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Sur le vif

Primark France accusé de discrimination envers les femmes voilées

Rédigé par Mérième Alaoui | Jeudi 16 Avril 2015



Primark France accusé de discrimination envers les femmes voilées
Primark, le leader irlandais des prêt-à-porter à bas prix, refuse toute publicité et doit son succès au bouche à oreille. Une stratégie à double tranchant car, depuis quelques jours, la réputation de l'enseigne est entachée par des accusations de discrimination.

Sur les réseaux sociaux, circule la capture d'écran d'un post en date du 5 janvier d'un client de l'enseigne, un certain Mourad Winter, qui dénonce publiquement le comportement d'un vigile d'un magasin de la chaîne à Créteil (Val-de-Marne). Il aurait « tout simplement décidé de fouiller toutes les femmes voilées qui en sortaient ». « J'ai vu d'ailleurs deux femmes demander des explications car celui-ci filtraient au faciès, et il a tout simplement rétorqué "vos gueules" », ajoute-t-il.

Si la scène décrite parait tout simplement surréaliste, c'est surtout la réponse d'un community manager de Primark France qui interpelle. Après que le consommateur ait demandé « de bien vouloir mettre de l'ordre dans (le) service de sécurité », on lui répond avec une orthographe approximative : « Si c'était le cas alors, allez au commissariat, et raconter cela. Maintenant, c'est arrivé plusieurs fois qu'il y a eu des vol avec des femmes voilées pris par hasard... et ça répète plusieurs fois, donc ils fouillent. »

La réponse cinglante a évidemment alimenté tous les commentaires suivants. « Attendre une semaine pour répondre un tel ramassis de racisme. Amazing », lance Abir Benchiken.

Des femmes témoignent au CCIF

La capture d'écran diffusée par le CCIF dans son communiqué du 13 avril.
La capture d'écran diffusée par le CCIF dans son communiqué du 13 avril.
Le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) s'est saisi du dossier. Dans son enquête, il pointe trois éléments qui posent problème, à commencer par l’interdiction du port de tout signe religieux - voile en particulier - stipulé dans le règlement intérieur de l'enseigne installée en France depuis 2013.

Le CCIF rapporte que deux salariées du point de vente de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), identifiées comme portant le hijab dans la vie privée, mais pas lorsqu'elles travaillent, sont « harcelées par leur direction. On exige d’elles qu’elles retirent leur foulard avant de rentrer dans le magasin, alors même qu’elles ne sont pas en fonction. Elles ne peuvent également pas se changer aux vestiaires comme leurs collègues », selon le communiqué du collectif, qui s'inquiète d'un licenciement prochain des salariées.

Enfin, dans la boutique de Créteil, pointée du doigt par le consommateur en colère sur Facebook, le service de sécurité « fouille de manière régulière ses clientes portant le voile ». « D’après Primark, de toutes les clientes, les femmes voilées développeraient un syndrome de cleptomanie », ironise le CCIF.

Des éléments en opposition des principes éthiques vantées par la marque, qui devrait installer son siège à Créteil. « Primark affiche son engagement auprès du commerce équitable et déclare apporter son soutien aux organisations caritatives locales et aux projets de la communauté au Royaume-Uni et en Irlande».

Des accusations « fausses et sans fondement » selon Primark

Le CCIF, qui fait appel à une forte mobilisation des internautes, a rédigé plusieurs missives de réclamations auprès de l’inspection du travail, de la maison mère de Primark au Royaume-Uni, et de la présidente de Primark France. Mais « rien n’a été fait ». Seule l’inspection du travail a formulé une réponse, en confirmant « "le caractère purement discriminatoire de Primark France" mais "sans toutefois aboutir à des actions concrètes" ».

Contactée, la direction de Primark n'a pas souhaité répondre à nos questions. Cependant, par l’intermédiaire de son service de presse, elle nous affirme que « les accusations dont Primark fait l’objet et relatives à de la discrimination ou une différence de traitement entre ses employés ou ses clients sont fausses et sans fondement ». A Rue 89, elle indique que « le compte "Primark France" n’était pas un compte officiel. Après la polémique nous avons donc demandé sa fermeture. Le compte officiel de notre enseigne est une page du Facebook "Primark" ».

L'enseigne précise aussi aux journalistes que « conformément à ses valeurs, Primark accueille toutes les personnes, clients et employés, sans distinction ou discrimination dans l’ensemble de ses magasins à travers le monde. En tant qu’entreprise et qu’employeur, Primark respecte la législation locale de chaque pays où il est présent. En France, Primark respecte la loi française », qui interdirait, comprend-t-on, les signes religieux pour les employés de commerces au nom de la neutralité. Or les entreprises du secteur privé ne sont pas concernées par une telle interdiction. Un point du droit auquel Primark ne se soumet visiblement pas.

Mise à jour vendredi 17 avril : Une salariée de Primark menacée de licenciement a été réintégrée à son poste, a annoncé le CCIF. « Lors de son entretien, qui a eu lieu hier, son employeur lui a signifié qu'elle reprendrait son poste dès le lendemain et que ses journées de mise à pied seraient payées ». « Primark s'en sort grandi en mettant fin à une injustice flagrante qui frappait une de ses employées qui ne souhaitait qu'exercer son travail avec dignité », a signifié l'association.

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