Sur le vif

Islam en France : la question de Delahousse à Hollande passe mal

Rédigé par La Rédaction | Lundi 15 Juillet 2013 à 16:00



François Hollande s’est prêté à l’exercice de l’interview télévisée dimanche 14 juillet, jour de la fête nationale en France. Face à Claire Chazal et à Laurent Delahousse, le chef de l’Etat s’est déclaré « inquiet » de l’inexorable montée du Front national qu’il a qualifié d’une « extrême gravité ». Des propos tenus dans les dernières minutes d’un entretien suivi en moyenne par 6,7 millions de téléspectateurs.

Après de telles déclarations, que s’est-il bien passé dans la tête de Laurent Delahousse ? Le présentateur vedette de France 2 a décidé alors d’interroger, à l’arrache, le président de la République sur l’éventualité de la création d'un parti islamiste fondamentaliste en France. Une question sortie de nulle part sans aucun rapport avec les précédents propos du chef de l’Etat.

« Lors de votre visite en Tunisie, vous avez prononcé une phrase très importante : "La France sait que l'Islam et la démocratie sont compatibles." C'est un discours qui s'adressait évidemment à la Tunisie, au parti Ennahdha. Il y a en France cinq à six millions de musulmans, un tiers se déclare croyant. Si un parti fondamentaliste et islamiste se créait France quelle serait votre réaction? », a demandé Laurent Delahousse, d’un naturel déconcertant.

Le journaliste, plutôt que d’alerter le président de la montée du racisme et de l’islamophobie en France dans la veine de ses déclarations sur le FN, a préféré raviver, en direct de l'Elysée, un fantasme entretenu par l’extrême droite sur le danger que représente la présence des musulmans sur le sol français.

« Aucune religion n’est contradictoire avec la démocratie. La démocratie, c’est le bien commun qui n’empêche en aucune façon le fait religieux. En France, nous l’avons fondé autour du principe de la laïcité. (…) C’est d’ailleurs pourquoi un parti ne peut se réclamer » d’une religion, lui répond simplement le chef de l’Etat.

La question empreinte d’amalgames a provoqué des réactions indignées, à l’instar du député socialiste des Français de l’étranger, Pouria Amirshahi, qui a tweeté sans attendre : « Il travaille pour qui Delahousse ? Le FN ou Al Qaïda ? »

Elle est « impensée en ce que Laurent Delahousse se livre à tous les amalgames et les raccourcis les plus falsifiés. Tunisie, Ennahda, musulmans, Islam, fondamentalisme, France... tout cela n'a rien à voir, mais c'est pourtant en fonction de ce "gloubiboulga" idéologique et politique que Delahousse pose sa grosse question qui fait peur », analyse Bruno Roger-Petit, chroniqueur politique, dans une tribune parue dans le site participatif du Nouvel Observateur.

La question de science-fiction est aussi « impensée parce qu'elle démontre que Laurent Delahousse se pose ainsi en porteur (consciemment ou inconsciemment, mais dans les deux cas, c'est grave) d'un système de pensée ethnocentriste qui hiérarchise les cultures, les origines et les religions », ajoute-t-il.

« Avec Laurent Delahousse, nous allons vous interroger pendant environ 35 minutes sur les questions qui, naturellement, préoccupent les Français : le chômage, la croissance, la crise… », avait introduit Claire Chazal au début de l’interview. La question sur l'hypothétique création d'un parti politique islamiste fondamentaliste en France n'avait rien d'essentielle qu'aux yeux de Laurent Delahousse... et les groupes d'extrême droite.

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