Religions

Après le voyage du pape François aux Émirats Arabes Unis, le dialogue islamo-chrétien en sort renforcé

Rédigé par Lina Farelli | Mardi 5 Février 2019 à 12:45

La visite historique du pape François aux Emirats arabes unis s'es achevé mardi 5 février après la célébration d'une messe qui a réuni quelque 135 000 fidèles catholiques dans un pays à majorité musulmane. Dans cette « terre qui cherche à être un modèle de cohabitation » selon les mots du souverain pontife, ce dernier n'a pas manqué de lancer un appel à la paix dans le monde, et notamment au Yémen traversé par une grave crise humanitaire.



Le pape François s'est rendu aux Emirats arabes unis du 3 au 5 février, une visite historique dans la péninsule arabique durant laquelle le dialogue islamo-chrétien en est sorti renforcé. © Human Fraternity Meeting
Le pape François, superstar aux Emirats arabes unis. Accueilli à son arrivée dimanche 3 février par le prince héritier d’Abu Dhabi, Mohammed ben Zayed al-Nahyane, et le grand imam d’Al-Azhar Ahmed al-Tayyeb, le souverain pontife a plaidé, lors d’une conférence internationale sur la fraternité qui a réuni 600 leaders religieux et politiques, en faveur de la liberté religieuse, du dialogue interreligieux et contre l’extrémisme. « Je suis ici comme un frère », une déclaration du pape qui a été reprise massivement par la presse émiratie.

« Parmi les libertés, je voudrais souligner la liberté religieuse. Elle ne se limite pas à la seule liberté de culte », a affirmé, lundi 4 février, le pape dans ce pays qui ne laisse place à aucune forme de contestation du pouvoir en place.

Après avoir insisté sur le fait que la pratique d’aucune religion ne doit être « forcée », le pape François a appelé « toute la bien-aimée et névralgique région moyen-orientale » à fournir « des opportunités concrètes de rencontre : que des sociétés ou des personnes de diverses religions aient le même droit de citoyenneté ».

Le pape François et le grand imam d’Al-Azhar Ahmed al-Tayeb ont, par la suite, signé lundi 4 février une Déclaration sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune.

La guerre au Yémen abordée

Condamnant les guerres et les conflits qui sévissent au Moyen-Orient, le pape a plaidé pour la paix. « La guerre n’amène rien d’autre que la misère, les armes n’apportent que la mort. Ses conséquences sont tragiques sous nos yeux. Je pense en particulier au Yémen, à la Syrie, à l’Irak et à la Libye. Engageons-nous ensemble contre la logique de la force armée », a appuyé le pape.

« Il n’existe pas de violence qui puisse être justifiée religieusement. (…) La fraternité humaine exige de nous, représentants des religions, le devoir de bannir toute nuance d’approbation du mot guerre », a-t-il indiqué. Des mots forts alors que les Emirats arabes unis sont engagés, aux côtés de l’Arabie Saoudite, dans une guerre sanglante contre le Yémen depuis 2015 qui a provoqué des milliers de morts et une crise humanitaire sans précédent dans la région.

Les Emirats, « une terre qui cherche à être un modèle de cohabitation »

Le point d’orgue de la visite du pape : la célébration, mardi 5 février, d’une messe historique en plein air devant 135 000 fidèles catholiques au stade Zayed Sports City, à Abu Dhabi.

Contrairement à l’Arabie Saoudite qui interdit toute pratique religieuse autre que l’islam dans les lieux publics, les Emirats arabes unis, qui ont sacré 2019 comme « année de la Tolérance », hébergent quelque 40 églises – dont huit catholiques – qui rassemblent plus d’un million de chrétiens. Le pape a d’ailleurs salué ce pays qu’il a décrit comme « une terre qui cherche à être un modèle de cohabitation » avec 85 % d’expatriés issus de différentes nationalités et confessions.

Après cette visite historique dans la péninsule arabique, le pape est attendu au Maroc en mars 2019.

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