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Sur le vif

Tunisie : Marzouki, choisi grâce aux « salafistes jihadistes », tollé contre Essebsi

Rédigé par | Vendredi 28 Novembre 2014



Béji Caïd Essebsi face à Moncef Marzouki au second tour de l'élection présidentielle tunisienne 2014.
Béji Caïd Essebsi face à Moncef Marzouki au second tour de l'élection présidentielle tunisienne 2014.
Depuis plusieurs jours, l’ambiance est électrique sur la scène politique tunisienne depuis les déclarations enflammées de Béji Caïd Essebsi contre son rival Moncef Marzouki. Le président du parti Nidaa Tounes, surfant sur un anti-islamisme primaire, a jugé que les électeurs du militant historique pour les droits de l'homme sont des « islamistes » avant de glisser vers des termes plus violents, à savoir des « salafistes jihadistes », synonyme d'« extrémistes » ou de « terroristes » pour l'opinion en Tunisie.

« Il faut savoir que ceux qui ont voté pour Monsieur Marzouki sont les islamistes. (…) Nous avons aussi avec lui des salafistes jihadistes et (...) les "Ligues de défense de la révolution" (Ligues de protection de la révolution, LPR) qui sont tous des partis violents », a-t-il affirmé sur RMC au lendemain des élections du 23 novembre. « Je représente la Tunisie de l'avenir, non celle du passé. Le problème n'est pas l'âge du candidat mais son programme », a encore affirmé le candidat âgé de 87 ans.

Ses déclarations, perçues comme un signe de mépris à l’égard d’une frange des électeurs, ont été dénoncées par de nombreux Tunisiens, qui ne croient pas en la capacité de Béji Caïd Essebsi, ministre sous Habib Bourguiba ayant eu des responsabilités politiques sous l'ère Ben Ali, de rassembler le peuple dans sa diversité d’opinions s'il devait être élu à la tête de la Tunisie.

Moncef Marzouki répond à son adversaire

Face à la polémique, Ennahdha, qui n'avait donné aucun consigne de vote à ses électeurs au premier tour, s'en est tenu, jeudi 27 novembre, à appeler les deux candidats et leurs partisans à un discours d'apaisement. Néanmoins, des cadres sont sortis de leur réserve pour dénoncer les amalgames de Béji Caïd Essebsi. « Un candidat qui discrimine son peuple ne mérite pas d'être président », a fait savoir Hamadi Jebali, ex-secrétaire général du parti islamiste, appelant le président de Nidaa Tounes « à s’excuser auprès du peuple tunisien ».

« Je suis absolument désolé d’entendre M. Essebsi déclarer que le 1,1 million de Tunisiens qui ont voté pour moi seraient tous des Nahdhaouis (militants d’Ennahda), des salafistes et des terroristes. Ce n’est tout simplement pas vrai. Aujourd’hui, la bagarre en Tunisie n’est pas, comme on essaie de nous le faire croire, entre les bons laïcs et les mauvais islamistes, mais entre l’ancien système représenté par Béji Caïd Essebsi et le nouveau régime apparu après la révolution de 2011 », a-t-il répondu lors d’un entretien au Monde paru mercredi.

« Construire un Etat démocratique ouvert à tous »

« Les islamistes non démocrates, à savoir les salafistes et les terroristes, ne votent pas, ils ne font pas partie du jeu politique. (…) Ma stratégie depuis trente ans est de dire qu’il faut démocratiser le spectre islamiste. C’est cette stratégie qui a fait qu’Ennahdha a rejoint le camp démocratique », poursuit-il. Pour le président sortant, « deux lignes rouges » sont à ne pas dépasser : « la droite du salafisme, à savoir ceux qui portent les armes contre la République » et l’ancien régime, « à l’origine de cinquante ans de misère dans ce pays ».

Toutefois, « il n’y a pas de bons ou de mauvais Tunisiens ; il faut construire un Etat démocratique ouvert à tous, y compris aux gens de l’ancien système », tempère-t-il. Celui-ci a appelé publiquement, au soir des élections, à un débat télévisé d'entre-deux tours retransmis en direct mais son adversaire a refusé cette idée pour le moment.

Le second tour du scrutin présidentiel, qui devrait avoir lieu le 28 décembre, annonce d’emblée de nouveaux résultats serrés. Beji Caïd Essebsi est arrivé en tête des élections du 23 novembre avec 39,4 % des voix contre 33,43 % des suffrages pour Moncef Marzouki. Hamma Hammami, une figure de la gauche tunisienne, fait office d’arbitre, en arrivant troisième avec 7,8 % des voix. Le taux de participation s'est élevé à 65 % selon l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE).

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur



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