Sur le vif

« Hamza La Douane » : la famille contre-attaque face au déferlement raciste et xénophobe

Rédigé par Lina Farelli | Lundi 6 Juillet 2026



Pistolet à eau, faux péage à deux euros et bravades face aux policiers : les frasques d'un adolescent de 14 ans sur les berges du canal Saint-Martin ont mis le feu aux réseaux sociaux. En l’espace de quelques jours, il est devenu une cible de choix pour les réseaux d’extrême droite, au grand dam de ses parents qui ont décidé de prendre un avocat pour défendre leurs droits.

Tout a commencé mi-juin, avec la canicule et la réouverture du canal Saint-Martin à la baignade. Hamza, 14 ans, fait surface sur les réseaux sociaux, en marquant de sa présence les berges situés entre les 10e et 11e arrondissements de Paris. Il se surnomme lui-même « La Douane » : « Les douaniers laissent passer les gens en échange d'argent. Moi je fais pareil avec les vélos : deux euros tu passes, sinon on t'arrose jusqu'à ce que tu pleures », s’explique-t-il. Les vidéos, d'abord publiées sur Snapchat, explosent rapidement sur toutes les plateformes et cumulent plusieurs millions de vues.

Ce qui aurait pu rester de l'ordre d'une bêtise d'adolescent - comme il en existe tant partout - prend alors une tout autre tournure. Médias, chroniqueurs et responsables politiques situés à droite et, plus encore, à l’extrême droite s'emparent du cas, relaient ses vidéos et pointent son origine maghrébine, tentant ainsi de créditer leurs théories racistes et complotistes. Le Figaro va jusqu'à parler de l'enfant comme de « la terreur du canal Saint-Martin ». Les messages hostiles déferlent : menaces, provocations à la haine, injures racistes. Sur X, des comptes réactionnaires postent frénétiquement, plusieurs fois par jour, des messages, des images ou des vidéos le concernant, sans même flouter son visage.

SOS Racisme, qui a dénoncé début juillet « une campagne de harcèlement raciste », estime que celle-ci s’intègre dans une mécanique qui dépasse le seul cas de Hamza. L'association rappelle que des enfants d'une école maternelle à Montreuil ont récemment fait « l'amère expérience » d'une vidéo tronquée de leur spectacle de fin d'année, « utilisée pour les assimiler à des terroristes du Hamas, sur X comme sur les plateaux de télévision ».

« L’extrême droite, galvanisée par la banalisation des discours racistes dans l’espace public comme sur les réseaux sociaux, se sent désormais autorisée à tout, allant jusqu’à projeter régulièrement sa haine sur des enfants, transformés en supports de ses fantasmes racistes et en ennemis intérieurs. Hamza est un enfant. Le fait qu’il faille encore le rappeler dit quelque chose de l’état du débat public et de la brutalité raciste que l’extrême droite impose au pays », fait part l'association, qui a saisi l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).

Face au déferlement, la famille d'Hamza a décidé de ne pas rester sans réponse. Les parents ont confié la défense de leurs intérêts à Me Elsa Marcel, avocate et conseillère municipale de Saint-Denis, étiquetée Révolution Permanente (extrême gauche), qui dénonce « un déferlement de haine raciste à la suite d'une offensive médiatique initiée par des personnalités d'extrême droite ». Dans son communiqué, elle annonce le dépôt de plainte « à l'encontre de toute personne s'étant rendue coupable d'infractions pénales », visant notamment les cas de harcèlement, de menaces, de provocation à la haine ou d'injures à caractère raciste, ainsi que toute atteinte à la vie privée ou à l'image de ce mineur.