ont fait la demande, les dossiers de quelque quatre millions de musulmans n’ont pas été retenus.

Lors d’une conférence de presse donnée à Guwahati, une importante ville d’Assam, le chef de l’État civil indien, Shailesh, a affirmé qu’« aucun véritable citoyen indien n’a à s’inquiéter, car ils auront de nombreuses opportunités pour inscrire leurs noms dans la liste finale ».

Selon lui, une « procédure dûment établie » leur permettra de faire appel pour être reconnus comme un véritable citoyen indien. Ces 4 millions de musulmans pourront, rapporte The Indian Express, entamer les recours entre le 30 août et 28 septembre. Le coordinateur national du NRC, Prateek Hajela, a également fait valoir que la liste définitive ne sera publiée le 31 décembre de cette année.

Face aux rumeurs d’expulsion de cette population d’Inde qui vont bon train, le ministre de l’Intérieur Rajnath Singh a indiqué qu’« aucune action coercitive ne sera prise contre quiconque, d’où la nécessité de ne pas paniquer ». De son côté, Satyendra Garg, un responsable au ministère de l’Intérieur qui a participé à la conférence de presse donnée par Shailesh, a insisté sur le fait qu’il n’est « pas question d’envoyer quelqu’un dans les camps de détention sur la base de la liste préliminaire ».

... qui sonne faux

Les inquiétudes n’ont-elles alors plus lieu d’être ? Non, aux yeux d’un grand nombre d’observateurs, parmi lesquels les ONG. Ricken Patel, directeur général de la plateforme de mobilisation Avaaz, ne croit pas à la procédure de recours et soutient que « ce ne sont que les musulmans qui vont devoir se lancer dans un recours compliqué et injuste, sans droit à un conseil, avec aucun espoir de rester s’ils perdent ».

Depuis la publication du registre, la panique règne au sein de la communauté musulmane d’Assam et des organismes de défense de droits de l’homme craignent déjà que leur situation puisse être similaire aux Rohingyas, rendus apatrides par la Birmanie qui procède depuis des décennies à un nettoyage ethnique. Selon le Hindustan Times, ces quatre millions de musulmans, s’ils ne sont pas reconnus comme citoyens indiens, devront faire face à « une zone grise » où ils pourront perdre « leurs droits civiques, sociaux et économiques ». Le risque qu'ils se fassent chasser d'Inde est, de ce fait, très grand.

Les autorités ont fait valoir que la mise à jour du NRC avait pour but d’identifier les migrants illégaux du Bangladesh en vue de les expulser, une promesse de campagne du Premier ministre ultra-nationaliste indien Narendra Modi qu'il entend bien tenir durant son mandat.

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