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Société

Scanners corporels, pour ou contre ?

Tout nu pour la sécu

Rédigé par Leïla Belghiti | Mercredi 10 Mars 2010

Dans le cadre du renforcement des mesures de sécurité, les scanners corporels sont à l'heure actuelle expérimentés dans moins d'une dizaine d'aéroports dans le monde. Une nouvelle technologie qui n'est pas du goût de tous. En Grande-Bretagne, deux musulmanes ratent leur vol à destination du Pakistan pour avoir refuser de s'y soumettre, jeudi dernier. Le sujet fait polémique, aussi bien chez les défenseurs des droits de l'homme que dans les milieux politiques et religieux.



Scanner corporel, à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.
Scanner corporel, à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.
Pas moins de 450 scanners corporels seront distribués un peu partout dans le monde, d'ici à 2010. Fabriqués aux États-Unis, ils sont testés aujourd'hui sur leur territoire mais aussi dans plusieurs pays européens.

En France, l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle a accueilli le sien le 22 février 2010. Utilisé pour les passagers à destinations des États-Unis, il permet de détecter tous les accessoires dissimulés par les passagers, par un système d'ondes millimétriques qui se réfléchissent sur la surface de la peau. Résultat : c'est tout nu qu'on vous découvre sur un écran d'ordinateur.

Les voyageurs auront le choix entre ça... et les palpations. L'expérimentation durera de un à trois mois et n'est testé que par des volontaires, avant d'être imposée si elle s'avère concluante.

L'image fournie par l'appareil et visualisée par les agents est une image holographique du passager, assexuée, contrairement à une photographie. Celle-ci, envoyée dans une autre pièce située au sous-sol, fait alors l'objet d'un contrôle automatique par ordinateur et d'un contrôle visuel par un agent du même sexe que le passager.

« Nous voulons tester ces deux modes pour vérifier lequel est le plus efficace », a déclaré à la presse Patrick Gandil, directeur général de l'aviation civile. Si un objet est détecté sur l'écran, un schéma représentant le corps du passager est renvoyé aux agents, qui procèderont alors à une fouille corporelle aux endroits indiqués sur l'image. Un gain de temps, selon les équipes d'expérimentation.

Protestations

L'introduction des scanners corporels dans les aéroports fait partie des mesures de lutte contre le terrorisme, au lendemain de l'attentat manqué du jour de Noël contre un avion qui assurait la liaison Amsterdam-Détroit.

Mais cette nouvelle technologie ne fait pas des émules. Le commissaire européen aux Transports, l'Estonien Siim Kallas, a émis de sérieuse réserves sur les contrôles par scanners, jugeant que, « pour empêcher les terroristes de s'attaquer aux avions, nous avons besoin d'une combinaison de mesures variées et d'une vraie coopération internationale ». Un avis rejoint par Viviane Reding, commissaire à la Justice : « Je suis convaincue que les scanners corporels portent gravement atteinte à l'intimité des personnes », a-t-elle affirmé, selon une dépêche de l'AFP.

Favorables ?

Pourtant, la majorité des sondages effectués porte à croire que les voyageurs sont de loin pas si gênés que cela de leur application. « Si c'est un moyen pour assurer notre protection, pourquoi pas ? », s'exclame Nordine. Habiba, qui prend fréquemment l'avion, est perplexe, « je ferais tout pour avoir au moins un personnel féminin derrière l'écran », mais si cela s'avérait impossible, « si c'est pour aller voir ma maman, je passe », nous confie-t-elle.

Les religieux s'inquiètent

En islam, où la pudeur est de mise, interdisant de dévoiler ses parties intimes, la question se pose parmi les religieux. Il y a ceux qui s'y opposent formellement, comme le mufti de Tunisie, le cheikh Othman Batikh, qui a affirmé dans un entretien accordé à la presse locale que l'utilisation du scanner corporel est « contraire aux préceptes de l’islam mais également en contradiction avec les préceptes des religions révélées (chrétienne et juive, ndlr) », et « porte atteinte à la dignité humaine ».

Quant au Conseil du fiqh d'Amérique du Nord, il préconise aux musulmans d'opter pour la fouille corporelle. Dans un communiqué, l'organisation indique que les « enseignements islamiques sont explicites : (...) les hommes et les femmes ne sauraient être vus nus par d’autres hommes et femmes. »

Contacté par Saphirnews, Dar al-Fatwa, organisation proche de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui rassemble des érudits musulmans aptes à émettre des avis religieux en France, estime, pour sa part, que cette nouvelle méthode serait acceptable seulement si la personne postée derrière l'écran est une personne du même sexe que le voyageur examiné. « Sinon, il vaut mieux passer à la fouille, qui est de manière sûre effectuée par une personne du même genre. »

Et si le passage au scanner corporel devenait obligatoire ? « Les autorités n'ont pas mis ce système en place pour plaisanter. Avec la multiplications des attentats, il leur faut prendre les mesures nécessaires et, en tant que musulmans, nous devons nous y plier », nous déclare l'imam de Dar al-Fatwa, à une condition tout de même : « Que les parties génitales soient floutées. »

La CNIL pose ses conditions

De nombreuses associations de défense des droits de l'homme mettent également en garde contre une pratique démesurée de ces appareils. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) , estime que « ces technologies peuvent s'avérer très intrusives et attentatoires à l'intimité des personnes » et préconise surtout de limiter la conservation des images produites par les scanners corporels.

En effet, le risque de fuite est techniquement possible : les magazines people en seraient les premiers friands...


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