Politique

Le droit de vote des étrangers polarise le clivage gauche-droite

Rédigé par Pauline Compan | Mercredi 25 Janvier 2012 à 00:00

La campagne électorale est bien lancée. Avec son discours du Bourget (93), dimanche 22 janvier, François Hollande s’est donné un ennemi : la finance. Il a aussi profité de l’occasion pour clarifier certaines de ses positions. Celui que certains surnomment « Flamby » a ainsi opéré un virage à gauche alors que l’UMP a dénoncé un discours anachronique et fondé sur « l’anti-sarkozysme ». En déplacement en Guyane, Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment commenté le discours du Bourget, si ce n’est pour railler le « manque d’idées » du candidat socialiste et réaffirmer son opposition au droit de vote des étrangers non communautaires « même aux élections locales ». Une proposition symbole du clivage gauche-droite.



C’est une des rares propositions qui a fait réagir le président de la République. Alors que François Hollande appelait de ses vœux un droit de vote et d’éligibilité pour les étrangers non ressortissants de l’Union européenne et résidant depuis plus de cinq ans en France, Nicolas Sarkozy s’y est (ré)opposé.

La loi, dans les cartons du PS depuis 1981, poursuit, quant à elle, son parcours législatif. Après avoir été approuvée par le Sénat le 8 décembre dernier, elle doit maintenant passer l’épreuve de l’Assemblée nationale.

Celle-ci est bien symptomatique du clivage gauche-droite. Le président a même changé d’avis sur la question pour être en accord avec ses électeurs. Elle reflète les positions idéologiques des partis de la vie politique française. D’ailleurs, un récent sondage IFOP montre une opposition beaucoup plus marquée à cette loi, parmi les interviewés déclarant voter à droite de l’échiquier politique.

Un marqueur idéologique

« C’est effectivement une question centrale qui fait ressortir les clivages politiques », explique Jérome Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP. D’après le sondage réalisé en décembre par l’IFOP pour Sud-Ouest Dimanche, 55 % des Français seraient favorables au droit de vote des étrangers résidant depuis plus de cinq ans en France, mais seulement 48 % à se déclarent favorables à leur éligibilité aux élections locales.

Une analyse plus fine des réponses fait bien apparaître un clivage important sur cette proposition de loi. Les électeurs, traditionnellement à gauche, s'y déclarent plus facilement favorables (68 %) contre 26 % en moyenne pour les électeurs considérés comme de droite et tout juste 15 % pour ceux du Front national.

« Ce sont ici deux visions philosophiques de la citoyenneté qui s’affrontent, continue Jérôme Fourquet, une vision d’une citoyenneté comme une appartenance à une nation et une vision de gauche, qui défend un droit de participation à la vie de la cité locale pour les personnes étrangères, économiquement intégrées à cette cité ».

Autre point important pour les partis, l'arrivée d'un nouveau poids électoral, traditionnellement considéré comme plus favorable à la gauche. Cette loi peut, de cette manière, avantager la gauche dans les élections municipales de certaines villes.

Une opposition claire

Et c’est bien sur la peur du communautarisme que le président de la République s’est fondé pour expliquer son changement de position. Après son revirement, Nicolas Sarkozy a finalement rappelé être « opposé à l’idée d’accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires ». «Nous formons une nation qui se reconnaît dans des valeurs communes, dans une Histoire partagée, dans une communauté de destin », a-t-il expliqué. Une position en accord avec son électorat mais qui est également rappelée dans un contexte favorable. « A-t-on bien mesuré les conséquences d'accorder ce droit ici en Guyane où 37 % de la population n'a pas la nationalité française ? », a poursuivi le président dimanche 22 janvier.

Pour l’heure, le locataire de l’Elysée, qui ne s’est pas encore porté officiellement candidat pour 2012, peaufine sa position de président en exercice. « (L’élection) se jouera sur un discours, quelques propositions et un tempérament que les Français jugeront ou pas adapté à la situation, sur celui qui rassurera », a-t-il expliqué depuis la Guyane, en réponse au meeting du Bourget de François Hollande.

La gauche, quant à elle, tente désormais de tenir enfin sa promesse sur le droit de vote des étrangers alors que François Hollande a affirmé ne « rien craindre pour notre citoyenneté, pour la cohésion du pays » et vouloir « mettre de côté les peurs, les frilosités et les conservatismes ». Ainsi, le basculement du Sénat à gauche, au mois de septembre dernier, avait suscité des espoirs. La chambre du Luxembourg étant traditionnellement considérée comme un verrou bloquant cette loi, comme avait pu le constater le gouvernement de Jospin en 2000.

Après avoir reçu un vote favorable dans l’institution le 8 décembre dernier, la proposition de loi a été renvoyée à la Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République en attendant une deuxième lecture à l’Assemblée nationale, prochaine étape de son parcours législatif.