Société

Aïd el-Kébir : le CRCM Languedoc-Roussillon appelle au boycott

Rédigé par Christelle Gence | Samedi 13 Septembre 2014 à 00:56

Les responsables musulmans du Gard et de l'Hérault ont appelé les fidèles de ces départements à boycotter l'Aïd el-Kébir. En cause : le manque d'abattoirs et le coût trop élevé des moutons. Mais cette décision n'a rien de politique, assure le Conseil régional du culte musulman Languedoc-Roussillon, alors que la polémique commençait à s'installer.



A l’appel du Conseil régional du culte musulman Languedoc-Roussillon (CRCM) et des présidents de mosquées de Montpellier et de Nîmes, les 120 000 musulmans du Gard et de l’Hérault sont appelés à boycotter l’Aïd el-Kébir, la plus importante des fêtes de l’islam, qui aura lieu au début du mois d’octobre.

Les responsables locaux ont pris cette décision après s’être réunis à Lunel, dimanche 7 septembre. Aussitôt des SMS, des messages sur les réseaux sociaux appelant au boycott ont circulé. Les responsables de mosquées devaient évoquer le sujet avec les fidèles vendredi 12 septembre lors du prêche. Mais d’ores et déjà « la population suit », assure Driss El Moudni, le président du CRCM, et même « au-delà de Montpellier et de Nîmes ».

Pas de boycott politique

Le CRCM « boycotte l’Aïd parce qu'il n’y a pas de places pour l’abattage, et parce que les prix sont trop élevés », alors que le prix d’un animal grimpe jusqu’à 280 € au moment de l’Aïd, dénonce-t-il. « C’est dans l’intérêt des musulmans et de leur dignité, et c’est aussi dans l’intérêt de la loi française » que de ne pas effectuer le sacrifice, poursuit Driss El Moudni, alors que les années passées des fidèles ont été obligés d’égorger des moutons par leurs propres moyens, se mettant dans l’illégalité, à cause du manque d’abattoirs.

Mais le président du CRCM tient à mettre les choses au clair : « Le boycott n’est pas politique », et « il n’y a pas de polémique avec le préfet ». Par voie de communiqué, en l'absence de mise en place d'abattoirs mobiles dans la région, le préfet avait fait savoir qu’il n’y a « pas d’obligation de l’Etat d’organiser l’abattage de l’Aïd. C’est une pratique religieuse ». Il affirmait aussi que « la seule solution, c'est la création d'abattoirs temporaires, pilotée par le CRCM », après qu’un article paru dans Midi Libre faisait état d’un « bras de fer » engagé entre les pouvoirs publics et les responsables de la communauté musulmane locale.

« Il a eu raison de faire une mise au point, je suis d’accord avec lui », souligne Dris El Moudni, affirmant que des personnes ont fait des déclarations au nom du CRCM, alors qu’ils n’en avaient pas la légitimité. « Moi, je n’ai rien à reprocher au préfet et à l’Etat, au contraire, ils sont toujours là pour nous aider » poursuit-il, ajoutant que « l’Etat est laïc ; et nous, on respecte la laïcité ».

Abattoir temporaire en attente

Driss El Moudni ne manque pas de souligner que la création d’abattoirs temporaires est, pour lui aussi, « la seule solution », alors que les abattoirs permanents ferment les uns après les autres, en raison de leur manque d’activité. Pourtant, en tant que président du CRCM, Dris El Moudni est chargé de mener à bien le projet. Mais « le problème, c’est que le CRCM n’a pas trouvé de terrain pour installer l’abattoir temporaire », se défend-il. « On ne peut pas faire construire un abattoir sans avoir le terrain ! », justifie-t-il. L'obtention d'un terrain est absolument nécessaire « pour satisfaire à la loi » et « respecter la sécurité et toutes les règles sanitaires ». « C’est là qu’on a besoin des autorités, qu’ils nous aident à trouver un terrain, c’est tout », souligne encore le président du CRCM.

L'appel au boycott de l'Aïd n'est-il là pour cacher l'inertie du CRCM ?, peut-on quand même s'interroger... Il a été lancé « surtout » pour dénoncer la flambée des prix, réitère le président du CRCM. L’Etat n’a certes rien à voir avec le prix des moutons, « c’est le marché : la loi de l’offre et de la demande ». Mais Dris El Moudni en est persuadé, la mise en place d’abattoirs temporaires empêchera la flambée des prix constatée chaque année au moment de l’Aïd. « Quand on aura notre site, on organisera nous-mêmes l’abattage rituel et les moutons de l'Aïd reviendront moins cher », assure-t-il.

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