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Economie

«Plusieurs de nos directeurs d’hôtel en France sont d’origine africaine ou maghrébine »

Rédigé par Anissa Ammoura | Mercredi 18 Juin 2008

Dans une interview du 17 juin au magazine Challenges, Cathy Kopp, la directrice des ressources humaines du groupe Accor, « dément toute discrimination à l’embauche » suite aux résultats du testing à l’embauche réalisé par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et rendus publics début juin . Ces derniers épinglaient l'entreprise pour discrimination envers les candidats originaires d’Afrique.Elle critique la méthodologie utilisée et menace même de porter plainte contre la Halde dont elle fut membre de 2005 à 2007. Extraits.



Cathy Kopp est aussi chef de file de la délégation patronale (Medef) dans les négociations sur la modernisation du marché du travail. (Photo : Sipa)
Cathy Kopp est aussi chef de file de la délégation patronale (Medef) dans les négociations sur la modernisation du marché du travail. (Photo : Sipa)
Les résultats du testing à l’embauche rendus publics le 10 juin dernier par la Halde épinglaient trois entreprises dont Accor pour discrimination envers les candidats originaires d’Afrique. Selon les conclusions de la Halde, ces derniers auraient 22,7 % de chance de moins d’être convoqués à un entretien s’ils postulent au sein du groupe Accor.

Dans une interview du 17 juin accordée au site Internet du magazine Challenges, Cathy Kopp, la directrice des ressources humaines du groupe Accor, conteste vivement la méthodologie de testing utilisée par cette instance pour mesurer la discrimination à l’embauche.

Elle pointe du doigt la Halde : « Ce testing est pitoyable (…) Nous avons pointé beaucoup d’erreurs. Les CV intégrant l’âge était en tout petit nombre, les résultats ne pouvaient pas être significatifs. Certains CV mélangeaient l’âge et l’origine, ce qui fausse le résultat. Enfin sur les 277 CV envoyés à Accor, 11% comportaient des profils "anormaux": par exemple un chef de réception postulant pour un poste de plongeur… On n’a pas le droit de montrer du doigt une entreprise quand l’étude n’est pas faite sérieusement ».

Pour contester les résultats, la direction du groupe Accord a même fait faire une contre-expertise par le recours à un statisticien. La DRH explique sa démarche : « i[Nous sommes d’accord sur les modèles [statistiques, ndlr]. Mais en statistiques, quand vous entrez des données inexactes, vous sortez des données inexactes. Sur la totalité des 5620 CV envoyés aux vingt entreprises testées, la Halde en avait enlevé 929, ce qui correspond à un taux d’erreur minimum de 16,5 %. (…) Pour lui [le statisticien, ndlr], la marge d’erreur est trop grande, supérieure à 5%, pour tirer la moindre conclusion]i »

Charte de la diversité

D’après Cathy Kopp, « Nous avons calculé que sur les 80 postes, pour lesquels la Halde a envoyé des CV, 68 personnes ont été embauchées, dont 37 % présentent des noms à consonance africaine ou maghrébine (…) Plusieurs de nos directeurs d’hôtel en France sont d’origine africaine ou maghrébine. L’ascenseur social fonctionne énormément chez Accor ».

D’autre part, le groupe Accor a signé plusieurs engagements en matière de mixité : « Nous avons signé notre premier accord de lutte contre les discriminations en 1997. En 2004, Accor a signé la charte de la diversité (…). En 2006, en même temps que je négociais pour le Medef l’accord sur la diversité, j’en négociais un au sein du groupe. Il a été signé en 2007. Enfin, nous nous sommes engagés à embaucher 500 jeunes avec le plan Espoir banlieues de Fadela Amara (secrétaire d’Etat à la politique de la ville). 130 ont déjà été recrutés ».

Selon cette ancienne membre de la Halde de 2005 à 2007, « iLa lutte contre les discriminations individuelles est en progression. Mais la Halde doit faire attention à bien écouter les deux parties avant de déclencher un procès. Il peut y avoir un risque que l’entreprise ne soit pas suffisamment écoutée. J’aime beaucoup le principe d’échanger les idées des bonnes pratiques entre entreprises. Le plus savoureux c’est que nous faisons partager notre expérience en matière de testings, car Accor en réalise un par année ! En revanche, je conteste ce processus de "name and shame" (dénoncer et faire honte). Quand on souhaite le faire, il faut être irréprochable. Et je pense que ce n’est pas un procédé moderne, il nous ramène au moyen-âge, à l’âge du pilori. Il peut même faire reculer la cause de la lutte contre les discriminations. Cette opération décrédibilise la Halde ».

Estimant l’image de l’entreprise « atteinte sur la base de données inexactes », la directrice des ressources humaines d’Accor a déclaré « réfléchir à un recours juridique ».


Voir aussi : [Trois entreprises épinglées pour discrimination par la Halde.




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