Points de vue

Francesca Albanese attaquée par la France : plus de 150 ex-ministres et diplomates s'insurgent contre Jean-Noël Barrot

Rédigé par Coalition de diplomates, ministres et ambassadeurs | Jeudi 19 Février 2026

Plus de 150 anciens diplomates, ministres et ambassadeurs à travers le monde ont exprimé, mercredi 18 février, leur indignation à l'encontre du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qu'ils accusent de relayer de la désinformation pour appeler publiquement à la démission de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les Territoires occupés palestiniens. Dans une lettre ouverte que diffuse Saphirnews ici, ils réclament du ministre des « mesures correctives » face à des agissements qui « portent atteinte à l’intégrité des institutions internationales » et « mine la confiance dans le droit international ».



À l'heure où la désinformation connaît une intensification préoccupante à l'échelle mondiale, il est particulièrement alarmant que le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, M. Jean- Noël Barrot, se soit appuyé sur des contenus manipulés et en ait amplifié la portée dans des déclarations visant Mme Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés.

Le 11 février 2026, le ministre Barrot a fait référence à une version numériquement altérée de propos tenus par Mme Albanese lors du Forum des médias d'Al Jazeera, le 7 février 2026, et a publiquement appelé à sa démission. La reprise et la diffusion de contenus contestés ou falsifiés par un haut responsable de l'État soulèvent de graves interrogations quant au respect des exigences de vérification, ainsi qu'à la protection de l'indépendance et de l'intégrité des titulaires de mandat des Nations Unies.

La désinformation, une menace croissante pour la crédibilité et le fonctionnement des institutions multilatérales

Cette situation dépasse largement le cas d'un mandat individuel. C'est l'intégrité même du système multilatéral qui est en jeu, ainsi que la responsabilité qui échoit aux États membres de garantir que les experts des Nations Unies puissent exercer leurs fonctions en toute indépendance, libres de toute pression politique ou campagne de désinformation.

Une vérification indépendante, réalisée par le programme Truth or Fake (Info ou Intox) de France 24, a établi que Mme Albanese n'a jamais qualifié Israël d'« ennemi commun de l'humanité », contrairement à ce qui avait été allégué. Ses propos portaient sur les systèmes permettant des violations à Gaza, s'inscrivant dans le cadre de principes bien établis du droit international, notamment ceux consacrés par la Convention sur le génocide.

La désinformation constitue une menace croissante pour la crédibilité et le fonctionnement des institutions multilatérales, elle érode la confiance et accentue les divisions entre États membres. Les responsables publics ont, à ce titre, une plus grande obligation de procéder à des vérifications rigoureuses et de faire preuve de retenue lorsqu'ils s'expriment au sujet d'experts des Nations Unies.

Dire non aux atteintes à l'ordre international fondé sur le droit

Cette controverse ne saurait détourner l'attention des massacres de civils, ni de la crise humanitaire et des violations massives des droits humains qui sévissent à Gaza. Les dirigeants ont, en vertu du droit international, la responsabilité collective de protéger les populations civiles, de prévenir de nouvelles atrocités et de garantir l'obligation de rendre des comptes.

La population palestinienne continue de subir des destructions à grande échelle, des pertes humaines considérables et de sévères restrictions à l'acheminement de l'aide humanitaire, soulevant des préoccupations urgentes au regard du droit international humanitaire et du droit international des droits de l'homme. Ces questions font actuellement l'objet d'un examen par plusieurs juridictions internationales, notamment la Cour internationale de Justice, saisie d'allégations fondées sur la Convention sur le génocide concernant la conduite de l'État d'Israël à Gaza.

La France a historiquement joué un rôle de premier plan dans la défense du droit international et du multilatéralisme. En conséquence, nous appelons le ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères à :

- Revenir sur ses déclarations inexactes concernant Mme Albanese et à les rectifier ;

- Réaffirmer de manière claire et sans équivoque son attachement à l'indépendance des titulaires de mandat des Nations Unies ;

- Honorer pleinement ses obligations visant à protéger et à renforcer les institutions multilatérales.

Le manquement à ces principes fondamentaux serait de nature à affaiblir la crédibilité des institutions internationales et à porter atteinte à l'ordre international fondé sur le droit. Cela ne doit pas devenir la norme.

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Lettre ouverte avec la liste des signataires  (253.32 Ko)