Religions

Avec L’islam au XXIe siècle, un « outing » de musulmans engagés pour donner une tribune à un islam contemporain

Rédigé par | Jeudi 16 Juillet 2020 à 11:30

« Lutter contre l'ignorance et l'indifférence envers l'islam », c'est l'ambition affichée de l'association L’islam au XXIe siècle, qui entend valoriser pour cela les voix d'un islam contemporain, « tolérant et moderne ».



L’islam au XXIe siècle a organisé un point presse le 8 juillet pour présenter la nouvelle gouvernance : Michel de Rosen, Sadek Beloucif, Eva Janadin et Hakim El Karoui (de gauche à droite). Au centre, la réalisatrice Yamina Benguigui, qui a prêté main forte à l'association pour produire un documentaire prévu en octobre 2020.
Près de 18 mois après le colloque inaugural de L’islam au XXIe siècle, c’est pour présenter sa nouvelle gouvernance que l’association a organisé, mercredi 8 juillet, une conférence de presse à Paris. Après l’islamologue tunisien Mohammed Haddad, c’est au tour du professeur de médecine Sadek Beloucif d’assumer la présidence de L’islam au XXIe siècle, qui affiche encore aujourd'hui de grandes ambitions.

Prônant un triple engagement auprès des Français non musulmans « qui ne connaissent pas l'islam mais qui en ont peur », des Français dits de « la majorité silencieuse », et des Français musulmans « à l'écoute de discours populistes exprimant une authentique dérive séparatiste », Sadek Beloucif a formulé le vœu, avec l'association qu'il dirige, de « faire que l'islam soit mieux compris et connu (de tous) pour désamorcer une hypothétique clash des civilisations ».

Donner une « tribune à un islam moderne »

« Nous avons l'ambition de lutter contre l'ignorance et l'indifférence envers l'islam », a exposé, à son tour, Michel de Rosen, chef d’entreprise, lui-même non musulman mais résolument animé d’une volonté de contribuer « à réduire les tensions et les malentendus et à faire progresser le respect réciproque ».

A ce titre, et bien avant la tenue d'une prochaine grande conférence internationale en automne 2021, l’association entend organiser des ateliers de travail réunissant des universitaires sur leurs domaines de spécialité « afin de faire avancer la réflexion et la connaissance de leur champ d’étude » mais aussi lancer une revue destinée au « grand public » dans les prochains mois. Un défi de taille au regard de l'approche jusque là élitiste qui se dégage des initiatives prises ou voulues par l'association.

Les fondateurs de L’islam au XXIe siècle dont fait partie Michel de Rosen « s'inscrivent résolument dans la tradition et le sillon de l'islam de lumière, l'islam ouvert au dialogue, tolérant et moderne » qu'ils veulent « modestement et courageusement » faire briller. « La cause est belle, vive l'avenir ! », a-t-il lancé.

C'est un « outing » qui est aujourd'hui engagé, selon les mots de Sadek Beloucif. Il faut « montrer aux extrémistes qu’ils n'ont pas le monopole de l'interprétation des textes », a indiqué, pour sa part, Eva Janadin, déléguée générale de l’association. « Le vrai islam n'existe pas, c'est ce que les musulmanes et les musulmans en font », a appuyé la co-fondatrice du mouvement Voix d’un islam éclairé (VIE), à l’initiative du projet de mosquée Simorgh.

Faire converger des initiatives

Même son de cloche pour Hakim El Karoui, qui a rejoint l’association en tant qu'administrateur. Les rigoristes, en faisant croire qu'ils sont majoritaires, « ont créé une orthopraxie où, du matin au soir, et de la naissance à la mort, tous vos faits et gestes sont considérés et organisés par cette imitation du Prophète fondée sur des dires, des écrits et des propos rapportés dont la valeur historique est questionnable pour le moins que l'on puisse dire ».

« Cette orthopraxie, à l'évidence, n'est pas compatible avec le système de valeurs de la France contemporaine. Ce qui est très frappant, c'est qu'elle évolue indépendamment de ce qui se passe dans le monde arabe, c'est-à-dire qu'il y a un islamisme français (…) qui est en train de s'inventer et qui est franchement assez inquiétant », estime le fondateur de l’Association musulmane pour l’islam de France (AMIF) dont il vante l’utilité si la structure (que Sadek Beloucif et Eva Janadin soutiennent tous deux) finit un jour par être opérationnelle. « En France, l'État est laïque : il décide de tout mais, en même temps, il n'assume rien sur ces sujets (de l’islam, ndlr), ce qui n'est pas facile car on ne sait jamais s'il est là mais on a quand même besoin de lui », fait-il part au passage.

Lire aussi l’interview de Hakim El Karoui : « L’AMIF sera au service des musulmans »

A ce jour, L’islam au XXIe siècle est financé sur des fonds privés de généreux donateurs. L’AMIF serait « une caisse de financement » pour le travail théologique sur laquelle Islam XXI entend contribuer, indique Hakim El Karoui, pour qui « il faut absolument diffuser une autre offre » que salafiste « même soft, sans appel à la violence » mais prônant « une islamisation totale de la modernité ». Il faut « se sauver du clash que certains veulent organiser, que ce soit les islamistes, les jihadistes ou bien l'extrême droite ».

« Pour moi, il n'est pas question d'évolution des mentalités sans l'image, sans la parole, sans outil, sans film. Nous ne pouvons pas nous amputer de l'image pour faire avancer le débat », a jugé la réalisatrice Yamina Benguigui, qui produit « à titre bénévole » pour l'association un documentaire recueillant la parole des intervenants au colloque de février 2019 à l’UNESCO. Le film, dont la sortie est prévue « en octobre 2020 », vise à « faire entendre une parole contemporaine de l’islam en posant des questions fondamentales sans imposer les réponses que les musulmans peuvent construire ensemble et avec les autres ».

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur