Sur le vif

Euthanasie : les représentants religieux unis pour préserver « l’interdit de tuer »

Rédigé par Christelle Gence | Mardi 10 Mars 2015 à 13:08



Dans une tribune publiée dans Le Monde lundi 9 mars, à la veille de l’ouverture du débat parlementaire sur la fin de vie à l’Assemblée nationale, cinq représentants des trois grandes religions monothéistes demandent « à ce que soit préservé l’interdit de tuer ».

C’était une promesse du candidat François Hollande. En décembre dernier, il avait annoncé la tenue d’un débat sur la fin de vie, après s’être vu remettre un rapport sur le sujet, réalisé par les députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS). Portée par ces derniers, la nouvelle loi instaure le droit à une « sédation profonde et continue », sans pour autant aller jusqu’à l’euthanasie.

La disposition préoccupe le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, Mgr Emmanuel, Métropolite de France, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, Haïm Korsia, Grand rabbin de France, et Mohammed Moussaoui, président de l’Union des mosquées de France et président d’honneur du CFCM, les auteurs de la tribune.

Ils s’inquiètent d’« une nouvelle tentation : celle de donner la mort, sans l’avouer, en abusant de la "sédation" », qui équivaudrait selon eux à « un acte d’euthanasie ». Or, « toute vie doit être respectée ». « Alors que le débat est relancé, nous lançons un appel commun, inquiet et pressant, pour qu’une éventuelle nouvelle loi ne renonce en aucune façon à ce principe fondateur : toute vie humaine doit être respectée spécialement au moment où elle est le plus fragilisée », affirment-ils.

Les auteurs de la tribune se prononcent en faveur d’un « débat serein, démocratique et respectueux de la personne humaine et de sa dignité », et plaident pour « un large consensus autour de principes clairs ». « Nous demandons que cette loi civile soit civilisatrice, c’est-à-dire qu’elle aide à vivre et à mourir, sans jamais écourter la vie, sans jamais décider de donner la mort », font-ils valoir. Et de poursuivre : « S’il peut être utile ou nécessaire d’endormir un patient, à titre exceptionnel, l’usage de cette technique est dénaturé dès qu’il s’agit, non plus de soulager le patient, mais de provoquer sa mort. »

Rappelant que la loi Leonetti qui régit actuellement la fin de vie a moins de 10 ans, les cinq représentants religieux estiment que l’heure n’est pas au débat sur ce sujet sensible. « Le contexte actuel manque de lisibilité, et la période que nous traversons est difficile (…). Un nouveau débat sur la fin de vie risque d’y ajouter de la confusion », écrivent-ils.

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