Religions

Conseil des imams : pourquoi trois fédérations au CFCM ne signent pas la charte des principes pour l'islam de France

Rédigé par | Mercredi 20 Janvier 2021 à 21:30

Trois fédérations musulmanes, membres du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui n’ont pas signé la charte des principes visant à structurer le fonctionnement du futur Conseil national des imams, ont fait une déclaration commune, mercredi 20 janvier, pour exposer leur position et appellent à amender le contenu d’une charte dans laquelle elles ne se reconnaissent pas en l’état.



Où est passé le principe de consensus qui prévalait jusque récemment au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) dans les discussions entourant la charte des valeurs républicaines, aujourd’hui rebaptisée « charte des principes pour l’islam de France » ? C’est le regret dont font part aujourd’hui ensemble le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), la Confédération islamique Milli Görus (CIMG) et Foi & Pratique. Ces trois fédérations ont choisi de ne pas donner leur aval au document en l'état présenté à Emmanuel Macron lundi 18 janvier, faisant officiellement prévaloir leur volonté de consulter leurs instances et leurs membres, « la base », avant d’apposer une quelconque signature.

« Nous prenons acte de la présentation de la charte (…) au président de la République. Nous regrettons que cette charte ait été signée, d’une part avant d’avoir obtenu l’approbation de toutes les composantes du CFCM - conformément au principe de consensus qui a été respecté au sein de cette institution jusqu’à aujourd’hui -, d’autre part sans aucune consultation des imams qui sont les premiers concernés, ni des CRCM et CDCM (Conseils régionaux et départementaux du culte musulman) », expriment le CCMTF, Milli Görus et Foi & Pratique dans un communiqué adressé aux rédactions dans la soirée du mercredi 20 janvier.

Des passages de la charte jugés comme portant « atteinte à l’honneur des musulmans »

Ces trois organisations, qui se déclarent « impliquées très activement depuis le début du processus de formation du Conseil national des imams (CNI) ainsi que dans l’élaboration de sa charte », affirment être « évidemment d’accord avec la demande de non-ingérence des Etats, la non-instrumentalisation des religions et le respect de la Constitution et des principes de la République ».

Elles estiment par ailleurs que « la mise en place du CNI par le CFCM et ses fédérations est un premier pas décisif » dans la structuration du culte musulman en France. « Nous soutenons les efforts visant à mettre en place le CNI pour mieux expliquer l'islam au regard du contexte social et promouvoir la cohésion nationale. »

Néanmoins, « nous pensons que certains passages et formulations du texte soumis sont de nature à fragiliser les liens de confiance entre les musulmans de France et la Nation ». Par ailleurs, « certaines déclarations portent atteinte à l’honneur des musulmans, avec un caractère accusatoire et marginalisant », écrivent les fédérations sans offrir plus de précisions.

Des amendements à la charte souhaités pour « se reconnaître dans son contenu »

« La légitimité du CNI dépendra directement de son acceptation (celle de la charte, ndlr) par la communauté musulmane de France. La réussite du CNI passera inévitablement par la prise en compte de toutes les sensibilités des composantes du CFCM et les contributions des imams », déclarent-elles. « C’est pourquoi l’adhésion à cette charte doit obligatoirement passer par une consultation élargie, démocratique et participative. »

« Afin d’adopter cette charte, nous devons nous reconnaître dans son contenu. Il ne serait pas utile de signer un texte que notre communauté ne peut accepter sereinement », plaident les organisations, qui forment le vœu que le document, dans sa version actuelle, puisse être amendé « en prenant en compte les contributions de tous ». « L’avis des CRCM, des mosquées non affiliées aux fédérations et des imams est primordial à la réussite » du projet de CNI, concluent-elles.

Le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, avait fait savoir auprès de Saphirnews, lundi 20 janvier, qu'il n'excluait pas la possibilité de voir le texte soumis à des modifications. « Aucun texte humain n’est immuable. Une fois la charte confrontée à la réalité locale, des retours du terrain nous seront adressés et nous aiderons à améliorer le texte si le besoin se fait sentir », avait-il signifié.

Encore faudra-t-il l'aval des autres fédérations signataires pour se faire, selon la teneur des demandes. Elles sont aujourd'hui au nombre de cinq : l'Union des mosquées de France (UMF) dont Mohammed Moussaoui est le dirigeant, la Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France (RMF), Musulmans de France (ex-UOIF) et la Fédération française des associations islamiques d'Afrique, des Comores et des Antilles (FFAICIA).

Mise à jour jeudi 21 janvier : Le président du CFCM a réagi à la déclaration commune des trois fédérations pour dénoncer « un communiqué accusatoire et non constructif ». Pour en savoir plus

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur