Ramadan

Ces Maghrébins qui ne jeûnent pas

Rédigé par Djoher Deblaoui | Mardi 9 Aout 2011 à 18:03

« Avis à nos clients, pendant les journées de Ramadan seuls les enfants et les adultes non musulmans peuvent être servis sur place. » Voilà ce que les passants peuvent lire sur les vitrines du Mc Donald’s de Rabat (Maroc).
En ce mois sacré de Ramadan, la place publique est devenue un terrain de chasse entre les non-jeûneurs et les policiers.



Au Maroc, comme dans d’autres pays majoritairement musulmans, « couper » le jeûne en public est considéré comme ostentatoire et est passible de prison et d’une amende.

Et, pourtant, des associations bravent tous les interdits. Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), installé au Maroc, lutte pour la liberté de manger pendant le Ramadan, et cela même dans les espaces publics, sans être arrêté pour « atteinte à l’ordre public ».

Libertés individuelles

Pour Najib Chaouki, l'un des fondateurs du MALI, il s'agit non pas d'appeler au non-jeûne mais de « défendre les droits de ceux qui ne veulent pas observer le jeûne pendant le ramadan ».

Cette recherche de liberté individuelle rassemble de plus en plus de jeunes à travers le Maghreb. Ce mouvement marocain se rapproche du collectif algérien SOS Libertés, qui, depuis des années, appelle au respect des libertés de conscience en déplorant le fait que les non-pratiquants « risquent, une nouvelle fois, d'être la cible des forces de sécurité, transformées pour la circonstance en bras armés de l'Inquisition ».

Le Maroc, l’Algérie mais aussi la Tunisie ont connu de nombreuses arrestations de non-jeûneurs, parfois lourdement condamnés pour avoir mangé en public ou dans des endroits qu’ils pensaient être cachés du regard des autres.

En octobre 2010, un jeune Algérien avait écopé de deux ans de prison ferme et de 100 000 dinars (1 000 euros environ) d'amende pour n'avoir pas jeûné fin août, durant le Ramadan.

L’article 222 du Code pénal marocain stipule que « tout individu notoirement connu pour son appartenance à l’islam qui rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le Ramadan est passible de un à six mois d’emprisonnement et d’une amende ». Cette expression est problématique car, de fait, c’est souvent le faciès ou le nom de famille qui est utilisé pour déterminer qui est musulman et qui ne l’est pas.

Difficile de manger même pour les non-musulmans

Pour le prédicateur marocain Abdelbari Zemzmi, « la devise du royaume est "Dieu, la Patrie, le roi", c'est pour cela qu'il faut respecter la religion musulmane. Discuter d'une liberté individuelle qui ne respecte pas l'islam ouvre la porte au non-respect de la patrie et de l'institution monarchique (…) Ceux qui veulent dé-jeûner publiquement violent la sacralité du ramadan, ils blessent les sentiments des musulmans, ils doivent donc être punis en application des lois en vigueur ».

Dimanche 13 septembre 2009, en fin de matinée, les membres du collectif MALI se donnent rendez-vous à la gare ferroviaire de Mohammedia, leur point de ralliement. Leur objectif était de rompre le jeûne « dans un espace non clos, mais dans une relative discrétion », l’action n’étant pas de le faire de manière ostentatoire. Munis de leurs sandwichs, ils voulaient casser le jeûne dans une petite forêt de la ville. « Un Marocain n’est pas forcément musulman et de ce fait ne doit pas souffrir d’une quelconque discrimination ou être victime de la vindicte. »

Cependant, une centaine de policiers et de militaires étaient amassés à leur descente de train. Les forces de l’ordre ont procédé à la fouille systématique des « passagers douteux » : garçons en jean tombant et sac à dos, coiffure rasta, style un peu hippie… Les non-jeûneurs pris la main dans le sac ont été priés de rebrousser chemin.

En Algérie, ce sont les autres communautés religieuses qui ont peur. Pour Mustapha Karim, chef de l’église évangéliste d’Algérie, « le régime algérien ressemble de plus en plus à son homologue iranien, en cela qu’il restreint les libertés et impose sa propre vision de la religion à tous les citoyens, nonobstant leurs convictions, leurs idéaux politiques ou leur situation sociale ». Il craint, d’autre part, les conséquences de cette escalade sécuritaire, qui vise les citoyens chrétiens, sur ses coreligionnaires, auxquels il recommande la plus grande vigilance. Il leur demande d’éviter de manger en public, pour ne pas gêner les musulmans qui observent le jeûne, et de ne pas s’exposer aux foudres de la police.

Il devient maintenant difficile pour un Maghrébin chrétien, juif ou athée de pouvoir consommer de la nourriture durant les journées de Ramadan. Pour les touristes, c’est une autre histoire. La politique est plus souple, même si les touristes eux-mêmes vont essayer, « par respect », de ne pas manger devant tout le monde.