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Une pétition contre l'islamophobie en France

Sur l'initiative du CFCM

| Samedi 25 Février 2006

Après deux années d'acalmie, l'idée d'une loi contre l'islamophobie refait surface. Elle n'a pas pris une ride. Au contraire, elle est redynamisée par l'effet « caricatures du Prophète».



Ce combat qui mobilise au delà des rangs des mosquées, est mené par le Conseil français du culte musulman (CFCM). Toutes les fédérations se sont accordées sur le texte adressé au président Chirac. La pétition peut être signée en ligne depuis le 20 février. Malgré un défaut de médiatisation, le texte a déjà recueilli plus de deux mille signatures. Il ne manque pas de soutiens.

Cerner l'islamophobie


L'islamophobie désigne aujourd'hui une réalité identifiable que connaissent les musulmans. Selon Doudou Diène, Rapporteur général des nations unies, l'islamophobie n'est pas une forme nouvelle de discrimination. Dans son rapport présenté à la soixante-unième session de la Commission des droits de l'homme, M. Doudou Diène écrit que le terme islamophobie « réfère à une hostilité non fondée et à la peur envers l'islam, et en conséquence la peur et l'aversion envers tous les musulmans ou la majorité d'entre eux. Il se réfère également aux conséquences pratiques de cette hostilité en termes de discrimination, préjugés et traitement inégal dont sont victimes les musulmans (individus et communautés) et leur exclusion des sphères politiques et sociales importantes. Ce terme a été inventé pour répondre à une nouvelle réalité: la discrimination croissante contre les musulmans qui s'est développée ces dernières années. »

L'idée d'une pétition contre l'islamophobie en France, a déjà été lancée sans effet. Le 7 février 2004, le Mouvement justice et dignité (MJD) organisait une marche à Paris sous le mot d'ordre de " Liberté-Egalité-Fraternité, Non à l'islamophobie". En plein débat sur la loi antifoulard, ce message du MJD s'est noyé sous le flot de contestations exprimées contre la loi en discussion.

Pour Bagdad Maata, président du MJD, « la lutte contre l'islamophobie est « une lutte constante » et il fallait « faire comprendre à Monsieur le Président de la République, à l'Assemblée nationale qu'il faut une loi contre l'islamophobie ». Tel est « le but principal » du MJD, explique M. Maata.

Des dissenssions internes ont affaibli le mouvement qui a fini par s'orienter vers la lutte contre l'islamophobie médiatique. Le 22 janvier 2005, le MJD est à l'initiative d'un rassemblement devant le siège de France télévision pour dénoncer « l'islamophobie médiatique ».
Se refusant toute hiérachisation dans les discriminations, le président du MJD explique néanmoins que les médias « n'appellent pas ouvertemennt le téléspectateur à la haine des musulmans. Mais ils opèrent parfois par des juxtapositions d'images. Par exemple: chaque fois qu'un délit est commis, ils montrent automatiquement les banlieues. Lorsqu'un acte terroriste est commis quelque part dans le monde, l'image suivante montre des musulmans en prière ou une mosquée, sinon une femme musulmane voilée. »

Le Collectif contre l'islamophobie en France ( CCIF) est créé en réaction aux propos de Claude Imbert fondateur et éditorialiste de l'hebdomadaire Le point . « Je suis un peu islamophobe, ça ne me gêne pas de le dire... » avait déclaré M. Imbert sur la chaîne LCI, le 24 octobre 2003.

Organisé en association de type loi 1901, le CCIF mène un combat d'avant garde contre les actes islamophobes en France. Permanences téléphoniques et assistance juridique sont proposées aux victimes qui s'adressent à l'association. Interrogée par Saphirnews en octobre 2004, Samy Debbah, porte parole du CCIF, explique que « l'islamophobie est un peu le parent pauvre de la lutte contre les discriminations en France. »

La lecture du rapport annuel confirme les propos de M. Debbah. Ce rapport détaillé et commenté rend compte de l'évolution des actes d'islamophobie durant l'année. L'ampleur de cette tâche suffit à occuper l'association. Mais devant les tribunaux, le CCIF se montre redoutable pour convaincre les juges de la vraie nature de certaines discriminations fondées sur la religion musulmane des victimes. Car pour le CCIF, « l'islamophobie n'est pas une opinion, c'est un délit ».

Une pétition attendue


En lançant sa pétition contre l'islamophobie, le CFCM noue avec le rôle qu'une grande majorité des musulmans attendent de la jeune institution. Pour une première initiative nationale, le Conseil présidé par le Cheikh Dalil Boubakeur a bien choisi son sujet, dans le prolongement de l'indignation soulevée par l'affaire des caricatures.

Pour Mustapha, militant chevronné, « il faut soutenir l'initiative. On ne cesse de taper sur le CFCM parce qu'ils ne font rien. C'est vrai qu'ils sont plus tournés vers les ambassades des pays d'origine que toute autre chose. Maintenant qu'il font quelque chose de bien il faut savoir le reconnaître aussi. Sinon, on ne sait plus où on va » dit-il avant d'ajouter, « De toute façon, le CFCM est aujourd'hui l'association la mieux placée pour faire une telle pétition ».

Mustapha envoie ainsi des sms à ses amis « pour leur indiquer l'adresse de la pétition » et les inviter aussi à la signer et à la diffuser. « Chacun est libre, dit-il . Moi je passe l'information. S'ils n'y vont pas, il ne faut pas qu'ils se plaignent nonplus. »

Le 17 février 2006, sur les antennes de la radio Beur-FM, l'Union des associations musulmanes de Seine Saint-Denis (UAM-93) a invité les auditeurs à signer une pétition demandant qu'une loi soit votée contre l'islamophobie. Ce message lancé par M'Hammet Henniche, secrétaire général de l'UAM-93, faisait suite à la manifestation de l'UAM-93 , le 11 février 2006 à Paris, contre les caricatures du Prophète. Le CFCM avait condamné la publication des caricatures en France mais n'avait pas exprimé de soutien à la manifestation, estimant que la meilleure réponse à l'islamophobie était une condamnation en justice. Le Conseil a porté plainte. Le lancement de la pétition demandant une loi contre l'islamophobie est cohérent avec ce choix initial.

Le racisme en général et l'antisémitisme en particulier sont condamnés par la loi française de même que l'homophobie. A ce jour, aucune loi n'existe contre l'islamophobie en France.

Cliquer ici, pour signer la pétition contre l'islamophobie.





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