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Monde

Non, l’Unesco ne remet pas en cause le lien entre Jérusalem et le judaïsme

Rédigé par Samba Doucouré et H. Ben Rhouma | Mardi 18 Octobre 2016

Depuis plusieurs jours, les critiques d'Israël et de ses indéfectibles alliés fusent de toutes parts contre l'Unesco après le vote d'une résolution sur le statut des Lieux saints d'Hébron, de Béthléem mais aussi et surtout de Jérusalem. Israël accuse l'organisation de nier le caractère juif de la ville au profit des seuls musulmans. Mais qu'en est-il exactement ?



Israël a annoncé la suspension de sa coopération avec l’Unesco vendredi 14 octobre, après l’adoption la veille par une commission d'une résolution consacrée en partie sur les lieux saints de Jérusalem (voir encadré). Le texte présenté par les délégations de l’Algérie, de l’Egypte, du Liban, d’Oman, du Qatar et du Soudan a été vivement critiqué par les autorités israéliennes car il ne ferait mention que des noms dits musulmans - arabes surtout - des Lieux saints de Jérusalem (Mosquée Al Aqsa/Al-Haram-al-Sharif).*

Pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’Unesco nie ainsi « le lien d’Israël avec le mont du Temple », un site qui correspond à l’ancien Temple du Jérusalem dont l’un des derniers vestiges est le Mur des Lamentations. Selon le chef du gouvernement israélien, « dire qu'Israël n'a pas de lien avec le mont du Temple et le Kotel (Mur des Lamentations), c'est comme dire que les Chinois n'ont pas de lien avec la Grande Muraille de Chine ou les Égyptiens avec les pyramides ».

L'indéfectible soutien des Etats-Unis

Depuis, les réactions d’indignation se succèdent. La démocrate Hillary Clinton a qualifié, dès le 14 octobre, la résolution de « scandaleuse » et a promis de « défendre Israël contre les résolutions biaisées comme celles-ci ». Donald Trump, son adversaire à la présidentielle, a surenchéri en qualifiant la décision de l’Unesco de « tentative unilatérale visant à ignorer un lien de 3 000 ans entre Israël et sa capitale ». Les Etats-Unis ont retiré leur soutien financier à l’Unesco depuis l’accession de la Palestine au statut de membre de l'Unesco en 2011.

Le texte incriminé a été adopté avec 24 voix pour, 6 contre, 26 abstentions et deux absents. La France s’est abstenu, provoquant des réactions acerbes du côté israélien. Plusieurs textes parus dans la presse française dénoncent un « scandale », ou « une insulte faite à la culture judéo-chrétienne », voire un « révisionnisme historique ».

Ce que dit vraiment le texte

Le contenu de la résolution offre une toute autre lecture. En effet, le texte ne nie pas le lien historique entre les juifs et Jérusalem. Il stipule dans les premières lignes que le Conseil exécutif de l’Unesco affirme « l’importance de la Vieille Ville de Jérusalem et de ses remparts pour les trois religions monothéistes ». D'autre part, « rien dans la présente décision, qui vise, entre autres, à sauvegarder le patrimoine culturel palestinien et le caractère distinctif de Jérusalem-Est, n’affectera en aucune manière les résolutions et décisions pertinentes du Conseil de sécurité et des Nations Unies concernant le statut juridique de la Palestine et de Jérusalem ».

La suite du texte - celle que le gouvernement israélien entend faire oublier au monde en criant au « négationnisme » - est avant tout un appel au respect des droits des Palestiniens et de l'intégrité de ce qui est aussi leur patrimoine. Il rappelle que l’Etat d’Israël refuse toujours d’appliquer plusieurs de ses engagements concernant le statut quo de la ville sainte. La liste est longue, et on peut y dénombrer « les irruptions persistantes d’extrémistes de la droite israélienne et des forces en uniformes sur le site de la mosquée Al-Aqsa », la limitation de l’accès à la mosquée Al-Aqsa imposée régulièrement aux musulmans, « les agressions constantes commises par les Israéliens contre les civils, y compris des figures religieuses islamiques et des prêtres », ou encore « les dégâts causés par les forces israéliennes (…) aux portes et fenêtres historiques de la mosquée al-Qibli, à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa ». Autant de violations qu'Israël, en tant que « puissance occupante », est appelé à cesser immédiatement.

Irina Bokova, présidente de l'Unesco.
Irina Bokova, présidente de l'Unesco.
Sous le feu des critiques contre son institution, Irina Bokova, la directrice générale de l’organisation de protection de la culture et du patrimoine, a affirmé dans un communiqué que « le patrimoine de Jérusalem est indivisible, et chacune de ses communautés a droit à la reconnaissance explicite de son histoire et de son lien avec la ville. Nier, occulter ou vouloir effacer l’une ou l’autre des traditions juive, chrétienne ou musulmane revient à mettre en péril l’intégrité du site, contre les raisons qui justifièrent son inscription sur la Liste du patrimoine mondial ». « La reconnaissance, l’usage et le respect de ces noms sont essentiels », indique-t-elle aussi pour éteindre la polémique. « La mosquée Al Aqsa/Al-Haram-al-Sharif, sanctuaire sacré des musulmans, est aussi le Har HaBayit – ou Mont du Temple – dont le Mur occidental est le lieu le plus sacré du judaïsme, à quelques pas du Saint-Sépulcre et du Mont des Oliviers révérés par les chrétiens. »

La résolution doit être soumise au vote mardi 18 octobre auprès du Conseil exécutif de l'Unesco, qui compte 58 pays. Si le texte est adopté, il sera alors définitivement adopté. Michael Worbs, président du Conseil exécutif de l’Unesco, dit espérer que le vote sera reporté pour « donner une chance au dialogue ».

Mise à jour : L’Unesco a définitivement adopté la résolution. Aucun des Etats membres du Conseil exécutif, réunis en plénière, n'a demandé à rouvrir le débat. Le texte a donc été entériné sans nouveau vote. Le ministère des Affaires étrangères du Mexique, qui avait annoncé qu’il allait s’abstenir, a déclaré qu’il « reconnaît le lien indéniable du peuple juif au patrimoine culturel situé à Jérusalem-Est ». La France s'est quant à elle abstenue de nouveau.

Le texte ne se contente pas de revenir sur le statut des Lieux saints Jérusalem. Il revient sur les cas du Tombeau des Patriarches à Hébron (Al-Khalil) et de la mosquée Bilal Bin Rabah où se trouve la tombe de Rachel à Bethléem, tous deux situés en Cisjordanie occupée. Il réaffirme que les deux sites concernés « font partie intégrante de la Palestine » tout en partageant « la conviction de la communauté internationale, à savoir que ces deux sites revêtent une importance religieuse pour le judaïsme, le christianisme et l’islam ».

Israël est appelé à mettre fin aux violations du droit au nombre duquel sont recensés « la poursuite des fouilles illicites, des travaux et de la construction (…) de routes privées pour les colons et d’un mur de séparation dans la vieille ville d’Al-Khalil/Hébron, qui portent atteinte à l’intégrité du site, ainsi que le déni de la liberté de mouvement et de la liberté d’accès aux lieux de culte qui en découle » ; l’interdiction d’accès au site imposée aux chrétiens et musulmans palestiniens du site à Bethléem.

Enfin, le texte évoque la situation de la bande de Gaza. Le blocus en vigueur depuis 2007 y est dénoncé et en appelle à la directrice générale de l’Unesco de remettre en état, « dès que possible », l’antenne de l’organisation à Gaza « afin d’assurer la reconstruction rapide des écoles, universités, sites du patrimoine culturel, institutions culturelles, centres de presse et lieux de culte qui ont été détruits ou endommagés par les guerres successives menées à Gaza ».






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