Sur le vif

Belgique : le vrai-faux camp d’entraînement jihadiste

Rédigé par La Rédaction | Mercredi 8 Octobre 2014 à 15:56



Y a-t-il un camp d’entraînement « jihadiste » dans une forêt de l’Ardenne, une région belge frontalière avec la France ? La question a fait le tour des médias vendredi 6 octobre, jusque sur la BBC, après la publication par deux quotidiens flamands de photos censées le prouver.

Les clichés en question, postés sur Internet par un prétendu groupe terroriste, laissaient penser que des membres s’entraînaient pour combattre en Syrie. Nouvelle révélation de la presse belge, lundi 6 octobre : il s’agissait en réalité d’une partie d’airsoft, un jeu de rôles utilisant des répliques d’armes à feu.

Deux des personnes apparaissant sur les photos, des Bruxellois de confession musulmane de 33 ans et de 22 ans, ont apporté un démenti catégorique sur le site belge Sud Info. « Nous ne sommes pas des jihadistes ! », ont-ils clamé. Pas plus qu’il ne s’agissait d’« un camp d’entraînement jihadiste ». Ils participaient simplement à une partie d’airsoft, « pas pour faire la guerre », mais pour décompresser en fin de semaine au moyen d'une activité physique.

Autres affirmations erronées, la partie ne se déroulait pas dans une région frontalière, mais dans le centre du pays, et les participants étaient de confessions variées. « Nous n’étions pas en Ardenne mais à Villers-la-Ville. Et nous étions trois musulmans, tous les autres participants étaient des Belges de souche, des catholiques », a assuré l’un des mis en cause.

Postées fin septembre par un certain Abd Al Wadoud Adu Daoud, avec pour titre « Belle journée entre frères », les photos montraient plusieurs hommes en tenue de combat, cagoules sur la tête et armes à la main. « Cela ne ressemble en rien à une simple partie de paint-ball entre amis, mais davantage à un camp d'entraînement radical », avait assuré la police belge, qui avait pris la « menace » très au sérieux et avait ouvert une enquête.

Interrogé sur sa proximité avec Abd Al Wadoud Adu Daoud, présenté par les médias belges comme un musulman radicaliste bruxellois, l’un des deux hommes cités par Sud Info explique l'avoir croisé trois fois au cours de parties d’airsoft et avoir échangé avec lui sur Facebook. « Il a 17 ans, il a des prises de position un peu radicales, il est jeune. Pour ma part, je ne l’ai croisé sur des terrains d’airsoft que trois fois et on a eu quelques échanges sur Facebook. Sinon, c’est tout. Mais de là à mélanger ses propos et une banale partie d’airsoft !... », a-t-il déploré.

La méprise n’est pas sans conséquence pour les deux hommes. L’un d’eux, en période d’essai alors qu’il venait d’être embauché, a été remercié le jour même de la publication des photos dans la presse. Il ne sait pas s’il pourra retrouver son travail. Il a, en outre, reçu des menaces de mort sur Internet. L’autre affirme que cette histoire a « mis le doute dans la tête » de ses proches, même de sa propre femme. L’association Muslims Rights Belgium a annoncé qu’elle allait porter l’affaire en justice.

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