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Cinéma, DVD

Sur la route de Guantanamo

Rédigé par Aurélien Soucheyre | Jeudi 6 Juillet 2006

Le film britannique intitulé «The Road to Guantanamo» a reçu l’Ours d’Argent du meilleur réalisateur au dernier Festival de Berlin. Réalisé par Michael Winterbottom et Mat Whitecross, ce réquisitoire contre une chasse démesurée et aveugle face au terrorisme se situe entre fiction et documentaire. L’histoire est inspirée de faits réels : quatre jeunes anglais vont se retrouver dans la prison de Guantanamo après un séjour tumultueux en Afghanistan.



L'affiche du film
L'affiche du film
Septembre 2001, Tipton, Angleterre. Asif Iqbal se prépare pour son voyage au Pakistan. Il doit y rencontrer sa future épouse. Après sa décision, il invite ses trois amis Monir, Shafiq et Ruhel à son mariage. Ils se retrouvent finalement à Karachi. Suite à l’appel d’un imam, ils décident de se rendre en Afghanistan pour soutenir la population en détresse.

Leurs motivations ne sont pas clairement expliquées : naïveté, insouciance, l’idéologie ou courage ? Ils se retrouvent en tous cas bien malgré eux en pleine guerre et au cœur des bombardements. Les massacres de la guerre chirurgicale y sont effroyablement décris. Pris au piège, ils cherchent à regagner le Pakistan.

Les trois de Tipton
Les trois de Tipton
Dans la panique, ils embarquent pour un bus qui les emmènent tout droit vers les combats. Ils sont alors raflés par les troupes américaines qui les soupçonnent d’être sympathisants des talibans puis membres d’Al-Qaïda. Commence dès lors une descente aux enfers. Monir a disparu dans les bombardements. Shafiq, Ruhel et Asif sont transportés en containers et arrivent au camp de Kandahar. Ils sont ensuite transférés à Guantanamo.

Les véritables Shafiq, Ruhel et Asif, témoigent dans le film
Les véritables Shafiq, Ruhel et Asif, témoigent dans le film
Il ne s’agit pas véritablement d’un documentaire, mais plutôt d’un travail de reconstitution des faits. Les trois prisonniers survivants racontent leur histoire. Michael Winterbottom s’est contenté de retranscrire cinématographiquement les témoignages des trois rescapés.

La première partie du film, avant l’arrestation, est haletante. La réalisation est nerveuse et précise. Le découpage, incisif, rappelle le road-movie. En dehors des séquences de reconstitution, le film est ponctué d’images d’archives, de déclarations de George Bush et de Donald Rumsfeld. Les témoignages des véritables Asif, Shafiq et Ruhel viennent aussi confirmer, entre chaque séquence, les mésaventures des trois compagnons.

Uniforme porté par les prisonniers de Guantanamo
Uniforme porté par les prisonniers de Guantanamo

Un univers dénué de toute humanité

La seconde partie du film se déroule après l’arrestation. Les images sont poignantes. Entassés par douzaines dans des containers, puis parqués de prisons en camps, pour finir à Guantanamo. Les scènes de tortures, autant physiques que psychologiques sont d’un réalisme glaçant. Un traitement inhumain, dégradant, et contredisant - malgré les déclarations de Rumsfeld - les droits des prisonniers et la Convention de Genève. Une descente aux enfers de deux ans, dans des petites cages sous un soleil brûlant, avec uniformes orange, pieds et poings liés, cagoule et interrogatoires musclés.

Si la première partie du film paraît parfois un peu trop rocambolesque, un peu floue et simple, celle qui se déroule dans les camps témoigne d’une réalité qui semble alors irréfutable et inacceptable.

Les trois de Tipton sont finalement relâchés, sans explications, sans excuses, sans procédure et sans aucunes charges contre eux en mars 2004. Depuis 2001, 760 détenus sont passés par Guantanamo, 500 prisonniers y seraient encore. L’Union européenne a appelé les autorités des Etats-Unis a fermé ce camp. La Cour suprême des Etats-Unis a récemment invalidé les tribunaux d’exception de Guantanamo, mettant un frein aux pouvoirs démesurés de l’administration Bush. Cette dernière ne peut plus garder des prisonniers indéfiniment et sans procédure légale.





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