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Sur le vif

Un reportage télé sur des immigrés clandestins devant la justice

Rédigé par La Rédaction | Lundi 25 Novembre 2013



M6 diffusait, dimanche 24 novembre, un reportage édifiant dans son émission Zone interdite. Intitulé Clandestins : ils traversent l’enfer pour venir en France, il retraçait la traversée de migrants pour la France. Deux groupes étaient suivis par les journalistes de Tony Comiti Productions qui ont réalisé ce documentaire : un groupe d’Afghans qui ont parcouru des kilomètres à pied en traversant notamment les montagnes d'Iran, et trois Camerounais partis de Lybie, qui ont traversé la Méditerranée au péril de leur vie.

Durant de long mois, les journalistes ont suivi ces différents protagonistes à l’immigration clandestine, offrant un reportage tant original que poignant pour mettre en lumière les difficultés vécues par les migrants durant leur périple. Mais avant même sa diffusion, le documentaire était entaché d’une polémique. Début octobre, les trois Camerounais - Joseph, Elie et Emile -, suivis par les journalistes, ont décidé de porter plainte contre Tony Comiti Productions.

« Alors que nous étions en Libye, des journalistes nous ont incités à nous rendre clandestinement en France en nous promettant monts et merveilles : hébergement, régularisation, une formation pour Joseph, l'entrée dans la Légion pour Emile et moi. Ils nous ont dit que tout le monde parlerait de notre histoire. Ils ont même pris en charge une partie du voyage. A notre arrivée à Paris, mi-juillet, ils nous ont abandonnés », accuse Elie, cité par Le Nouvel Observateur.

Leur avocat Jérémie Assous, connu pour avoir défendu d’anciens candidats de téléréalité, a déposé, mercredi 2 octobre, une plainte notamment pour mise en danger de la vie d’autrui ainsi qu’aide directe et indirecte à l’entrée et au séjour irrégulier. « Le droit à l’info a été dévoyé », affirme ce dernier.

Tony Comiti, le patron de l’agence du même nom, rejette ces accusations en bloc. « Tout ça, c'est du chantage au droit à l'image. Je ne sais pas par qui ils sont manipulés. Ils étaient candidats au départ et nous n'avons rien payé, rien promis ! », assure-t-il. « Comment expliquer que le voyage ait duré neuf mois, si nous avions payé les passeurs ? », ajoute de son côté, l’un de ses adjoints. Les journalistes de la société de production ont en effet suivi durant ces longs mois les trois migrants.

Un départ précipité par la production ?

Les reporters Paul Comiti, qui n’est autre que le fils de Tony Comiti, et Olivier Azpitarte avaient rencontré pour la première fois les Camerounais, le 25 décembre 2012 dans le sud de la Libye. Les journalistes auraient précipité leur départ le 28 décembre, soit trois jours à peine après leur rencontre. « Ils avaient peur du désert, de la mer, des trafiquants. Notre présence était pour eux un gage de sécurité », concède Olivier Azpitarte. Les deux reporters ont demandé aux trois Camerounais de contacter leurs familles au pays pour réunir l'argent nécessaire à la première étape de leur périple. En vain. Mais la petite troupe prend quand même le chemin vers le nord de la Lybie, à Zouara, d'où partent les bateaux pour Lampedusa en Italie. Les Camerounais affirment n’avoir rien versé tout comme les journalistes. « Un certain flou entoure cette question du financement », note le Nouvel Observateur.

Elie et ses compères restent plusieurs mois à Zouara, le temps de rassembler l’argent nécessaire à leur traversée. Ils restent en contact, via Internet, avec les journalistes qui les encouragent dans leur idée de départ. Ainsi, Olivier Azpitarte leur envoie des photos de « plages de sable blanc » et d'un « petit hôtel sympa » de Lampedusa alors que la réalité des migrants confinés dans des centres de rétention est bien différente.

L'équipe de télé revient à Zouara le 13 juin. Paul Comiti, écarté par la production pour des divergences financières, est remplacé par Camille Courcy, une jeune journaliste de 22 ans qui s’est déjà rendue seule à Alep en Syrie. Une dizaine de jours plus tard, ils prennent place à bord d'une embarcation où s’entasse des centaines de migrants dont des femmes avec des enfants en bas-âge. « Ce passage, c'est le seul moment où nous avons payé », affirment les Camerounais. Ils auraient versé 2 400 dinars (1 400 euros) pour trois.

La déontologie des journalistes mise en cause

Après une traversée angoissante, puis une évasion d’un camp de rétention, la journaliste indique avoir payé le billet de train Rome-Paris aux trois amis, comme cela est d’ailleurs mentionné dans le reportage en voix-off. « Avec l'accord de la prod. Je leur ai demandé de frauder car c'est ce que font les clandestins. Ils ont refusé de peur de se mettre dans l'illégalité. J'ai donc payé les billets. Je ne pense pas que cela fausse pour autant notre documentaire », explique-t-elle.

Mais arrivés, dans la capitale française, les désillusions sont grandes pour les Camerounais, qui logent chez des proches sans garanties pour l’avenir. Les journalistes « nous avaient pourtant promis une fête à notre arrivée ! », regrette Elie. « Avant d'arriver, ils nous avaient demandé les numéros de nos proches en France. Nous leur avions demandé de prévoir un plan B car nous savons comment ça se passe avec nos compatriotes en France : ils disent oui jusqu'au moment où on sonne à leur porte. Il n'y avait pas de plan B. Nous ne demandions pas d'argent, mais un coup de main le temps de trouver nos repères », raconte-t-il. « Mais quelle production loge ses témoins ? Moi, je vis avec ma femme et mon jeune fils dans 34 m2 », se défend Olivier Azpitarte.

SI la déontologie des journalistes est interrogée dans cette affaire, le malentendu est bien perceptible. 48 heures avant la diffusion du reportage - qui a été diffusé malgré la demande de non retransmission formulée par les trois Camerounais - Tony Comiti, a dénoncé des « insinuations fausses et diffamatoires » et a accusé à Me Assous de manipulation. « Ils sont manipulés par un avocat en quête de gloire… C’est l’avocat spécialiste des gens de télévision, c’est quand même curieux non ? », a-t-il lancé vendredi 22 novembre sur Europe 1. Affaire à suivre.

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