Connectez-vous S'inscrire






Société

Rentrée 2009 : les écoles musulmanes font le plein

Éducation

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 4 Septembre 2009

Le Ramadan est entamé. La rentrée scolaire 2009-2010 a commencé. Douze millions d’écoliers ont retrouvé le chemin de l’école public. Près de deux millions ont préféré suivre celui de l’école privée. Quelques centaines d’entre eux ont fait leurs premiers pas dans les huit établissements privés musulmans − dont ceux de Marseille, de Toulouse et de Montigny-le-Bretonneux − que compte la France métropolitaine.



Cours de SVT (sciences de la vie et de la Terre), en classe de première au lycée Averroès, à Lille.
Cours de SVT (sciences de la vie et de la Terre), en classe de première au lycée Averroès, à Lille.
Affluence record à Al-Kindi pour l’année scolaire 2009-2010. Le groupe scolaire de Décines, dans la région lyonnaise, accueille, cette année, près de 350 élèves répartis en 19 classes de la sixième à la terminale. Pour comparaison, l’école accueillait une vingtaine d’élèves à son ouverture en 2006, 170 en septembre 2007 et 200 en 2008. Al-Kindi devient ainsi le plus grand établissement musulman de France devant le collège-lycée Réussite, crée en 2001 à Aubervilliers, et le lycée Averroès de Lille, fondé en 2003.

« On est un peu victime de notre succès. On a largement dépassé le millier de demandes pour cette rentrée. Grosso modo, le ratio était de cinq demandes pour un élève admis », déclare Hakim Chergui, président du groupe scolaire, pour Saphirnews. Pourtant, « la popularité du projet n’est pas une surprise pour nous. Nous savions que la communauté était véritablement en attente. Sachant que nous sommes les seuls dans un bassin de population extrêmement importante, nous savions que nous attirerions un grand nombre de personnes », ajoute-t-il.

Le phénomène ne devrait donc pas s’essouffler pour les prochaines années. Des projets d’extension sont à l’étude, comme l’explique M. Chergui : « On ne veut pas s’arrêter sur une dynamique aussi positive. On va augmenter le nombre de places et ouvrir une école primaire dans les semaines à venir afin de disposer d’une offre pédagogique qui soit la plus complète possible ».

Marseille et Toulouse s’offrent leurs collèges musulmans

L’enseignement privé musulman a le vent en poupe ces dernières années. Les projets se multiplient et certaines se concrétisent, à l’image de Marseille, qui a inauguré, jeudi 3 septembre, son premier collège privé musulman. Ibn Khaldoun, du nom d’un philosophe musulman du XIVe siècle, devient ainsi le septième, voire le huitième établissement musulman de France si l’on compte l’école élémentaire de l’Olivier, ouverte depuis deux ans à Marseille.

Pour le moment, les effectifs du collège s’élèvent à une trentaine d’élèves répartis sur deux classes de sixième. Mais l’association Savoir Réussir, porteuse du projet Ibn Khaldoun depuis 2006, ne compte pas s’en arrêter là. D’ici à quatre ans, un cycle de collège complet de la sixième à la troisième sera disponible avec une capacité d’accueil de 200 élèves.

À Montigny-le-Bretonneux (78), les inscriptions ne sont pas complètement closes mais le collège-lycée a aussi ouvert ses portes, ce mercredi, à une trentaine d’élèves de sixième et de cinquième, grâce à l’autorisation délivrée par le rectorat de Versailles en juillet dernier. « On souhaite se développer progressivement à raison d’une classe au minimum par an », affirme un responsable (anonyme) de l'association IFQY à Saphirnews.

Enfin, le collège Alif de Toulouse, qui dispose de classes allant de la sixième à la troisième, entame aussi sa première rentrée cette semaine, cinq ans après la création de l'association Alif qui luttait contre l'exclusion des jeunes musulmanes du cursus scolaire.

Pour en arriver là, ses responsables ont bénéficié de « l’expertise et du soutien » d’Al-Kindi, selon M. Chergui. « En ouvrant Al Kindi, nous ouvrons une voie. L’association a entrepris dès sa création des séminaires de formation à destination des porteurs de projets. C’est dans ce cadre-là que nous sommes intervenus à Vitry-sur-Seine [ouvert en 2008, ndlr], à Montigny, à Marseille et à Toulouse » pour éviter que les difficultés vécues par Lyon et d'autres ne se reproduisent ailleurs.

Quatrième rentrée pour Al-Kindi, à Décines.
Quatrième rentrée pour Al-Kindi, à Décines.

La viabilité économique, un des gages du succès

L’objectif de tous ces établissements : obtenir le contrat d’association avec l’État après cinq ans d’exercice afin d’obtenir des aides publiques. Pour se faire, ils ont l’obligation, entre autres, de respecter le programme scolaire de l’Éducation nationale (hormis pour les cours de religion, optionnels) et d’accueillir tous les élèves, quelle que soit leur confession. Cité en exemple, Averroès est, à ce jour, le seul à avoir été contractualisé depuis juin 2008.

Face à l’afflux de candidatures, ses responsables consacrent désormais leurs fonds à la construction de locaux pour leur permettre de tripler le nombre de classes (au lieu de six aujourd'hui) et d’atteindre une viabilité économique en étant financé par les seuls frais de scolarité et l’aide de l’État.

Au collège-lycée Réussite, le seul à pouvoir prétendre au contrat d’association, la rentrée 2009 s’est déroulée comme prévu cette semaine. La centaine d’élèves a été accueillie et les classes de première et de terminale ont même été rouvertes malgré les difficultés financières que connaît l’établissement depuis quelques années.

Pour tenter d’y remédier, une grande campagne de soutien au collège-lycée a été lancée, depuis juillet dernier, via l’opération « 1,50 € par "SMS" envoyé, c’est l’avenir de Réussite assurée ». Chaque « Iqra » envoyé au 82182 permet à l’établissement d’obtenir 1,50 €.

Face aux 9 000 établissements privés catholiques et aux 250 juifs existants en France, les écoles musulmanes sont encore loin de faire le poids. Malgré les obstacles, l’enseignement privé musulman semble avoir de beaux jours devant lui. La Fondation Al-Kindi, un fonds de dotation créé voilà quelques mois, s’est d’ailleurs fixé comme but de développer ce dernier en apportant son aide aux projets et ouvertures d’établissements confessionnels.





Dans la même rubrique :
< >

Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu