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Finance éthique

Rendez-vous de la finance islamique en Afrique

Rédigé par Amara BAMBA | Jeudi 21 Février 2008

Les 2 et 3 avril 2008, le cabinet Isla-Invest Consulting organise le premier Forum africain de la finance islamique. A l'origine de ce projet novateur, M. Zoubeir Ben Terdeyet, fondateur d'Isla-Invest Consulting, a accepté de répondre à nos questions.



Zoubeir BEN TERDEYET, Pdg de Isla-Invest
Zoubeir BEN TERDEYET, Pdg de Isla-Invest
SaphirNews: Qu'est ce qui motive aujourd'hui un Forum francophone sur la finance islamique ?

Zoubeir Ben Terdeyet : La finance islamique est une nouvelle industrie. Elle a pris de l’importance ces dernières années grâce à l’envolée du prix du baril de pétrole qui avoisine les 100 $. L’excès de liquidité dans le golfe, très souvent investie dans la finance islamique, a poussé ces investisseurs à trouver des opportunités d’investissement au delà de leur région. Ils s'intéressent à l’Europe et à l’Afrique. De grands projets en termes d’infrastructures et en immobilier sont menés par des investisseurs tels que Gulf Finance House ou Kuwait Finance House en Tunisie ou au Maroc. Vous avez l'exemple d'Al Salam Bank qui, après le groupe Al Baraka, vient de s’installer en Algérie. D'autres demandes du même genre sont en cours.

Qu'en est-il de la banque de détail ?

De ce côté-là, une demande est entrain de naître car les musulmans d’Afrique s’aperçoivent qu’il y a un système alternatif au système actuel, hérité de la colonisation, souvent loin des valeurs musulmanes qui interdissent le Riba (ndr, l'intérêt usuraire). Ce forum est donc nécessaire afin de vulgariser le concept de finance islamique, d'en expliquer les rouages, les perspectives ainsi que les difficultés de mise en place. Il est de notoriété que l’Afrique est un continent plein d’avenir. Nous souhaitons, à travers cette rencontre, permettre au maximum de décideurs de se rencontrer en un même lieu, créer un climat propice aux échanges de manière panafricaine. Le cabinet Isla Invest est donc bien placé pour prendre l’initiative de ce forum car nous sommes également un pont entre l’Europe et l’Afrique.

A quel type de public vous adressez-vous ?

Nous ciblons les banquiers africains mais également européens. Nous nous adressons au top management des entreprises afin de leur expliquer les opportunités qu’offre la finance islamique en terme de financement en trésorerie ou d’investissement en ce qui concerne le Private Equity. Nous réservons une place particulière aux étudiants et chercheurs car il est nécessaire de parier sur le futur. Nos intervenants sont des gens de grande qualité, avec un savoir faire et une expertise reconnue sur le marché de la finance islamique. Et le tout sera entièrement en français. Une première en Afrique !

Pour le grand public la finance islamique est matérialisée par l'accès à des produits bancaires. Qu'est ce qui s'oppose à une banque islamique en France?

En Angleterre, la IBB a fait l’objet d’un lobbying intense de la part de la communauté musulmane dont les membres sont majoritairement originaires de pays familiers avec cette industrie. Ils ont des références au Pakistan ou au Moyen-Orient. Ce qui fait une différence avec la France dont la population musulmane, majoritairement originaire d’Afrique du Nord et de l’Ouest, découvre ce nouveau système et essaye de s’y familiariser. Pour le moment, aucune association musulmane représentative ni même le Conseil français du culte musulman n’a abordé le sujet avec le gouvernement français. Nous avons du retard sur ce sujet puisque nous en sommes encore à discuter de la date de l’Aïd et des questions de viande Halal…

Vous voulez dire qu'il n'y a pas d'opposition politique ?

Le gouvernement français n’est pas forcément contre un tel projet. A Bercy, on s’informe en ce moment sur les particularités d’un tel système, en essayant de rencontrer un maximum d’acteurs en Grande Bretagne et dans les pays du golfe. L’Autorité des Marchés Financiers a même autorisé, via une note du 17 Juillet 2007, la mise en place d’OPCVM (ndr, organismes de placement collectif en valeurs mobilières) islamiques. Ma crainte est de voir le gouvernement français aménager la réglementation fiscale afin d’attirer les investisseurs de pétrodollars sans aménager les lois pour la mise en place d’une banque de détail pour le grand public. Les aménagements nécessaires concernent la double imposition en cas de Mourabaha et le traitement fiscal des plus values.

N'y a-t-il pas, malgré tout, une question d'image de l'islam en France ?

Il est vrai que même si les barrières légales sont surmontables, le plus dur sera de surmonter les barrières psychologiques. Il est difficile aujourd’hui pour une banque française de proposer des produits Sharia pour un type de clientèle, de peur de faire fuir un autre type de clients… D'une part, nous avons donc un travail pédagogique à faire afin d’expliquer la finance islamique à nos concitoyens. Et d'autre part, les investisseurs du golf hésitent à deux fois avant de venir en France en raison de la réglementation française qui leur parait insurmontable. Ils ont la crainte de voir leur demande rejetée en raison d’une image de pays islamophobe que nous traînons. Enfin, il faut prendre en compte la difficulté à identifier le potentiel du marché de la finance islamique en France car la population musulmane est peu revendicative. Cela dit, une nouvelle banque islamique va voir le jour au Danemark, dans quelques semaines. Alors, pourquoi pas en France ?

Quels résultats espérez-vous de ce premier Forum africain de la finance islamique ?

Nous espérons faire de ce forum un rendez-vous incontournable de la finance islamique sur le continent africain. Plus de 150 participants sont attendus. En plus de la qualité des intervenants nous avons la confiance de sponsors de renom. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce forum un succès. Notre attente porte aussi et surtout sur l'implication des autorités publiques africaines afin de créer un cadre favorable à l’émergence de cette nouvelle industrie qui pourra stimuler la finance sur le continent. Les bourses africaines, malgré des taux de croissances élevés, ne sont qu’à leurs balbutiements. Or, avec le principe de partage des pertes et des profits, la finance islamique peut encourager les chefs d’entreprises à recourir à la désintermédiation bancaire. La population africaine est sous bancarisé, il s’agit également d’une opportunité pour inciter les ménages à se rapprocher du monde de la banque, en respect avec leur éthique. L'organisation que nous avons mise en place favorise des échanges riches en opportunités d’affaires pour nos participants, intervenants et sponsors.


Pour en savoir plus: http://www.forumafricainfinanceislamique.com






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