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Monde

Tunisie : la démocratie a rendu son verdict

Les résultats définitifs proclamés

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 28 Octobre 2011

Les élections du 23 octobre de l’Assemblée constituante ont permis une victoire large du parti islamiste Ennahdha. Celui-ci, qui se sent prêt à diriger le pays pendant la période intérimaire, a d’ores et déjà commencé à se rapprocher des partis de gauche en vue de former un gouvernement d’union nationale. Si le succès de ce premier scrutin libre et démocratique ne se dément pas, les pays occidentaux s’inquiètent de ce changement.



Tunisie : la démocratie a rendu son verdict
Les urnes ont enfin parlé et la Tunisie de l’après-Ben Ali offre un nouveau visage au monde. L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a annoncé, jeudi 27 octobre, la victoire du parti Ennahdha lors des élections du 23 octobre.

Cette victoire annoncée était attendue depuis plusieurs jours par son leader Rached Ghannouchi. Avec 41,70 % de voix obtenues, Ennahdha compte dans ses rangs 90 députés sur les 217 qui composeront l’Assemblée constituante.

Sur les 18 sièges réservés aux Tunisiens de l'étranger, Ennahdha en obtient 9. Quatre ont été attribués au Congrès pour la République (CPR), trois à Ettakatol et un pour le Pôle démocratique moderniste et un pour Al-Aridha.

Une nouvelle page dans l’Histoire de la Tunisie

Le CPR, un parti de gauche nationaliste mené par Moncef Marzouki, un militant des droits de l'homme exilé pendant des années en France, prend la deuxième place de ce scrutin (13,82 % des voix ; 30 sièges). Il est suivi du parti social-démocrate Ettakatol de Mustapha Ben Jaafar, un opposant de l’intérieur à Ben Ali (9,68 % ; 21 sièges).

La surprise vient du côté du parti Al-Aridha (Pétition populaire), soutenu par le millionnaire Hachmi Haamdi. La percée inattendue des listes de l'homme d'affaires, un ancien d'Ennahdha devenu un allié du régime de Ben Ali, a semé la consternation en Tunisie.

Le millionnaire est accusé d'avoir poursuivi sa campagne malgré le silence électoral en vigueur peu avant les élections à travers Al-Mostakilla, sa chaîne de télévision qui émet par satellite de Londres et qui est très regardée en Tunisie. La commission électorale a décidé, jeudi 27 octobre, d'invalider ses listes dans six circonscriptions, dont celle du sud de la France. Un temps en troisième position, il est désormais la quatrième force politique de Tunisie (8,19 % ; 19 sièges).

Malgré les efforts déployés pour se faire entendre, le Parti démocrate progressiste (PDP), présidé par Mohamed Nejib Chebbi et pressenti comme l’un des favoris de ces élections, a reconnu sa défaite avant même l’annonce officielle des résultats définitifs (7,86 % ; 17 sièges). Le PDP continuera tout de même à jouer un rôle dans la vie politique tunisienne et fera partie de l’opposition, a affirmé son leader.

Forts de sa victoire, les responsables d’Ennahdha se disent prêts à réclamer la direction du gouvernement provisoire mais également à établir l’alliance la plus large possible avec toutes les forces aptes à concrétiser les attentes du peuple tunisien, notamment le CPR et Ettakatol.

Des efforts pour lever les inquiétudes

Bien avant l'annonce des résultats, Ennahdha inquiète. Le parti islamiste, qui se réclame du modèle turc, a tenu à rassurer les milieux laïcs, en s’engageant à de nombreuses reprises à ne pas instaurer la charia en Tunisie – contrairement au souhait émis par le CNT libyen – et à ne pas toucher aux droits des femmes et des minorités, uniques dans le monde arabe.

A l’heure où la situation économique de la Tunisie, notamment le secteur touristique, est en berne, depuis janvier 2011, les partenaires économiques du pays ainsi que les investisseurs étrangers ont également été rassurés par les ténors d'Ennahdha, qui espèrent un retour rapide à la stabilité.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré mercredi 26 octobre que le résultat des élections en Tunisie, avec la victoire du parti Ennahdha, ne devrait pas modifier les relations entre la France et la Tunisie mais que la France saura rester vigilante. « On va être très vigilants et nous avons des moyens d'exprimer cette vigilance », a indiqué le ministre, évoquant le Partenariat de Deauville, qui prévoit une aide des pays membres du G8 aux pays arabes dans leur transition vers la démocratie.

L’exemple tunisien observé par le monde

Privés de droits politiques depuis des décennies, les Tunisiens ont su se mobiliser et faire usage de leur droit de vote. Les résultats de ces élections sont d’autant plus légitimes que plus de 80 % des 7,5 millions d’électeurs se sont déplacés dans les bureaux de vote pour participer à ces élections historiques.

Aucun incident majeur n’a été signalé lors de ce scrutin qui s’est déroulé dans la transparence, selon la commission électorale tunisienne et la mission des observateurs de l'Union européenne. « Les élections sont issues de la volonté ferme du peuple tunisien d'être gouverné par des autorités élues démocratiquement et respectueuses de l'Etat de droit », constate la mission.

Un exemple qui montre la voie à suivre pour les pays du monde arabe, l’Egypte et la Libye en premier lieu, dont les peuples ont réussi à faire tomber les têtes de leur régime.

Toutefois, rien n’est joué, ces élections ne sont qu’une première étape de franchi dans le long chemin qui mènera le pays vers la stabilité. Les Tunisiens attendent désormais de voir ce que les dirigeants élus feront de la démocratie dont ils ont tant rêvé.






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