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Cinéma, DVD

Qu’Allah bénisse la France : Abd Al Malik réussit son premier film

Rédigé par | Vendredi 26 Décembre 2014



(Photo : © Ad Vitam)
(Photo : © Ad Vitam)
Tué par balle, son ami Rachid est mort. Suicide, asile psychiatrique, règlement de compte, accident de la route, mort par overdose… Cette hécatombe, c’est le destin qu’ont connu bon nombre de jeunes de la cité de Neuhoff, un quartier de Strasbourg où a grandi le jeune Régis (Marc Zinga), d’origine congolaise, 28 ans durant.

Ce chapelet de morts prématurées de jeunes Français, pour la plupart issus de familles immigrées, le rappeur devenu réalisateur Abd al Malik le martèle sciemment pour sonner le glas de sa vie passée. « Rachid est mort. Nous restions dans la musique mais il fallait que meurt notre vie d’hier », dit en substance le narrateur.

La vie d’hier, Abd Al Malik la raconte sans détours. Lui, le jeune Congolais élevé par sa mère seule avec ses frères, est un excellent élève, le jour, en école privée catholique, qui attire l’attention de sa professeure de philosophie jusqu’à ce que celle-ci l’inscrive en khâgne. Mais la nuit et à ses heures perdues, il est aussi ce petit délinquant aux menus larcins, où vols à l’arraché, soirées glamour saupoudrées de cocaïne et vente de shit font partie de son quotidien. Car ce qui lui tient aux tripes, c’est le rap, et il a besoin d’argent pour enregistrer sa musique.

La violence est ici à fleur de peau, Abd Al Malik la filme en noir et blanc, revendiquant clairement son affiliation cinématographique à La Haine, de Mathieu Kassovitz (Pierre Aïm, chef opérateur de La Haine, fait d’ailleurs partie de l’équipe de tournage).

Mais Qu’Allah bénisse la France, tiré du roman autobiographique (Albin Michel, 2004), est aussi le portrait intime d’Abd Al Malik, de ses tourments intérieurs et de son cheminement spirituel : « Heureusement que t’as connu l’islam avant les musulmans ! » ; depuis sa conversion à l’islam, ses sorties de prédication typiquement tabligh avec son comparse Samir, jusqu’à son adhésion au mouvement confrérique Boutchichiyya, auquel il rend un long hommage à travers son périple au Maroc.

En cela, le film Qu’Allah bénisse la France, s’il raconte l’histoire personnelle du rappeur – scandée par les chansons « Soldat de plomb » et « Gibraltar » en bande son – est aussi un portrait sociologique typique de jeunes des années 1990-2000, certains s’en sont sortis, d’autres sont passés par la case prison. Dans ce premier film bien ficelé, parfois teinté d'humour mais restant toujours lucide, Abd Al Malik filme la jeunesse de banlieue sans concession, mais parce qu’il en connaît les déboires et les ressources, sait quel potentiel elle peut offrir à la France.

Qu’Allah bénisse la France, d’Abd Al Malik (France, 1 h 36), Prix FIPRESCI au festival international du film de Toronto 2014.
Avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani, Larouci Didi, Mickaël Nagenraft, Matteo Falkone, Stépahen Fayette-Mikano, Michelle Perrier…
En salles le 10 décembre 2014.





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