Connectez-vous S'inscrire

Points de vue

Pour une présence musulmane positive et contributive

Déclaration commune de la LMB et de ses partenaires à l’occasion de la 1re édition du Forum de la Foire Musulmane de Bruxelles

Rédigé par Collectif d'associations | Mercredi 10 Octobre 2012 à 12:10

           


Lecture de la Déclaration commune à la tribune par Hafida Hammouti, au 1er Forum de la Foire musulmane de Bruxelles
Lecture de la Déclaration commune à la tribune par Hafida Hammouti, au 1er Forum de la Foire musulmane de Bruxelles
Voilà plus d’un demi-siècle que la Belgique compte une importante présence musulmane.
Les musulmans ont montré, à maintes reprises, leur contribution positive à notre pays.

Par cette déclaration, nous souhaitons d’abord rendre hommage à ces tirailleurs de confession musulmane, ces Marocains, ces Algériens et ces Sénégalais, qui ont autrefois combattu durant la Seconde Guerre mondiale, et qui au prix de leur vie, ont contribué à rendre victorieuses la liberté et la démocratie.
Les générations d’aujourd’hui sont les bénéficiaires de ce sacrifice et nous ne devons pas l’oublier.

Dès le début des années 1960, lorsque notre pays fut traversé par une grave pénurie de main-d’œuvre, des travailleurs marocains, turcs et d’autres nationalités furent invités à venir en Belgique pour soutenir l’essor économique de la nation. L’Etat belge éditait alors un prospectus intitulé « Soyez les bienvenus » pour les encourager à s’installer de manière durable ! Ces travailleurs nourrissaient un espoir de se construire un avenir meilleur, pour eux
et leur famille.

Sur le front comme dans les mines, tous étaient égaux. Le sang sur les champs de bataille avait la même couleur et tous les visages étaient noirs à la sortie des mines. Personne ne se préoccupait des convictions de chacun. Tous formaient une communauté de destin qui dépassait l’appartenance religieuse ou culturelle de chacun.

N’y a-t-il pas une leçon que les citoyens d’aujourd’hui, quels qu’ils soient, pourraient en tirer ?

Ces travailleurs immigrés se pensaient à l’époque comme une main-d’œuvre temporaire, appelée à rentrer prochainement au pays. Il fallait donc se faire discret puisqu’ils étaient ici de passage, se fondre dans le décor et ne pas déranger. C’était l’époque d’un l’islam effacé, des mosquées clandestines et d’une pratique religieuse confinée. Puis le temps passa, et avec lui les générations se succédèrent et leurs aspirations évoluèrent…

Les enfants et petits-enfants de ces immigrés, nés sous nos latitudes, s’estiment être des Belges à part entière puisqu’ils sont ici chez eux. Ils entendent y construire durablement leur avenir, apporter leur pierre à l’édifice. L’appartenance religieuse des musulmans est désormais une composante essentielle de leur identité et est vécue dans la sérénité. Ils refusent de dissimuler leur pratique religieuse parce qu’ils considèrent que la justice consiste à donner à chacun ce qui lui revient ; à commencer par le droit d’être pleinement soi-même, et ce dans le respect mutuel.

Nos concitoyens de confession musulmane veulent que leur pays se réconcilie avec ces principes nobles que sont la liberté, l’égalité, la neutralité et la justice sociale qui en font le pays dont ils sont fiers. N’est-ce pas là la plus belle preuve de leur intégration ?

Nombre de musulmans de Belgique pâtissent des inégalités sociales et connaissent les pesanteurs de l’immobilité sociale. Ils demeurent surreprésentés dans les classes les plus précaires de la société . Ils en appellent à une juste reconnaissance de ce qu’ils sont, une éducation épanouissante, un emploi stable, un logement décent et une famille apaisée. Or, la réalité massive des discriminations est un réel obstacle structurel à ces aspirations légitimes.

Plus grave encore, face à cette précarité persistante, le désœuvrement d’une partie de la jeunesse est total. La situation est telle que certains quartiers populaires sont totalement dévastés par le chômage et l’exclusion et les frustrations sont énormes. Nous appelons les pouvoirs publics à mettre un terme à cet immense gaspillage de talents, ceux d’une jeunesse dont le dynamisme et la créativité pourraient contribuer à aider notre pays à relever les défis
importants de son avenir.

Si la liberté a le dernier mot dans notre hymne national, dans la réalité du quotidien des musulmanes, ce mot résonne comme une fausse promesse. La relégation sociale qui frappe une partie importante des musulmans se couple aujourd’hui à un déni progressif de leur liberté de culte. Or, les musulmans de Belgique éprouvent un attachement fort au principe de la neutralité de l’Etat qu’ils conçoivent comme une promesse de liberté et d’égalité et comme le garant du pluralisme.

Ce principe de neutralité implique un traitement équitable par l’Etat des différentes confessions et convictions reconnues dans notre société et la sauvegarde du principe de la liberté des cultes, celle de leur exercice public, et de la liberté d’opinion.

Or, aujourd’hui, des femmes se voient refuser des emplois, des jeunes filles n’ont plus accès à l’école, pour la seule raison qu’elles portent le voile. En d’autres termes, elles sont exclues par le seul fait de l’exercice d’une liberté qui leur est reconnue par tous les grands textes qui font la noblesse de notre démocratie. En définitive, le principe de la neutralité de l’Etat est une avancée progressiste mais celle-ci est instrumentalisée à des fins idéologiques, ce qui a pour conséquences de produire de la souffrance, de la stigmatisation et de l’exclusion.

Nous constatons qu’il existe une dimension foncièrement xénophobe et dangereuse dans les joutes liées à la visibilité de l’islam et que pour certains, plus que la religion, c’est l’islam en tant que « religion de l’étranger » qui pose problème. Nous invitons l’ensemble des pouvoirs publics et des acteurs de la société à prendre leurs responsabilités, chacun à son niveau, pour permettre l’éclosion d’une société plurielle au sein de laquelle chacun et chacune puisse vivre dans la dignité de ce qu’il ou elle est, sans devoir sacrifier à la peur de l’autre une part de
soi-même.

Plus précisément, nous, citoyens belges de confession musulmane, demandons à nos pouvoirs publics et aux acteurs de la société civile de :

Mettre tout en œuvre pour permettre une réduction de la fracture sociale (emploi, éducation, logement) par une série d’actions courageuses et d’impulser une lutte prioritaire et ambitieuse contre la pauvreté. Les valeurs de solidarité et de fraternité nous invitent à ne pas confondre lutte contre la pauvreté et lutte contre les pauvres.

Faire de la lutte contre les préjugés liés à l’islam et aux musulmans une mission d’utilité publique et de cohésion nationale.

Briser ce qui entrave l’exercice des libertés fondamentales pour l’ensemble des citoyens. Nous invitons également le monde politique et social à renoncer
définitivement à toutes velléités d’homogénéisation culturelle. L’intégration doit être politique, sociale et doit, en priorité, passer par une lutte plus proactive contre toutes
les formes de discriminations. A ce niveau, nous appelons publiquement à un véritable sursaut des pouvoirs publics. La neutralité ne se gère que dans la reconnaissance de la diversité, non dans son ignorance.

Œuvrer à la revalorisation du débat public sur les enjeux qui touchent à l’islam, car si ces questions semblent rapporter aujourd’hui commercialement et électoralement à quelques-uns, c’est au détriment du plus grand nombre et du vivre-ensemble.

Par ailleurs, nous demandons aux acteurs publics de replacer les difficultés, quand elles se posent, dans leurs justes proportions et de valoriser les expériences positives, ces dernières étant nombreuses pour qui veut bien les voir.De poser des gestes d’ouverture et de reconnaissance sur des thématiques qui, de premier abord, peuvent sembler périphériques mais qui, en réalité, touchent au quotidien des citoyens de confession musulmane. Il s’agit notamment de renforcer l’accessibilité aux infrastructures publiques, de réduire l’ethnocentrisme de nos bibliothèques ou encore d’introduire des cours d’histoire des immigrations dans les manuels scolaires, etc.

Pourquoi le Chef du gouvernement ne souhaiterait-il pas ses meilleurs vœux lors des grandes fêtes des communautés religieuses de ce pays ?
Ce serait assurément un signal positif de concorde et de reconnaissance en ces temps de division.

Nous souhaitons notamment permettre la mise en place de finances alternatives en ce compris la finance islamique via l’adaptation de certaines réglementations, en
autorisant entre autres la souscription de financements sans intérêt.

Aujourd’hui, notre pays est au carrefour de toutes les crises. Les défis à relever sont immenses et l’avenir se construit dés à présent. Les musulmans de Belgique veulent contribuer, par leurs valeurs de fraternité, de paix et de solidarité, à faire de leur pays, la Belgique, un lieu où il fait mieux vivre pour chacun et chacune dans le respect de leur dignité.

Ce n’est qu’ensemble que les défis de l’avenir peuvent être relevés, dans une logique de partage des valeurs et de considérations mutuelles.


Bruxelles, le 29 septembre 2012
Signataires :
Ligue des Musulmans de Belgique (LMB),
Association Belge des Professionnels Musulmans (ABPM),
Association pour le Développement de l’Economie et de la Finance Islamique (ADEFI),
Fédération islamique de Belgique (BIF),
Forum Musulmans et Société (FMS),
Euroislam,
ETTIC.




SOUTENEZ UNE PRESSE INDÉPENDANTE PAR UN DON DÉFISCALISÉ !