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Société

Profession Comédien et... musulman en France

Rédigé par Colin Zohra | Jeudi 8 Mai 2003

Le métier de comédien est un métier de passionnés. Si le talent est nécessaire, et si le travail est exigible, la passion demeure incontournable. Mais la passion a ses secrets que la foi religieuse ignore. Etre musulman et amoureux des planches, est encore un chemin semé d’embûches en France. L’alliance est possible. L’alliage est solide quand la passion est au rendez-vous.



Le métier de comédien est un métier de passionnés. Si le talent est nécessaire, si le travail est exigible, la passion demeure incontournable. Mais la passion a ses secrets que la foi religieuse ignore. Etre musulman et amoureux des planches, est encore un chemin semé d’embûches en France. L’alliance est possible. L’alliage est solide quand la passion est au rendez-vous.

Un musulman au miroir des cygnes.
Abdelssamad Benabalouahed est comédien. Musulman, 28 ans. Il vit à Massy (91). Fils d’ouvrier, il est titulaire d’une licence d’Histoire. Mais le théâtre est sa passion. Les livres d’Histoire attendront encore un peu : '  Si mon projet n’aboutit pas, je reprendrai mes études. Mais actuellement, j’ai mis mes études de côté '.

La famille et les amis l’encouragent dans sa voie. Il a 18 ans lorsqu’il découvre la scène : ' cela fait plus de 10 ans que je joue des pièces. Je le faisais par plaisir. En aucun moment je n’aurai pensé en faire mon métier. Les spectateurs qui voyaient nos pièces ne venaient pas nous faire la morale ; bien au contraire '.

Il y a 2 ans, avec une troupe de filles et de garçons d’origines culturelles et confessionnelles diverses, ils mettent la tempête du 25 décembre 1999 en scène. Il fallut choisir un nom à la troupe cosmopolite. Un nom qui soit significatif. Elle s’appellera : ' Miroir des Cygnes ' : ' le miroir est le reflet de la réalité, explique-t-il. Notre but était de sensibiliser les spectateurs '.

Mais cette expérience de vie d’une troupe interpelle Abdelssamad sur ses valeurs éthiques personnelles. Il s’interroge sur le sens de son action, son utilité et les effets qu’elle produit. Autant de questions et d’autres dont la promiscuité au sein du groupe finissent par le décider à mettre un terme à ses représentations. Il faut dire qu’Abdelssamad venait de choisir de revenir à l’Islam. ' Parfois je me sentais mal à l’aise. Mon éducation musulmane ne me permet pas de faire ou de dire tout ce que l’on veut me faire dire. Tout ne me convenait pas…Je me posais beaucoup de questions sur la finalité de mon projet, sur son utilité pour la communauté. ' Le trouble est d’autant plus grand que la troupe était sollicitée partout à travers la France et, dit-il : ' Notre spectacle marchait très bien '.

De la place de l’Islam dans le théâtre français
Avec sa nouvelle conscience religieuse, Abdelssamad réalise qu’il n’y a pas d’émergence de la culture musulmane au sein du théâtre ' français '. Au sein même de la communauté musulmane en France, le théâtre reste assez marginal. Les salles affichent régulièrement les grands classiques, de Molière à Victor Hugo. Mais presque rien n’est proposé sur la culture musulmane. Abdelssamad se propose alors d’apporter une alternative à la culture européenne. C’est dans cet esprit qu’il renoue avec le théâtre. La scène lui apparaît désormais comme un espace d’expression où l’acteur communie et communique avec son public. Depuis l’estrade, derrière son maquillage est son accoutrement de circonstance, le comédien doit faire passer un message. Sa gestuelle, sa maîtrise des techniques théâtrales sont ses média.

C’est ainsi qu’Abdelssamad s’inscrit à l’école Jacques Lecoq (Paris). Une école internationale qui accueille des élèves d’horizons divers : '  Il y a 30 nationalités : des américains, des marocains, … très peu de français. '. L’accès à Jacques Lecoq n’est pas automatique : ' je dois débourser 40 000 F par an. Mais cela ne suffit pas. Il faut avoir une bonne expérience du théâtre. Il faut présenter une lettre de recommandation d’un professeur de théâtre '. La formation de l’école lui apporte les moyens académiques pour mieux aborder son projet. Il explore différents types de jeux et des thèmes très variés. Au bout de deux années de travail assidu, il acquiert des compétences et des connaissances théâtrales solides : ' On aborde les jeux de ' masques  neutres ' qui sont fabriqués par les comédiens '. Mais, son malaise initial demeure. Un peu comme avec le ' Miroir des cygnes ', les problèmes de mixité et de promiscuité le gênent : ' Je ne peux pas interpréter toutes les scènes. Certaines scènes me dérangent. Mais j’essaye de m’y accommoder '.

Plaidoyer pour un théâtre islamique
Aujourd’hui, Abdelssamad nourrit le projet de partager sa passion des planches avec d’autres comédiens. Riche de son expérience personnelle et des difficultés qui entravent le chemin du musulman passionné de théâtre, il projette de donner des cours. Aux garçons et aux filles de la communauté musulmane qui sont intéressés par le jeu théâtral, il compte offrir un cadre d’expression qui soit adapté. Car, dit-il : ' L’école de théâtre m’a apporté une bonne formation mais le seul problème était la mixité '.

Abdelssamad envisage aussi de mettre en scène des événements historiques se rapportant à l’islam : ' notre culture est très riche. Je propose des cours sur des bases solides. J’ai monté une troupe, ' les Gens du Fossé', qui se réfère à un hadith. Je l’ai mis en scène. Seulement le groupe n’est composé que de garçons car ils ne voulaient pas de mixité… A partir de septembre ou octobre, je vais donner des cours. Le lieu n’est pas encore fixé '.

Les spectacles de Abdelssamad sont disponibles en cassettes vidéo. Avis aux amateurs de théâtre ! SaphirNet.info se fera un plaisir de faire suivre toutes vos demandes.





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