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Economie

Une journée mondiale contre le foie gras, pas vraiment halal

L'industrialisation en cause

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 21 Novembre 2013

La France, premier producteur et consommateur de foie gras au monde, pourra-t-elle un jour se passer de ce produit présenté « d'excellence » mais résolument controversé ? A l’occasion de la première Journée mondiale contre le foie gras jeudi 21 novembre, l'opinion publique est invitée à s’interroger sur les pratiques de gavage industriel des palmipèdes sans quoi le produit se ferait extrêmement rare.



Une journée mondiale contre le foie gras, pas vraiment halal
Exit les productions artisanales de foie gras. Cette filière du secteur agro-alimentaire, dans sa course à la rentabilité, s’est depuis longtemps industrialisée à grande échelle pour répondre à un besoin que les promoteurs du foie gras ont su créer auprès des consommateurs.

Le processus de gavage très souvent adopté en dit pourtant long sur les souffrances animales provoquées : les oies et les canards, enfermés dans de minuscules cages pour les immobiliser, sont alimentés en grosse quantité dans une courte période, à l'aide d'un tube enfoncé jusqu'au jabot dans l’objectif d’augmenter considérablement la taille du foie.

Avec de telles pratiques, on est à mille lieues de l'éthique de la consommation préconisée aussi en islam. Pourtant, le foie gras est décliné dans sa version halal depuis quelques années pour contenter ceux qui désirent goûter à ce mets, partie intégrante du patrimoine culturel français. A l'exportation, les Émirats arabes unis sont même de ceux qui boostent la production (+63 % en 2013). La hausse la plus spectaculaire nous vient d'Indonésie, où les ventes ont enregistré cette année une croissance de... 4 783 % !

Le bien-être animal au centre du débat

L’association de protection animale L214, particulièrement active dans la campagne anti-foie gras, use de tous les moyens pour sensibiliser les consommateurs à la souffrance animale, parfois par la diffusion de vidéos chocs dévoilant les pratiques de producteurs sans scrupule pour faire gaver canards et oies.

L214, en partenariat avec l'ONG Animal Equality, n’a pas manqué le rendez-vous du 21 novembre. Sur son site Stop Gavage, elle appelle ses sympathisants à travers le monde à manifester devant les ambassades françaises pour réclamer l’interdiction totale du gavage en France, « une pratique responsable de la souffrance et la mort de plus de 80 millions d'oiseaux chaque année ».

« Tout comme le Canada voit sa réputation entachée par le massacre des jeunes phoques, de telle sorte que l'UE entière a interdit la vente des ces produits, l'industrie française du foie gras doit être révélée et condamnée dans le monde. Nous appelons le mouvement international pour les droits des animaux à attirer l'attention sur cette industrie particulièrement cruelle dont la France s'est fait une spécialité », lance L214, qui a mené ce jeudi des actions en France devant des restaurants chics comme le Fouquet's aux Champs-Elysées.

Une campagne de durée qui paye

A ce jour, seuls cinq Etats de l’Union européenne autorisent la production du foie gras : la France, la Belgique, la Bulgarie, l'Espagne et la Hongrie. Les pays européens non producteurs n’interdisent toutefois pas l’importation et la vente de ce produit dans leur territoire. L'État de Californie est allé bien plus loin : la production et la vente de foie gras sont carrément prohibées depuis juillet 2012.

Des entreprises privées aussi s’y mettent. Coop, la première chaîne de distribution italienne, a arrêté depuis octobre 2012 la vente du foie gras dans ses enseignes. Récemment, le groupe de vente en ligne Amazon a interdit la commercialisation du foie gras sur son site britannique, décision qui avait fait réagir le ministre français délégué à l’Agroalimentaire Guillaume Garot pour dire « combien les producteurs français ont fait d’efforts depuis des années pour maintenir une vraie qualité de produit en respectant le bien-être animal ».

La France, par le biais du Comité interprofessionnel du foie gras (CIFOG), veille sur ses intérêts et met en avant la nécessité sociale et économique du maintien de cette filière aux 35 000 emplois directs et 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Les fêtes de fin d'année approchant, les distributeurs se frottent les mains. La balle est dans le camp des consommateurs.





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